Les anticorps servent aussi... à contrôler des réactions chimiques

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[EN VIDÉO] Coronavirus : vous avez peut-être déjà des anticorps sans le savoir  Sans jamais avoir été infectées, certaines personnes présentent des anticorps réagissant à la protéine de pointe du Sars-Cov-2. Cela concerne plus particulièrement les entants, très exposés aux divers virus saisonniers, et suggère l’existence d’une immunité croisée. Peut-on alors espérer qu’attraper un bon rhume nous préserve de l’infection à la Covid-19 ? 

La fonction des anticorps est de reconnaître et de se lier à des molécules ou protéines étrangères. Une propriété qui n'a pas échappé aux chercheurs de l'université de Rome Tor Vergata qui ont pensé à l'exploiter pour induire des réactions chimiques. « Notre approche permet de synthétiser une molécule fonctionnelle à partir de précurseurs inactifs uniquement lorsqu'un anticorps spécifique est présent dans le mélange réactionnel », explique Francesco Ricci, auteur principal des travaux parus dans Nature Communications.

Les chercheurs ont conçu des oligonucléotides synthétiques, des courts segments d'ADN de 13 à 25 nucléotides, afin qu'ils puissent reconnaître un anticorps spécifique et s'y lier. « Lorsque cela se produit, les groupes réactifs annexés aux autres extrémités des brins d'ADN sont à proximité, et leur réaction est déclenchée, conduisant à la formation d'un produit chimique, qui serait trop lente dans des conditions normales de dilution, détaille Lorena Baranda, doctorante et coauteur de l'article. Cette stratégie est polyvalente et peut être utilisée pour réaliser la synthèse chimique de diverses molécules, comme des agents thérapeutiques ».

En preuve de concept, les chercheurs ont synthétisé un médicament anticoagulant capable d'inhiber l'activité de la thrombine, une enzyme clé de la coagulation et une cible importante pour le traitement de la thrombose. En décembre 2019, la même équipe avait déjà utilisé des anticorps pour construire ou démanteler des nanostructures d’ADN. Nul doute que d'autres applications leur seront trouvées à l'avenir.

Deux oligonucléotides d'ADN complémentaires (en gris) sont conjugués chacun à une extrémité avec un groupe réactif (en rose) et, à l'autre extrémité, avec un antigène (en vert). À de faibles concentrations d'oligonucléotides, la formation de duplex n'est pas favorisée et la vitesse de réaction entre les deux groupes réactifs est négligeable. La liaison bivalente de l'anticorps spécifique aux deux oligonucléotides « rapproche » les oligonucléotides, ce qui augmente considérablement la vitesse de réaction entre les groupes réactifs. © Francesco Ricci et al., Nature Communications, 2020