Une mâchoire puissante. Des dents acérées. Le requin fait peur. Mais alors qu’il a survécu à plusieurs extinctions de masse, il est aujourd’hui en danger. Futura vous offre une opportunité unique d’apprendre à mieux le connaître. De découvrir, aux côtés de Steven Surina, « spécialiste des requins et scientifique en devenir », comment cohabiter pacifiquement avec ce super-prédateur.

Dans la première partie de cette histoire (voir article plus bas), nous avions découvert un Steven Surina enfant, fasciné par les requins qu'il avait découvert par écran interposé. Qu'il avait ensuite rencontré dans la mer d'Égypte. Puis un Steven SurinaSteven Surina adulte, devenu, par expérience, « spécialiste des requins ». Mais aussi, « scientifique en devenir », étudiant l'éthologieéthologie des requins pour en apprendre toujours plus sur leurs personnalités. Avec pour finalité de mieux gérer les relations humain/requin. Un Steven Surina engagé, surtout, dans plusieurs actions visant à rétablir la réputation de ces animaux mal aimés pour mieux les protéger.

Comme un voyage en terre inconnue

Par le biais de Shark Education, d'abord. L'objectif de l'organisme : former des plongeurs à côtoyer les requins, leur apprendre qu'il est possible d'interagir avec eux et susciter ainsi des émotions intenses qui feront de ces plongeurs des ambassadeurs de la cause des requins. Comme dans Shark Wave, un film unique inspiré de la série en projet Legacy, comme « un voyage en terreterre inconnue » dans lequel le réalisateur Jan Kounen -- Doberman, 99 francs, etc. -- se prête au jeu de la plongée avec le mythique requin-océanique (Carcharhinus longimanus).Une idée reprise également dans un film - sans rapport avec le projet Shark Wave - qui devrait sortir en 2021.

Steven Surina aux côtés de Jan Kounen. © Steven Surina
Steven Surina aux côtés de Jan Kounen. © Steven Surina

« Avec ce film, nous espérons toucher un public le plus large possible. Montrez que plonger avec des requins, c'est possible », explique Steven Surina. En d'autres termes : « transformer la peur en questionnement » et en émotions plus positives. Et quand on lui demande quels sont, justement, les bons comportements à adopter face à un requin, le passionné n'a pas de réponse toute faite. Il compare la situation aux comportements drastiquement différents que nous pourrions adopter face à un chat domestique ou face à un tigretigre. « Cela dépend de la situation. Mais surtout, il ne faut pas se mettre en fuite. Ce serait envoyer un signal négatif au prédateur qu'est le requin. La plupart du temps, il n'est pas guidé par une folie meurtrière. Il cherche juste à savoir à qui il a affaire. Le mieux, c'est donc de rester stoïque, sans bouger et à la verticale. » Facile à dire. Mais sans doute plus difficile à faire. « C'est vrai, cela va à l'encontre de notre propre instinct de conservation. »

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Dans le même ordre d'idée, Steven conseille de toujours suivre le requin du regardregard. « Une proie a tendance à fuir le regard de son prédateur. Le requin le sait. Si vous fuyez son regard, vous vous placez vous-même dans la position de la proie. » C'est un peu pour cette raison que le spécialiste recommande d'éviter les eaux sujettes à présence de requins pour pratiquer des activités balnéaires. « Sur une planche ou en train de se baigner, il est difficile de regarder un requin dans les yeux. C'est un peu comme rouler à 200 km/h en plein brouillardbrouillard. C'est dangereux. »

Steven a travaillé aux Bahamas en 2015. À cette occasion, il a cumulé des rencontres incroyables avec les grands requins-marteaux (<em>Sphyrna mokarran</em>) sur l’île de Bimini. Grâce à leur tête en forme de marteau, ces requins sont extrêmement hydrodynamiques et peuvent effectuer des rotations à 360° sur le même axe sans bouger d’un centimètre ! © Greg Lecoeur, Tous droits réservés
Steven a travaillé aux Bahamas en 2015. À cette occasion, il a cumulé des rencontres incroyables avec les grands requins-marteaux (Sphyrna mokarran) sur l’île de Bimini. Grâce à leur tête en forme de marteau, ces requins sont extrêmement hydrodynamiques et peuvent effectuer des rotations à 360° sur le même axe sans bouger d’un centimètre ! © Greg Lecoeur, Tous droits réservés

Combattre les idées reçues

Aussi dangereux que saigner dans l'eau ? « C'est une idée reçue. Le requin fait parfaitement la différence entre le sang de poisson et le sang humain. Ils n'ont pas la même odeur. Entre une odeur de poulet rôti et une odeur de fleur, vous ne vous tromperiez pas. Le requin non plus », assure Steven à Futura. Plus généralement, « le requin ne fait pas d'erreur ». Dans les zones frappées par les vaguesvagues où la visibilité est faible, les zones fréquentées par les surfeurs, même le requin avec la meilleure des visions ne peut pas voir. Il se repère grâce à sa ligne latérale. Un organe sensoriel qui lui permet de détecter les variations de pressionpression générées par un objet en mouvementmouvement dans l'eau. « En fonction de la fréquencefréquence, il détermine si l'objet en question est une proie en détresse, par exemple. Malheureusement, c'est parfois cette même fréquence qui est produite par un surfeur, un baigneur ou un nageur. »

<em>Tiger beach</em> est située au nord-ouest des bancs de sable de Freeport en face de la Floride. Cette zone riche en proies apportées par le <em>Gulf Stream</em> profite aux prédateurs de toute sorte pour s’alimenter et se reposer. Les femelles requins-tigres (<em>Galeocerdo cuvier</em>) gravides bénéficient des avantages de cette zone pour se reposer de la longue migration qui les amène ici à chaque cycle, pour mettre bas dans les eaux peu profondes de Grand Bahama. <em>Tiger beach</em> est le meilleur spot au monde pour plonger avec les requins-tigres. © Joe Mazzi, Tous droits réservés
Tiger beach est située au nord-ouest des bancs de sable de Freeport en face de la Floride. Cette zone riche en proies apportées par le Gulf Stream profite aux prédateurs de toute sorte pour s’alimenter et se reposer. Les femelles requins-tigres (Galeocerdo cuvier) gravides bénéficient des avantages de cette zone pour se reposer de la longue migration qui les amène ici à chaque cycle, pour mettre bas dans les eaux peu profondes de Grand Bahama. Tiger beach est le meilleur spot au monde pour plonger avec les requins-tigres. © Joe Mazzi, Tous droits réservés

« Ce qu'il faut retenir, c'est que notre attitude dans l'eau, notre manière de bouger va appeler une réponse de la part du requin. S'il sent du stressstress, il va se mettre en fuite -- dans le meilleur des cas -- ou passer à l'attaque, car il se pensera menacé. Mais s'il ressent de la sérénité, il va se détendre. Et probablement vous offrir quelques minutes précieuses que vous n'oublierez jamais », conclut Steven.


Plongez avec les requins aux côtés de Steven Surina

Le requin. C'est l'un des plus vieux animaux de notre Planète. Il a survécu à plusieurs extinctions de masseextinctions de masse. Mais il est aujourd'hui en réel danger. Futura vous offre aujourd'hui une opportunité unique d'affronter vos peurs et de partir à sa rencontre en compagnie de Steven Surina, un « spécialiste des requins, scientifique en devenir ».

Article de Nathalie MayerNathalie Mayer paru le 08 mai 2020

Les requins-océaniques (<em>Carcharhinus longimanus</em>) sont les requins avec lesquels Steven a le plus plongé. Autrefois très répandus dans toutes les mers du monde, ils sont aujourd’hui en danger critique d’extinction. Ils ont la mauvaise réputation d’être connus comme <em>« le requin des naufragés »</em>, ils sont curieux et redoutés par bon nombre de plongeurs. Le meilleur endroit au monde pour les observer est en Égypte, sur les îles Brothers. © Greg Lecoeur, Tous droits réservés
Les requins-océaniques (Carcharhinus longimanus) sont les requins avec lesquels Steven a le plus plongé. Autrefois très répandus dans toutes les mers du monde, ils sont aujourd’hui en danger critique d’extinction. Ils ont la mauvaise réputation d’être connus comme « le requin des naufragés », ils sont curieux et redoutés par bon nombre de plongeurs. Le meilleur endroit au monde pour les observer est en Égypte, sur les îles Brothers. © Greg Lecoeur, Tous droits réservés

« Parmi les êtres vivants, peu suscitent une telle terreur que les requins. » Une voix grave. Des mots glaçants. « C'est avec ce film de Jacques-Yves Cousteau -- ndlr : "Le grand requin blancgrand requin blanc, seigneur solitaire des mers", 1991 -- sur le grand requin blanc que tout a commencé », se souvient Steven Surina pour Futura.

Aujourd'hui riche d'une incroyable expérience de l'animal - des heures passées tous les jours en sa compagnie --, Steven est sans conteste, un « spécialiste des requins ». Également « scientifique en devenir » puisqu'il travaille actuellement sur une thèse en éthologie, visant à étudier les personnalités des requins.

Les requins-bleus (<em>Prionace glauca</em>), aussi connus sous le nom de peau bleu, faisaient partie des espèces de requins les plus communes de la haute-mer dans les années 70. Décimés par la pêche industrielle, très peu d’endroits offrent aujourd’hui la possibilité de les observer comme ici au large du Cap de Bonne Espérance en Afrique du Sud. C’est une espèce curieuse qui n’hésite pas à venir jusqu’au contact. © Greg Lecoeur, Tous droits réservés
Les requins-bleus (Prionace glauca), aussi connus sous le nom de peau bleu, faisaient partie des espèces de requins les plus communes de la haute-mer dans les années 70. Décimés par la pêche industrielle, très peu d’endroits offrent aujourd’hui la possibilité de les observer comme ici au large du Cap de Bonne Espérance en Afrique du Sud. C’est une espèce curieuse qui n’hésite pas à venir jusqu’au contact. © Greg Lecoeur, Tous droits réservés

Mais avec des parents plongeurs, celui qui n'était alors qu'un jeune garçon, en connaissait déjà un rayon sur le monde du silence. Ainsi que sur le respect qu'il impose. « J'ai été passionné par ce que je voyais à l'écran. Passionné. Fasciné. Terrifié. »

Car dans l'imaginaire collectif, le requin est un monstre. Un mangeur d'homme connu depuis l'Antiquité. Au XVIIe siècle, une certaine étymologie populaire rapproche même le terme du funeste requiem. Et en 1975, le film Les Dents de la mer porteporte la terreur sur grand écran.

Le saviez-vous ?

La peur irraisonnée des requins, la squalophobie, est une peur largement répandue dans la population. Pourtant, la plupart d’entre nous ne se sont jamais retrouvés confrontés à un requin. Et la réalité, c’est que si les requins sont responsables d’une dizaine de morts humains par an, environ, les humains, quant à eux, sont responsables de la mort de plus de 100 millions de requins chaque année.

Mais il n'est pas dans la nature de Steven Surina de se laisser submerger par la peur. « Pour m'accaparer le requin, pour mieux le connaître, j'ai d'abord cherché à le dessiner », raconte celui qui rêvait alors, entre autres, de devenir illustrateur. Et très vite, le besoin d'aller à sa rencontre se fait ressentir.

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« C'est du côté de l'Égypte, en mer Rouge, que je me suis vraiment confronté pour la première fois à cette peur viscérale. » Le jeune Steven n'a alors que 9 ans. Une dizaine d'années plus tard, il a déjà plongé avec une dizaine d'espècesespèces de requins différentes, toujours dans le même secteur. « Je ne rêvais que d'une chose : en apprendre toujours plus sur eux... et sur moi », explique Steven.

Depuis une quinzaine d’année, un rassemblement de requin-bouledogue (Carcharhinus leucas) est observé à 800m des plages touristique de Playa Del Carmen au Mexique. Une population d’une quarantaine de femelles s’agglomère trois mois par an au même endroit pour des raisons encore inconnues. Steven a remarqué depuis 2013 le retour significatif de 28 d’entre elles chaque année. © Alban Mounier, Tous droits réservés
Depuis une quinzaine d’année, un rassemblement de requin-bouledogue (Carcharhinus leucas) est observé à 800m des plages touristique de Playa Del Carmen au Mexique. Une population d’une quarantaine de femelles s’agglomère trois mois par an au même endroit pour des raisons encore inconnues. Steven a remarqué depuis 2013 le retour significatif de 28 d’entre elles chaque année. © Alban Mounier, Tous droits réservés

Les requins en grand danger

Ce faisant, le plongeur, désormais moniteurmoniteur et guide naturaliste, découvre le danger qui plane. Non pas tant sur ceux qui se retrouvent neznez à nez avec le requin, mais sur le super-prédateur lui-même. Chez les poissons osseux, la règle en matièrematière de reproduction, c'est la fécondation externefécondation externe. Les requins, eux, s'accouplent comme le font les mammifèresmammifères. Résultat : une féconditéfécondité faible. Et un taux de survie après la naissance également faible. « La nature est bien faite », commente Steven Surina. « Depuis des centaines de millions d'années, elle avait ainsi réussi à contrebalancer les capacités de prédation du requin. C'était sans compter les interventions des hommes. »

La présence des requins atteste de la bonne santé des écosystèmes.

Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICNUICN), environ 60 % des requins pélagiquespélagiques sont aujourd'hui en danger d'extinction. Première responsable : le commerce des ailerons. Une pratique connue sous le terme de shark finning. Or le requin est ce que les écologistes appellent un animal clé de voûte. « Au sommet de la chaîne alimentairechaîne alimentaire, il est le garant de la stabilité des écosystèmes marins », explique Steven Surina. « C'est un véritable gendarme des mers qui élimine instinctivement les individus malades ou les espèces bâtardes. Sans requin, le développement de toutes les espèces de "rang inférieur" deviendrait anarchique. Le tout remettant en cause, à terme, la capacité de nos océans à stocker du CO2 et à produire de l'oxygèneoxygène. La présence des requins atteste de la bonne santé des écosystèmes. »

Sur le récif de Aliwal Shoal en Afrique du sud, une communauté de requins-bordés (<em>Carcharhinus limbatus</em>) a élu domicile. Ils sont très régulièrement les victimes de la pêche sportive locale et les requins sont mutilés d’hameçons ! Sur les conseils de Walter Bernardis, une personnalité emblématique de la région, Steven s’est exercé à la pratique de l’immobilité tonique en pleine eau afin de retirer les hameçons sur des individus adultes. © David Guillemet, Tous droits réservés
Sur le récif de Aliwal Shoal en Afrique du sud, une communauté de requins-bordés (Carcharhinus limbatus) a élu domicile. Ils sont très régulièrement les victimes de la pêche sportive locale et les requins sont mutilés d’hameçons ! Sur les conseils de Walter Bernardis, une personnalité emblématique de la région, Steven s’est exercé à la pratique de l’immobilité tonique en pleine eau afin de retirer les hameçons sur des individus adultes. © David Guillemet, Tous droits réservés

Pourtant Steven en est convaincu. Il est encore possible d'inverser la tendance. « Démystifier le requin, c'est faire un premier pas vers sa conservation », assure-t-il. C'est le travail qu'il a entrepris avec Shark Education, un organisme qu'il a créé en 2011. Plus récemment avec l'écriture d'un film destiné à montrer, sur grand écran, comment les Hommes -- tous les Hommes -- peuvent s'aventurer sur le territoire des requins et apprendre à communiquer avec ces super-prédateurs. « La plupart du temps, le comportement du requin n'est pas guidé par une sorte de folie meurtrière. Il cherche juste à savoir à qui il a affaire. »

Mais tout cela appartient à la suite de cette histoire. À retrouver dès demain sur Futura...