Planète

La pêche aux ailerons de requins prospère, pas ses victimes

ActualitéClassé sous :zoologie , océanographie , requin

La pêche aux requins se poursuit dans le Pacifique, non sans conséquence. Les longimanes, dont le nombre de captures est en théorie réglementé, verraient ainsi leur population se réduire de 17 % par an. Par ailleurs, le shark finning serait toujours pratiqué à grande échelle malgré les interdictions. Passons ce constat en revue.

Le requin longimane, ou océanique, est facile à reconnaître. Les extrémités de ses nageoires sont blanches. Une femelle peut mettre au monde jusqu'à 15 petits après une période de gestation d'environ 1 an. Ce cycle particulièrement long expliquerait en partie le déclin sévère de cette espèce victime de la surpêche pour ses ailerons. © carlos.miguelanez, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

L'industrie des ailerons de requins ne connaît pas la crise puisqu'elle serait en pleine croissance dans les pays asiatiques. Le shark finning semble encore avoir de beaux jours devant lui, malgré les nombreuses interdictions. Pour rappel, cette pratique consiste à capturer des squales vivants, à découper leurs nageoires puis à les rejeter à l'eau. Dans l'incapacité de nager, ils sont voués à une mort certaine. Selon le WWF, près de 73 millions de requins seraient tués chaque année pour assouvir les demandes du marché. 

Les impacts de la pêche sur les populations de requins posent question car ils sont particulièrement difficiles à évaluer. Il est pourtant nécessaire de les connaître afin d'édifier des réglementations ou de mettre en place des programmes de protection. Les résultats d'une étude menée durant 15 ans viennent d'être publiés dans la revue Conservation Biology par Shelley Clarke de l'Oceanic Fisheries Program. Ils seraient de nature à « accentuer les inquiétudes quant à la durabilité des populations de requins dans le Pacifique ».

Hong Kong importe environ 10.000 t d'ailerons de requins par an. Une grande partie est réexportée vers la Chine. © Wootang01, Flickr, CC by-nd 2.0

Un déclin sévère pour les requins longimanes

De 1995 à 2010, des observateurs indépendants ont embarqué sur des navires de pêche sillonnant le centre et l'ouest de l'océan Pacifique. Le nombre de prises, les espèces prélevées, la taille et le sexe des individus capturés ont alors été précieusement notés. Un modèle linéaire généralisé a ensuite été utilisé afin d'estimer divers paramètres de population pour les requins longimanes (Carcharhinus longimanus), soyeux (Carcharhinus falciformis), mako (Isurus spp.) et bleus (Prionace glauca). Les ailerons de ces 4 espèces sont particulièrement recherchés dans certaines contrées asiatiques comme la Chine.

Les longimanes, la seule espèce faisant l'objet d'une limitation des prises dans le Pacifique, déclineraient sévèrement depuis 1995, leur taux de capture s'étant réduit de 17 % par an en moyenne. Autre indice prouvant l'existence d'une surpêche, la taille médiane des prises n'a cessé de diminuer au cours du temps. Les individus capturés seraient donc de plus en plus jeunes, une tendance qui n'est pas propre à cette espèce. Tous les squales soyeux attrapés après 2000 étaient en effet des immatures. Les populations de requins mako et de requins bleus ont quant à elles diminué de respectivement 7 % et 5 % par an. 

Malgré les interdictions, le shark finning continue

La pratique du finning, bien qu'interdite par de nombreux pays depuis les années 2000, serait toujours abondamment utilisée par les navires pêchant à la palangre. En 2008, près de 48 % des requins capturés ont été rejetés en mer vivants, contre 53 % en 2007 et 40 % en 2006. Le nombre de victimes pourrait avoir diminué en 2010, mais il n'est pas évident à quantifier. Car certains pêcheurs ont trouvé une astuce pour éviter la découpe des ailerons et le rejet des squales en mer : les proies, principalement les soyeux et les longimanes, sont tout simplement gardées à bord. Il n'y a donc plus de finning, mais les requins continuent de mourir au même rythme qu'auparavant. 

En 2010, 180 espèces de requins étaient menacées, contre 15 en 1995... Les gastronomes ignorant qu'ils s'empoisonnent à la BMMA (bêta-N-méthylamino-L-alanine), une neurotoxine impliquée dans des maladies neurodégénératives humaines, sont encore nombreux !

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi