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Le redoutable requin longimane, mieux connu, sera-t-il mieux protégé ?

ActualitéClassé sous :zoologie , requin longimane , Carcharhinus longimanus

Début mars, une réunion internationale du Cites se tiendra à Bangkok pour statuer sur des mesures de protection de la faune et de la flore. Et on parlera des requins. De tous, le requin longimane est le plus convoité car son aileron agrémente les soupes asiatiques. Une étude révèle que cette espèce, gravement en péril, traverse régulièrement les eaux internationales. Elle fournit en outre quelques lumières sur son habitat. Un atout donc pour le protéger. Retour sur ces découvertes.

Aux Bahamas, 11 requins longinames ont été balisés et suivis durant 245 jours. Les trajectoires enregistrées des requins ont montré qu'ils pouvaient parcourir 4.000 km dans l'océan, mais revenaient toujours dans les eaux protégées des Bahamas. © Debra Canabal, Epic Diving

Le requin longimane (Carcharhinus longimanus) est probablement le requin le plus méconnu des Hommes. C'est une espèce pélagique qui ne s'approche que rarement des côtes. Il existe pourtant un grand mythe autour de lui. Le commandant Cousteau le décrit comme le requin le plus dangereux de tous. Peu d'attaques d'Hommes ont été officiellement rapportées, mais d'après les scientifiques, il serait pourtant le plus offensif, et aurait attaqué nombre de naufragés. Toute perturbation dans l'eau le dérange...

Dotés de pointes blanches, ce gros poisson est souvent appelé requin pointes blanches du large. Son aileron est tristement prisé pour les soupes de requins et l'une des premières victimes du finning. Cette prédilection gastronomique a véritablement contribué au déclin de l'espèce. En Atlantique, le requin longimane est en danger critique dans le classement de l'UICN. Le problème est que les spécialistes connaissent si peu sur son mode de vie, qu'il est difficile de prendre des mesures de protection efficaces. Toutefois, une nouvelle étude, parue dans la revue Plos One fournit de nouveaux éléments de compréhension sur l'animal.

Les requins restent dans les eaux protégées des Bahamas

Dans l'Atlantique, les femelles auraient semble-t-il élu domicile dans les eaux protégées des Bahamas. Jusqu'à présent, seuls 4 requins longinames avaient été balisés. Certains ont été suivis par satellite dans le centre du Pacifique. De ce peu de données, les scientifiques ont découvert que le pointe blanche du large était capable de nager sur plus de 4.000 km. Mais aucune ne permettait de déterminer un schéma logique dans les grands trajets du requin. D'après l'étude, ces derniers pourraient être liés au cycle de reproduction.

Le requin longimane nage dans les eaux des Bahamas. Il est accompagné de poissons pilotes (Naucrates ductor) et d'Elagatis bipinnulata. © Lance Jordan, Microwave Telemetry, Inc.

Les chercheurs se sont rendus à l'île Cat, aux Bahamas, parce que des plongeurs avaient rapporté la présence de pointes blanches du large. En mai 2011, l'équipe a balisé 11 requins (un mâle et dix femelles) adultes. Ils ont ainsi pu mesurer leurs déplacements. Les balises sont de la taille d'une main, et sont paramétrées pour se détacher de l'animal au bout de 245 jours. Elles enregistrent profondeur, température et position de l'animal à certains intervalles de temps. L'équipe de recherche a découvert que 6 des 11 requins restaient proches des zones économiques exclusives des Bahamas, c'est-à-dire des zones protégées, où la pêche est interdite.

Les Bahamas pour se reproduire ou mettre bas ?

Cinq autres sont restés autour de l'île Cat durant un mois, puis se sont déployés dans plus de 16.000 km2 dans le nord-ouest de l'Atlantique. Seul un n'est pas revenu aux Bahamas au moment où la dernière balise s'est décrochée. « Les Bahamas est le foyer de ces requins-là, ils ne sont pas juste de passage », explique Robert Hueter du Mote Marine Laboratory's Center for Shark Research en Floride. Les femelles, gravides ou non, quitteraient les lieux d'accouplement et de mise bas, situés dans les eaux protégées, suivant le cycle de reproduction.

Pour étayer cette théorie, l'équipe essaiera de déterminer si les femelles sont pleines à l'aide d'échographies et de développeront un test sanguin repérant des hormones. Les chercheurs ont marqué 41 autres requins pour obtenir plus de données sur les mouvements. Parallèlement, les groupes environnementaux plaident en faveur d'une plus grande protection des habitats des requins au sens large. Du 3 au 14 mars, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages (Cites) votera sur une proposition visant à interdire le commerce international des requins.

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