Du nom du port naturel de Sydney, le requin dormeur de Port-Jackson est une espèce endémique des eaux côtières du sud de l’Australie. Mesurant 1,30 mètre en moyenne, il se nourrit la nuit, principalement d’invertébrés (oursins, crabes, coquillages) dont il broie la coquille grâce à des dents aplaties comme des molaires. © J. Patrick Fischer, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

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Les requins ressentent la peur et le stress

ActualitéClassé sous :poisson cartilagineux , requin , plasticité comportementale

Pour la première fois, une étude révèle que les requins peuvent être sensibles à leur environnement et qu'ils présenteraient des personnalités distinctes les unes des autres selon les individus. Des découvertes utiles pour dédiaboliser l'animal marin et améliorer sa protection.

Du peureux au courageux, chaque requin posséderait sa propre personnalité. Comme quoi, même certains prédateurs sont capables de crainte et d'appréhension. C'est ce que révèle une étude scientifique parue dans la revue Journal of Fish Biology.

Pour la première fois, une équipe de chercheurs s'est penchée sur les émotions ressenties par ces poissons marins, souvent dotés d'une mauvaise réputation. Près de 200 espèces animales sont connues pour posséder des individualités, mais les squales n'avaient jamais été examinés sous cet angle jusqu'à présent.

Les auteurs de l'étude ont donc mesuré la part d'audace et de stress exprimée par des individus au cours de différents tests en laboratoire. Dix-sept jeunes requins dormeurs de Port-Jackson (Heterodontus portusjacksoni), une espèce endémique de l'Australie, ont donné d'eux-mêmes pour aboutir à cette découverte - mais les scientifiques précisent qu'aucun animal n'a été blessé durant l'expérience.

Pour tester leur capacité à être audacieux, les poissons ont été tour à tour placés dans un refuge, lui-même installé dans un bassin non familier des animaux. Passée une courte durée d'acclimatation, ils avaient alors la possibilité de s'extraire de la cage via une porte coulissante. Suivant les individus, le temps chronométré pour partir explorer l'habitat inconnu et potentiellement dangereux s'avère variable.

Les requins, mesurant 1,60 mètre tout au plus, ont également été sortis de l'eau durant une minute, puis remis dans leur milieu aquatique en vue d'observer leur réaction induite par un stress. Celle-ci se traduit par une distance parcourue plus ou moins longue.

Chaque année, des dizaines de millions de requins sont pêchés pour leurs ailerons (ici dans une assiette chinoise), auxquels il est attribué des vertus thérapeutiques non démontrées scientifiquement. © Citron, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Les requins sont des êtres sensibles

Les résultats démontrent des différences individuelles de personnalité chez cette espèce. Au test d'exploration environnementale, les comportements se sont montrés très variables : certains individus ont rapidement quitté leur abri pour découvrir les environs du bassin alors que d'autres ont dû être « poussés dehors », passées quinze minutes. Malgré cela, les plus apathiques d'entre tous n'ont pas daigné bouger de leur nouvel emplacement.

Dans l'expérience de remise à l'eau, une diversité comportementale a également été relevée : des individus ont fait montre d'une activité révélatrice d'un stress, alors que pour d'autres, la réaction n'a pas différé de celle exprimée dans le cadre d'une situation calme. Les chercheurs démontrent en outre que, dans l'ensemble, les requins les plus rapides à sortir du refuge sont également ceux qui supportent le mieux le test « d'apnée ».

De ces résultats, sont déduits par les auteurs deux catégories de requin :

  • les proactifs, qui s'aventurent dans leur milieu sans crainte ;
  • les réactifs, plus enclins à stresser face aux conditions et aux évènements extérieurs.

Autre fait intéressant, les requins les plus imposants seraient les plus téméraires. Or, dans le monde des poissons, ce sont souvent les plus petits qui sont les plus agressifs, une caractéristique comportementale qui leur confère une meilleure chance de survie par rapport aux individus plus gros, face aux prédateurs.

La personnalité n'est pas le propre de l'Homme

« Nous sommes ravis de ces résultats car ils démontrent que les requins ne sont pas seulement des machines stupides, se réjouit Culum Brown, chercheur à l'université Macquarie de Sydney, en Australie, et coauteur de l'étude. Tout comme les êtres humains, chaque requin est un individu avec ses préférences et ses comportements ».

« La personnalité n'est plus considérée comme un trait propre à l'Homme. Il s'agit plutôt d'une caractéristique profondément ancrée dans notre passé évolutif », ajoute Evan Byrnes, biologiste à de l'université Macquarie et auteur principal de l'article.

Pour les chercheurs, ces résultats peuvent aider à changer le regard porté sur les requins, un groupe animal qui comprend de nombreuses espèces en danger d'extinction, victimes de la surpêche ou de leur réputation de mangeurs d'Homme.

De plus, comprendre comment la personnalité influence les comportements variés des requins - tels que le choix des proies, l'utilisation de l'habitat ou les niveaux d'activité - est essentiel, selon les scientifiques, pour une meilleure gestion de ces grands prédateurs, qui jouent un rôle écologique significatif dans les écosystèmes marins.

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