Concept de base lunaire chinoise. © China Academy of Space Technology
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Quelles sont les ambitions spatiales de la Chine pour les prochaines années ?

ActualitéClassé sous :exploration , Exploration robotique , Exploration humaine

Dans son dernier livre blanc sur ses activités spatiales pour la période 2021-2025, la Chine fait l'inventaire d'une partie de ses missions et programmes civils et scientifiques. Sans surprise, il fait l'impasse sur les activités militaires du programme spatial.

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[EN VIDÉO] L'atterrissage de Chang'e 5 sur la Lune  L'Agence spatiale chinoise nous invite à revivre l'atterrissage de Chang'e 5 sur face visible de la Lune du 1er décembre 2020. L'atterrisseur s'est posé dans l'océan des Tempêtes pour une mission express de prélèvements d'échantillons. C'est la première fois depuis plus de 40 ans que des roches lunaires seront rapportées sur Terre. 

Dans son dernier livre blanc, la chine a réaffirmé ses ambitions spatiales et clairement signifié que la phase de rattrapage technologique était terminée. Puissance spatiale de premier plan, la Chine égale ou surpasse l'Europe et les États-Unis dans quelques domaines spécifiques comme les vols habités, la militarisation de l'espace, les télécommunications quantiques et certains aspects de l'exploration robotique. Comme nous le précise Philippe Coué, spécialiste de la Chine, ce « livre blanc ne reflète pas la totalité des activités spatiales de la Chine. En effet, il ne prend en compte qu'une partie des activités et programmes spatiaux civils, environ 40 %, et ne parle pas des activités militaires ».

Cela dit, les informations qu'il contient nous renseignent sur une partie des choix stratégiques du gouvernement chinois et tracent la voie pour les cinq prochaines années. On y apprend que la Chine va renforcer et consolider son infrastructure spatiale autour de la Terre qui fournit des services utiles à tout un chacun dans des domaines aussi variés que la navigation, l'observation de la Terre (météo, climat) et les télécommunications spatiales notamment.

Garant de son autonomie de l'accès à l'espace, la Chine prévoit de renforcer et moderniser ses capacités en matière de lancement. Sa famille de lanceurs, déjà bien complète, sera renforcée avec la mise en service d'un nouveau lanceur CZ-5 DY pour les vols habités lunaires, de moteurs à propergol solide de forte poussée et la poursuite de développement, entamée depuis 15 ans, du lanceur lourd CZ-9 de forte capacité (de 100 à 140 tonnes en orbite basse). Au cours de ces cinq années, la Chine poursuivra également ses efforts dans la réutilisation et le « retour d'orbite » avec un étage supérieur capable de retourner sur Terre, qui pourrait être un élément de lanceur.

Des Chinois sur la Lune à la fin des années 2020

Dans le domaine des vols habités, la construction de sa station spatiale se poursuivra avec deux nouveaux modules, Wentian et Mengtian, et la mise en service du télescope spatial Xutian de deux mètres de diamètre. Ce télescope volera dans une configuration coorbitale avec la station. Il viendra s'y amarrer pour des opérations de maintenance. Son lancement est prévu en 2024. La Chine poursuivra ses efforts pour préparer l'arrivée de taïkonautes sur la Lune, qui pourrait avoir lieu dès la fin de cette décennie. Dans ce sens, elle développera un véhicule habité lunaire.

L'exploration robotique de la Lune se poursuivra à un rythme étonnamment soutenu. Après avoir rapporté 1,731 kilo d’échantillons lunaires de l'océan des tempêtes (Chang'e 5), Chang'e 6 rapportera des échantillons du pôle Sud de la Lune, une région que rejoindra aussi Chang'e 7 pour faire une reconnaissance complète du site d'atterrissage, avec pour objectif de rechercher de la glace d'eau. Ces cinq années seront aussi mises à profit pour continuer le développement de Chang'e 8, dont le lancement est prévu en 2027 ou 2028. Cette mission amorcera la mise en place d'une station lunaire automatique qui sera construite avec la Russie. Cette station évoluera vers une base habitée dans les années 2030.

Une mission à la frontière du Système solaire

En développement depuis une dizaine d'années, la mission de retour d'échantillons d'un astéroïde classé comme un quasi-satellite de la Terre devrait décoller en 2024, voire en 2023. Elle devrait ensuite rejoindre la comète (ou astéroïde actif) 311P/Panstarrs dans la Ceinture principale.

Bien que son programme martien soit légèrement en retrait par rapport à la Lune, la Chine a de très fortes ambitions et prévoit de rapporter des échantillons de la Planète rouge. Durant la décennie 2030, sont prévus des lancements de sondes qui s'aventureront dans le Système jovien et jusqu'aux confins du Système solaire, pour explorer ses limites.

Dans le domaine de l'astronomie, le programme est également très ambitieux avec de nombreuses missions dédiées à l'étude des ondes gravitationnelles, la physique de l'espace-temps, l'univers extrême, la recherche de planètes habitables ainsi que les relations Terre-Soleil et la mesure du champ magnétique terrestre.

Pour en savoir plus

Mars, astéroïde, Jupiter… : la Chine précise ses objectifs

Article de Rémy Decourt publié le 02/07/2021

En attendant la publication du nouveau livre blanc sur sa stratégie spatiale pour la période 2021-2025, la Chine, qui vole de succès en succès, a levé le voile sur de nouveaux objectifs lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 12 juin et lors des rencontres de Startup Village 2021 qui ont eu lieu fin mai.

Les dernières avancées chinoises dans les vols habités et l'exploration robotique de la Lune et de Mars ont fini de convaincre les plus indécis de la formidable puissance spatiale de la Chine qui fait aujourd'hui jeu égal avec la Nasa et l'Agence spatiale européenne dans de nombreux domaines. Étonnamment, alors que les relations avec les États-Unis n'ont jamais été aussi exécrables et qu'elles commencent à se tendre avec l'Europe, la Chine veut légitimer son influence internationale et souhaite renforcer ses partenariats existants avec l'ESA et Roscosmos, et les élargir à d'autres nations.

Lors de l'événement Startup Village 2021, qui s'est tenu fin mai au Centre de recherche de Skolkovo, près de Moscou, et lors d'une conférence de presse, la Chine a donné de nouvelles informations sur son ambitieux programme d'exploration robotique et humaine de la Lune, récemment renforcé par la signature d'un partenariat avec la Russie pour s'installer durablement sur la Lune. Après les missions Chang'e 6 et Chang'e 7, déjà évoquées dans nos articles, s'ajoute Chang'e 8 qui testera l'impression 3D, pour la construction d'infrastructures en dur et la mise au point d'unités ISRU (In-Situ Resource Utilization) pour exploiter et utiliser des ressources lunaires, dans la perspective d'une base habitée prévue pour la décennie 2030.

Course aux échantillons martiens

Dans le domaine de l'exploration robotique, de nouvelles destinations ont été ajoutées aux objectifs de l'Agence spatiale chinoise et d'autres confirmées. Ainsi, d'ici la fin de cette décennie, une mission devrait être lancée à destination de Jupiter qui pourrait emporter un lander ou un rover à poser sur la surface de Callisto, une des quatre lunes galiléennes de Jupiter. La Chine a également une mission de retour d'échantillons d'un astéroïde d'une dizaine de mètres de diamètre classé comme un quasi-satellite de la Terre. Il récupérera des échantillons de sa surface et devrait ensuite rejoindre la comète (ou astéroïde actif) 311P/Panstarrs dans la Ceinture principale. Son lancement est prévu dans la période 2024-2026. Enhardie par la formidable réussite technologique de sa première mission martienne, un sans-faute qui étonne, la Chine prévoit une mission de retour d'échantillons martiens avec l'objectif « secret » de les rapporter avant ceux de la mission MSR de la Nasa et de l’ESA, prévus au mieux pour le début des années 2030. Toutes ces missions seront ouvertes à la coopération internationale.

Pour accéder à l'espace, la gamme de lanceurs existants sera renforcée avec l'arrivée d'un lanceur partiellement réutilisable et d'une gamme de nouveaux lanceurs lourds. À ce sujet, la Chine est plutôt discrète, tout comme sur son projet de drone spatial. Quant à la Station spatiale, dont la construction a débuté et est actuellement occupée par trois taïkonautes, la Chine a réaffirmé que sa construction sera terminée en 2022. Un pari logistique qui ne sera pas une mince affaire, même pour la troisième puissance spatiale mondiale.

Le rover chinois Zhurong posant fièrement devant l'atterrisseur qui l'a amené sur Mars. © CNSA

Des développements utilisés pour des systèmes spatiaux civils et militaires

Dans le domaine de l’observation de la Terre, des télécommunications spatiales et du positionnement par satellite, la Chine va renforcer toutes ses capacités afin de garantir son autonomie et de moins dépendre de données étrangères pour ce type d'application. Elle souhaite également se doter d'une constellation de plus ou moins 13.000 satellites destinés à fournir un accès à Internet. La Chine a également annoncé renforcer sa politique d'investissements en infrastructures, recherche et développement dans le domaine spatial de façon à stimuler l'innovation, soutenir le développement économique et social du pays.

Les efforts chinois de militarisation de l’espace sont devenus le principal aspect de la rivalité avec les États-Unis

Enfin, les efforts chinois de militarisation de l'espace sont devenus le principal aspect de la rivalité avec les États-Unis dont le leadership dans ce domaine est mis à mal. Le renseignement américain considère cet aspect du programme spatial chinois comme l'une des principales préoccupations en matière de sécurité pour les États-Unis.

La Chine qui ne sépare pas les activités militaires des activités civiles ou commerciales, comme le font les États-Unis, ne s'exprime pas sur ce sujet. Pour comprendre les craintes de Washington, il faut prendre conscience que si un pays peut développer un satellite capable de mener des opérations de rendez-vous et de proximité pour le ravitaillement en carburant ou l'enlèvement des débris, cette même capacité technologique peut être utilisée pour attaquer un satellite, dégrader son orbite ou tout simplement s'approcher suffisamment pour y jeter un coup d'œil ! Autre exemple, la réutilisation du deuxième étage d'un lanceur à des fins commerciales ou scientifiques a des applications potentiellement militaires telles que l'hébergement de charges utiles ou de capteurs.

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