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Afrique : la ceinture de la méningite expliquée par Nadège Martiny

Dossier - Tout savoir sur la méningite
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La méningite se définit comme une inflammation des méninges, c’est-à-dire des enveloppes qui protègent le système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Si la méningite virale est souvent bénigne, la méningite bactérienne relève de l’urgence médicale et nécessite une hospitalisation et un traitement antibiotique. Zoom sur une pathologie qui cause de nombreux décès d'enfants dans le monde.

  
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Nadège Martiny est maître de conférences en Climatologie et Télédétection au centre de Recherches de Climatologie de l'UMR Biogéosciences à l'université de Bourgogne. Elle nous parle de ses travaux concernant l'influence du climat sur les épidémies de méningite en Afrique et nous explique ce qu'est la ceinture de la méningite.

Qu'est-ce que la ceinture de la méningite en Afrique ? Ici, vue de l'abri TEOM (mesure de concentrations massiques de particules) de Dédougou (Burkina Faso). © Nadège Martiny, CC by-nc 2.0

Comment la méningite touche-t-elle l'Afrique ?

Nadège Martiny : Il existe plusieurs types de méningites. Nous nous intéressons particulièrement à la méningite bactérienne causée par Neisseria meningitidis, pour laquelle il existe plusieurs sérogroupes. La particularité de cette méningite est qu'elle provoque des épidémies récurrentes avec de grosses vagues épidémiques tous les 10-12 ans. Il y a aussi des cas tous les ans en Afrique. La méningite touche essentiellement des enfants de moins de 15 ans et des personnes âgées, c'est-à-dire les sujets les plus fragiles. C'est donc une préoccupation sanitaire majeure pour les pays d'Afrique.

Quelles ont été les dernières épidémies ?

En 1996-1997, il y a eu 250.000 cas de méningite déclarés, avec 10 % de mortalité environ : c'est l'épidémie la plus importante observée à ce jour à l'échelle mondiale. Parmi les survivants, il y a beaucoup de séquelles neurologiques graves suite à la maladie : 10 à 20 % des survivants présentent des troubles de la vue, une surdité complète ou partielle. Les dernières épidémies importantes sont aussi celles de 2007 au Burkina Faso et de 2009 au Niger. Ensuite, l'OMS (Organisation mondiale de la santé) a mis en place une vaccination de masse contre le sérogroupe dominant (A), à partir de 2010. La ceinture est censée être vaccinée complètement, mais le fait de vacciner contre un sérogroupe n'empêche pas l'émergence des autres. En 2015, il y a eu une épidémie d'un autre sérogroupe au Niger.

Qu'est-ce que la ceinture de la méningite ?

La ceinture de la méningite est une bande latitudinale située à 10-15° nord, qui va d'est en ouest de l'Éthiopie au Sénégal, ce qui représente une population à risque de plus de 400 millions d'habitants. Cette ceinture a été définie par un médecin de l'OMS dans les années 1960, M. Lapeyssonnie qui s'est déplacé dans les pays pour recenser le nombre de cas. M. Lapeyssonnie a montré que la limite nord de la ceinture de la méningite est conditionnée par un cumul de pluies annuel de l'ordre de 300 mm. Mais cette limite nord est plutôt liée à la densité de population beaucoup plus faible aux limites du Sahara. La limite sud de la ceinture est plutôt à 1.100 mm de pluie par an. L'humidité semble jouer un rôle important dans la maladie. Donc la limite nord est conditionnée par le peu de population et la limite sud par un facteur climatique : l'humidité.

Nadège Martiny avec le technicien burkinabé en charge de la maintenance de l'instrument de mesures TEOM (mesure de concentrations massiques de particules) implanté à Dédougou (Burkina Faso). © Nadège Martiny, CC by-nc 2.0

Comment le climat influence-t-il l'épidémie de méningite en Afrique ?

La méningite, qui se développe en pleine saison sèche, est une maladie climato-sensible. Par exemple, l'augmentation de l'humidité au-delà d'un certain seuil semble être un facteur d'arrêt de l'épidémie. C'est une hypothèse qui se vérifie dans les résultats statistiques, mais à ce jour il n'y a pas encore eu d'étude microbiologique montrant le rôle exact de cette variable climatique sur la bactérie. D'autres facteurs entrent en ligne de compte. Au cœur de la saison sèche, l'humidité est faible, et les vents d'Harmattan apportent depuis le Sahara de grandes quantités de poussières désertiques. Le cumul des conditions « faible humidité + poussières » sur de longues semaines fragilise les voies respiratoires supérieures où se trouve la bactérie, ce qui favorise son passage dans le sang.

Malgré les stratégies de vaccination, dont celle de l'OMS en 2010, les épidémies ne sont pas complètement endiguées. La stratégie est donc de chercher des indicateurs climatiques pour mettre en place des systèmes d'alerte précoce, cibler les zones à risque et passer de la vaccination réactive à la vaccination anticipative.

Quels travaux avez-vous menés sur ce sujet ?

Depuis 2009, nous centrons nos recherches sur le rôle des poussières désertiques sur les épidémies, à des échelles fines. Nous avons notamment mis en relation l'incidence hebdomadaire (le nombre de cas de méningite chaque semaine) sur plusieurs années dans trois pays (le Burkina Faso, le Niger et le Mali) avec les variables climatiques, et les poussières désertiques.

Nous avons montré que, pour déclencher l'épidémie, il fallait une humidité faible et l'arrivée de grands évènements de poussières en début d'année, le plus souvent en janvier. Si on regarde la variabilité saisonnière des poussières et celle du nombre de cas, il existe un décalage temporel entre les poussières et les cas de méningite de deux semaines en moyenne.

Ces résultats récents sont complètement nouveaux et ouvrent de nouvelles pistes de recherches car ils sont cohérents avec les études des épidémiologistes montrant que le temps d'incubation moyen de la bactérie est de deux semaines. Notre résultat le plus marquant est d'avoir dégagé, dans une problématique climat-poussières et santé complexe, le rôle déterminant des poussières désertiques dans le déclenchement et le développement des épidémies de méningites, et ce, au niveau du district sanitaire, échelle d'action de l'OMS. Ces recherches constituent donc un espoir pour avancer dans le domaine de la prévisibilité des risques sanitaires en Afrique.