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Afrique de l'Ouest : les épidémies de méningite sous l'influence du vent

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Chaque année, une épidémie de méningite frappe l'Afrique de l'Ouest, affectant 25 000 à 200 000 personnes. Or, on sait depuis longtemps que la chronologie de cette épidémie et sa limitation à la « ceinture de méningite », située entre 10° et 15° de latitude nord, sont étroitement liées aux conditions climatiques. À la faveur du programme AMMA, des chercheurs de l'IRD et de l'université Paris VII viennent pour la première fois de quantifier cette relation à l'aide d'outils statistiques.

Le continent africain vu depuis l'espace (NASA)

Ils ont relié l'évolution annuelle des variables d'humidité et de vitesse du vent à des données épidémiologiques recueillies sur plusieurs années dans cette région. Le nombre de cas de méningite apparaît ainsi synchrone avec l'évolution saisonnière du climat, le début de l'épidémie coïncidant avec le moment où les vents d'hiver sont les plus forts. Ces résultats devraient permettre d'envisager l'élaboration d'outils de surveillance épidémiologique dans cette zone, afin de prévenir les épidémies et tenter d'en limiter la portée.

L'Afrique soudano-sahélienne constitue une zone d'endémie de la méningite à méningocoques, une maladie très contagieuse qui affecte 25 000 à 200 000 personnes par an et en particulier les jeunes enfants. Cette infection des méninges, qui survient chaque année entre les mois de février et mai, est circonscrite à une région appelée « ceinture de la méningite », située entre 10° et 15° de latitude Nord. Plusieurs facteurs contribuent au déclenchement des épidémies, en particulier la perte de l'immunité des populations face à la bactérie pathogène, due au renouvellement des générations et à l'augmentation du nombre d'individus n'ayant jamais été en contact avec celle-ci, ainsi que les conditions climatiques. En effet, l'Afrique soudano-sahélienne est soumise à l'alternance d'une saison sèche en hiver et d'une saison humide de mousson, en été. Cette alternance est liée au déplacement en latitude du Front Intertropical qui correspond à la zone de rencontre entre les vents du Nord, que l'on nomme Harmattan, et les vents de mousson provenant du Sud. En hiver, l'Afrique soudano-sahélienne subit de fait l'influence des vents d'Harmattan. Ces vents chauds et secs, chargés de poussières, fragilisent les muqueuses de l'appareil respiratoire, favorisant le passage de la bactérie dans le sang et, ainsi, le déclenchement des épidémies de méningite.

À la faveur du programme AMMA, des chercheurs de l'IRD et d'instituts partenaires viennent pour la première fois de quantifier cette relation entre les épidémies et le climat. À l'aide d'outils statistiques, ils ont mis en évidence un synchronisme entre l'évolution saisonnière du nombre de cas de méningite recensés au Mali et la dynamique du climat à l'échelle de cette zone.

Les vents d'Harmattan représentant la caractéristique principale du climat hivernal en Afrique soudano-sahélienne, les scientifiques ont cherché à évaluer l'impact de ces vents sur les épidémies. Pour se faire, ils ont élaboré, à partir de la vitesse des vents et de l'humidité de l'air, des indices atmosphériques synthétiques indispensables à la modélisation des cycles annuels du climat. Ces indices ont ensuite été corrélés à des séries de données épidémiologiques provenant de relevés hebdomadaires établis par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) au Mali, entre 1994 et 2002.

Pour chacune de ces neuf années, un maximum hivernal de l'Harmattan a été établi, qui représente la semaine où l'indice de vent est le plus élevé. En moyenne, ce maximum correspond à la sixième semaine de l'année, entre le 7 et le 15 février, pendant laquelle le Front Intertropical est situé à son extrême Sud. L'analyse statistique montre que l'évolution de l'indice de vitesse du vent au cours des saisons est synchrone avec la progression du nombre de personnes atteintes de méningites, le début de l'épidémie coïncidant avec le maximum hivernal de l'Harmattan. Par ailleurs, la fin des épidémies survient généralement à la seizième semaine, au moment où commence la saison des pluies, peu favorable à la transmission du méningocoque. La même analyse a ensuite été réalisée à partir de l'indice d'humidité atmosphérique. Elle a permis de conforter ces résultats, l'humidité la plus faible et le début de l'épidémie correspondant également à la semaine du 7 au 15 février.

Grâce à ces premiers travaux, qui associent les sciences du climat et de la santé, il est possible d'envisager la mise en place d'outils de surveillance épidémiologique afin d'anticiper la survenue des épidémies de méningite dans cette région d'Afrique de l'Ouest et tenter de limiter leur impact. Cependant, ces résultats ne permettent pas d'appréhender une éventuelle relation entre l'intensité de l'hiver et l'ampleur de l'épidémie. De plus, le modèle climatique utilisé se fondant sur une période de seulement neuf années, d'éventuelles variations importantes du climat ou des épidémies à plus grande échelle de temps ne peuvent pas être prises en compte. Ce modèle devra par conséquent être testé sur des périodes plus longues et à une échelle spatiale plus fine, afin d'étudier plus précisément ces variations et leur impact sur l'évolution de la maladie à l'intérieur du territoire malien.

La mise en place d'un Observatoire de recherche en environnement (ORE AMMA-Catch), destiné à recueillir des mesures relatives, notamment, au climat et à la santé en Afrique de l'Ouest, devrait favoriser l'extension et la continuité de ces travaux dans une perspective de santé publique.

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