Santé

Prédire les épidémies de méningite et de paludisme... par satellite

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Certaines maladies épidémiques, comme la méningite ou le paludisme, sont dépendantes des conditions climatiques. Les scientifiques essaient donc de développer des outils pour prévoir leur émergence jusqu'à 2 mois à l'avance en utilisant les données satellite.

Comme le montre cette carte, le paludisme est une maladie qui affecte toute l'Afrique, une partie sud du continent asiatique et l'Amérique latine. Au lieu de se limiter à l'Afrique, les chercheurs envisagent d'étendre leurs recherches satellite dans toutes ces régions du monde. © Wellcome Trust Sanger Institute, cc by sa 3.0

Chaque année ou presque, c'est la même rengaine. L'Afrique est en proie à une épidémie de méningite, qui commence aux alentours du mois de novembre et se prolonge jusqu'en avril. Principale région touchée : le sud du Sahel, dans une ceinture s'étendant d'ouest en est du continent, du Sénégal jusqu'à l'Éthiopie. Certaines années, comme entre 1996 et 1997, 200.000 à 250.000 personnes sont touchées, causant jusqu'à 25.000 morts.

Même si les chercheurs n'en ont pas compris les vraies raisons, il semble que ces pandémies apparaissent alors que le climat est sec et que les vents balaient beaucoup de poussière. La méningite serait donc liée à des facteurs environnementaux et climatiques, en l'occurrence la sécheresse, à l'instar du paludisme, dont l'expansion est consécutive à une grande humidité et des températures élevées permettant la prolifération des moustiques.

Les scientifiques souhaitent donc mieux anticiper les événements météorologiques pour prédire les points de départ géographique et chronologique des épidémies. Si en soi la performance n'a rien de simple, les perturbations dues au réchauffement climatique compliquent encore la tâche.

Cette carte signale en rouge vif la ceinture africaine dans laquelle les épidémies de méningite sont fréquentes et mortelles. Les pays signalés en marron clair doivent faire face occasionnellement à des pandémies dangereuses. © Leevanjackson, Wikipédia, DP

Des satellites au service de la lutte contre les épidémies

Élément essentiel à la réussite d'un tel projet : disposer de données. Malheureusement, les stations de surveillance environnementales africaines sont en général trop peu nombreuses, éparpillées et souvent isolées. C'est pourquoi des chercheurs de l'International Research Institute for Climate and Society, rattaché à la Columbia University de New York, proposent d'utiliser les satellites pour traquer les risques d’épidémies.

Comme il a été expliqué lors du congrès mensuel de l'American Geophysical Union, les auteurs de ce projet ont mis au point un outil visant à prédire à quel moment le sud du Sahel sera frappé par la poussière, signe annonciateur de méningite. Ces modèles sont conçus à partir de données émanant de Google Earth ou du projet Servir de la Nasa, images obtenues depuis la Station spatiale internationale fournissant des informations sur la surface de la Terre et des catastrophes naturelles.

Les capteurs des satellite permettent en effet d'estimer le degré d'humidité, tandis que leur modèle prédit le niveau de poussière avec une mise à jour effectuée toutes les 3 heures. Selon Pietro Ceccato, l'un des auteurs, « en surveillant les données satellite, nous espérons prévoir les épidémies avec un ou deux mois d'avance ». Pas mal !

Prévenir au mieux la méningite plutôt que la guérir

En procédant en collaboration avec les pays concernés, ils espèrent déterminer où et quand l'infection des méninges pourrait frapper. Les gouvernements seraient ainsi en mesure de prendre les dispositions nécessaires, à savoir entreprendre une politique de vaccination dans les régions susceptibles. Des informations importantes car ces États n'ont pas à leur disposition suffisamment de vaccins pour protéger toute la population : il est impératif de faire des choix.

Les épidémies de méningites frappant l'Afrique sont dues à des infections des méninges, ces structures protectrices du cerveau, entraînant une inflammation potentiellement mortelle. Cette image révèle un amas de granulocytes, des cellules du système immunitaire, combattant l'agent bactérien et induisant l'inflammation. © Marvin101, Wikipédia, cc by sa 3.0

Si les laboratoires de recherche ne sont pas encore nombreux à se pencher sur la question, ces scientifiques pourraient voir leur projet complété par d'autres chercheurs, de l'University Corporation for Atmospheric Research, à Boulder, dans le Colorado. De leur côté, ils travaillent à la mise au point d'un modèle climatique capable de prévoir certaines conditions atmosphériques avec 14 jours d'avance, aidé par des outils informatiques et une fois encore, des données satellites.

Les prévisions se baseraient sur la détection de certains profils de la haute atmosphère liés avec une hygrométrie forte en surface et le début imminent de la saison des pluies. L'arrivée des averses coïncide en général avec la fin des pandémies de méningite, car il a été remarqué qu'au-delà de 40 % d'humidité, la maladie reculait.

Des modèles à améliorer

Pour le paludisme, le principe est à peu près le même. Il suffit juste de changer les paramètres à étudier. À partir de grandes tendances, les scientifiques espèrent déterminer à l'avance si une année sera plus ou moins favorable à une grande contagion ou, au contraire, si une épidémie se montrera peu agressive.

Tous ces principes manquent encore de précision et se résument pour l'heure à deux maladies. Les chercheurs veulent frapper plus fort en augmentant leur périmètre de recherches en étendant leurs fouilles à l'Amérique du Sud et l'Asie, tout en augmentant le nombre de maladies à repérer. Un combat qui demandera encore du temps, malheureusement...

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