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Paludisme : des bactéries de moustique OGM, la solution ?

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Après les moustiques génétiquement modifiés, voici que des scientifiques proposent les bactéries intestinales OGM pour détruire le parasite vecteur du paludisme avant qu'il ne soit transmis à l'Homme. Les essais en laboratoire sont plutôt concluants, mais qu'en sera-t-il de la réalité du terrain ?

La bactérie E. coli est depuis longtemps exploitée par la recherche scientifique. Pour cette expérience, elle ne fait que fournir des gènes à une autre bactérie intestinale, Pantoea agglomerans, afin de se débarrasser du paludisme. © Janice Haney Carr, CDC, DP

Il fallait y penser. Pour tuer le Plasmodium, parasite responsable du paludisme, les chercheurs ont développé des moustiques génétiquement modifiés pour produire des substances mortelles pour l'hôte indésirable durant son cycle de développement. Le concept fonctionnait bien en laboratoire mais n'a pas connu le succès escompté dès le test grandeur nature. Les gènes d'intérêt ne se sont pas répandus dans la population d'insectes. Quasi-retour à la case départ.

La piste n'a pourtant pas été complètement abandonnée, mais simplement remaniée. Au lieu de moustiques, des scientifiques du Johns Hopkins Malaria Research Institute ont songé à agrémenter l'ADN de bactéries intestinales de gènes capables de s'attaquer au Plasmodium durant sa phase de reproduction, l'une des plus vulnérables et cruciales du parasite. Une manipulation plus simple d'après les auteurs. Les résultats sont annoncés dans les Pnas.

Une bactérie OGM, plusieurs armes contre le paludisme

Le modèle choisi pour cette expérimentation s'appelle Pantoea agglomerans, une bactérie commensale courante et inoffensive, aussi bien pour l'insecte que pour l'Homme. Une fois le système de sécrétion de l'hémolysine A (récupéré dans le génome de la célèbre Escherichia coli) injecté, l'organisme génétiquement modifié dispose de plusieurs armes pour éliminer le vecteur du paludisme sans affecter la santé de ses hôtes.

L'une d'elles, par exemple, consiste à intercaler dans la membrane du Plasmodium en développement une protéine qui perméabilise la cellule. L'oocyste, l'équivalent de l'œuf chez les protozoaires, prend l'eau et le parasite se noie.

Pourquoi utiliser des bactéries intestinales génétiquement modifiées chez le moustique et pas directement chez l'Homme ? Tout simplement parce que le Plasmodium connaît une phase de son cycle dans l'intestin de l'insecte, tandis que chez nous il passe directement de la circulation sanguine au foie, sans passer par le tube digestif. © Hugh Sturrock, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

En laboratoire, leurs bactéries se sont avérées redoutablement efficaces. Les taux d'oocystes ont diminué de 85 à 98 % chez les moustiques porteurs de P. agglomerans par rapport aux insectes témoins. Après avoir fourni à leurs animaux ailés un repas contaminé, seuls 16 % d'entre eux ont été infestés par le parasite.

Un succès non garanti…

Une recette qui fonctionne, aussi bien pour le Plasmodium falciparum, la forme la plus agressive chez l'Homme, que pour Plasmodium berghei, qui s'attaque aux rongeurs. Mais des laboratoires à la nature, le fossé est parfois difficile à franchir, pour plusieurs raisons.

Premier argument avancé par les chercheurs eux-mêmes : la crainte qu'inspire le terme « OGM » dans l'esprit des gens. Devant détenir un accord des autorités pour tester leur technique en plein champ, ils redoutent le sentiment général que pourrait inspirer une telle expérimentation.

Mais il ne s'agirait peut-être pas de leur plus gros frein. La bactérie choisie n'est pas forcément la plus adaptée pour se répandre dans les intestins de la population de moustiques. Marcelo Jacobs-Lorena, l'un des auteurs, se défend en précisant qu'il compte badigeonner des bouts de coton de sucre et de P. agglomerans, génétiquement modifiées, à proximité du lieu de vie des moustiques, de manière à en toucher un maximum.

Ils envisagent cependant de reproduire la même expérience pour un autre modèle, des bactéries du genre Serratia qui, en plus de proliférer dans le tube digestif des insectes, s'épanouit également dans les ovaires, ce qui faciliterait sa transmission aux descendants.

Si ce traitement démontre son efficacité, il pourrait compléter l'arsenal de thérapies déjà utilisées contre le paludisme. L'avantage de ce procédé est que ses multiples techniques d'agression ne confèrent pas au Plasmodium l'opportunité de développer une résistance, phénomène que l'on a commencé à remarquer pour les artémisinines, principe actif le plus classiquement utilisé contre la maladie. Tout reste encore à faire...

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