Faut-il avoir peur des additifs alimentaires ? © Daylight Photo, Adobe Stock

Santé

Additifs alimentaires : faut-il faire peur pour vendre des produits bio ?

ActualitéClassé sous :Nutrition , additifs alimentaires , règlementation des additifs alimentaires

Le syndicat des entreprises de la bio a financé une publicité énumérant 250 additifs chimiques « à éviter ». Cette liste comprend pourtant des substances parfaitement naturelles comme des extraits de plantes ou des vitamines. Le syndicat se défend d'attiser la psychose ambiante autour de l'alimentation.

Ces dernières semaines, de larges encarts publicitaires se sont étalés dans les grands journaux mettant en garde contre les additifs alimentaires. On peut y lire en gros titre « Pour mieux manger, apprenez cette liste par cœur ». S'ensuit une liste de 250 additifs « à éviter » et une conclusion : « Sinon, il y a la bio. En plus d'interdire ces additifs, la bio interdit aussi l'utilisation d'OGM et de pesticides de synthèse. La bio nous défend tous. Par nos achats, défendons-la ».

Vitamine B2, antioxydants et acides aminés

La liste en question est celle des additifs non autorisés dans la culture bio. Mais, s'agit-il vraiment de substances dangereuses « à éviter » ? Prenons la première mention de la liste : la riboflavine... qui n'est autre que la vitamine B2, essentielle au métabolisme des glucides, lipides et protéines. Plus loin, se trouvent la chlorophylle, les carotéinoïdes (qui existent dans de nombreux fruits jaunes ou oranges), la capsanthine et la capsorubine (les pigments rouges du poivron qui sont des antioxydants), la lutéine (un précurseur de la vitamine A, présent dans tous les légumes verts et connu pour prévenir la dégénerescence maculaire liée à l’âge ou DMLA), le gamma-tocophérol (vitamine E), des anthocyanes (pigments communs chez les plantes qui joueraient un rôle bénéfique dans la santé humaine) ou le konjac (extrait d'un tubercule asiatique et conseillé dans la perte de poids). Certains noms barbares cachent des produits du métabolisme humain, comme l'acide glutamique ou la nisine, qui ne sont autres que des acide aminés, ou l'invertase, une enzyme présente dans la muqueuse de l'intestin grêle qui hydrolyse le saccharose alimentaire.

La liste des additifs « à éviter », selon les fabricants de produits bio, comprend de nombreux produits naturels et même bons pour la santé comme le lycopène ou les anthocyanes. © Synabio

Des molécules chimiques mais identiques aux molécules naturelles

Autant de produits notés en vert (jugés sans risque avéré) par l'association de consommateurs Que Choisir. À l'inverse, certains additifs autorisés en bio et ne figurant donc pas dans cet inventaire à la Prévert sont notés en orange (« peu recommandable »), comme le phosphate de calcium (E341).

Si ces additifs sont interdits dans l'alimentation bio, c'est parce que certains peuvent être synthétisés par la chimie. Pourtant, la molécule obtenue est exactement identique, qu'elle soit produite en laboratoire ou par une plante. Certains procédés d'extraction posent toutefois problème. Le caramel E150d est ainsi préparé par chauffage contrôlé de sucre avec des dérivés sulfités et de l'ammoniaque, des substances pouvant provoquer des intolérances chez des personnes sensibles. D'autres, comme les caroténoïdes ou l'acide malique, sont obtenus à partir de processus utilisant des micro-organismes génétiquement modifiés, ce qui les bannit de l'alimentation bio.

Les additifs interdits dans les produits bio sont issus de la synthèse chimique ou extraits via des solvants chimiques. © Budimir Jevtic, Adobe Stock

Des additifs parfois bien utiles

« Tout est potentiellement toxique, c'est une question de dose, explique un chimiste interrogé par Futura. Avaler plusieurs litres de jus de citron pur peut être mortel. Se priver de tous les ingrédients cités dans cette liste revient à ne plus manger du tout ». Le syndicat des entreprises de la bio se défend, quant à lui, d'alimenter le climat de peur autour de l'alimentation. « Ce n'est pas nous qui répandons des pesticides toxiques dans la nature ! », s'indigne Simon Ferniot, l'administrateur du syndicat Synabio. Selon lui, la plupart des additifs chimiques utilisés par l'industrie traditionnelle sont parfaitement inutiles. « Si vous voulez avoir de la lutéine, mangez des myrtilles ! ».

Certains additifs ont toutefois un rôle bien utile. La piramicine (E235) est par exemple un antibiotique naturel produit par une bactérie et utilisé comme conservateur dans certaines viandes transformées et des fromages. D'autres servent d'antioxydants, d'anti-agglomérants, de régulateurs d'acidité ou d'agents de texture. Autant de produits qui aident à prolonger la durée de vie ou à améliorer la saveur des aliments -- et donc à limiter le gaspillage. Simon Ferniot prône un retour à une alimentation plus simple. « On a habitué les gens à avoir de la nourriture pas chère, disponible partout et qui se conserve pendant des mois. Il faut repenser complètement notre façon de consommer », explique-t-il.

Il est quand même dommage que la filière bio n'ait pas trouvé un moyen plus séduisant qu'une liste indigeste de noms obscurs pour nous donner envie d'acheter leurs produits. Invoquer la protection de l’environnement, la préservation de la biodiversité des fruits et légumes et surtout le goût des aliments aurait été plus convaincant.

  • Le syndicat des entreprises de la bio a financé une publicité énumérant 250 additifs chimiques « à éviter ».
  • Cette liste comprend pourtant des substances parfaitement naturelles comme des extraits de plantes ou des vitamines.
  • Si certains utilisent des solvants chimiques ou des organismes génétiquement modifiés pour leur extraction, la dose à laquelle ils sont utilisés ne justifie pas de s’en méfier outre mesure.
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