Certains compléments alimentaires à base de plantes ont des effets proches des médicaments sans être aussi bien encadrés. © Elenathewise / IStock.com

Santé

Les compléments alimentaires contiennent des plantes réservées aux médicaments

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Certains compléments alimentaires à base de plantes censés améliorer notre santé peuvent contenir des substances normalement utilisées dans les médicaments, ou au contraire interdites même dans ces derniers, alerte un rapport de l'Académie de pharmacie.

Certains compléments alimentaires à base de plantes ont des effets proches des médicaments sans être aussi bien encadrés, s'alarme l'Académie de pharmacie, en soulignant la dangerosité de ceux contenant du suc d'aloé ou des racines de rhubarbe, utilisés pour leur effet laxatif.

« Il y a des plantes autorisées dans les compléments alimentaires qui n'ont pourtant jamais été utilisées dans l'alimentation, mais à des fins pharmacologiques, c'est-à-dire dans les médicaments », a déploré Jean-Pierre Foucher, membre de l'Académie, en présentant un rapport sur cette question. Ce document pointe en particulier les compléments alimentaires contenant de l'aloé (uniquement quand c'est le suc qui est utilisé, le gel ne posant pas de problème), des racines de rhubarbe de Chine, du séné (fruit, foliole) et de l'écorce de bourdaine ou de cascara (un arbuste et un arbre). Ils sont essentiellement vendus sous forme de gélules.

Les gélules contenant du suc d'aloe vera (pas le gel) sont notamment pointées du doigt dans le rapport de l'Académie de pharmacie. © Comugnero Silvana, Fotolia

Des substances utilisées dans de puissants laxatifs

Les plantes incriminées ont un point commun: elles contiennent des principes actifs (appelés hétérosides hydroxyanthracéniques) identiques à ceux de médicaments classés comme « laxatifs stimulants ». Cette expression désigne des « laxatifs puissants, mais irritants pour le tube digestif », selon le rapport. Leur « usage prolongé provoque une dépendance, il n'est plus possible d'aller à la selle sans médicament. A long terme, des lésions définitives de la paroi interne de l'intestin peuvent apparaître », ce qu'on appelle la « maladie des laxatifs ».

L'Académie demande que ces plantes soient retirées de la liste de celles qui sont autorisées dans les compléments alimentaires, produits qui ont la cote chez les Français et sont facilement accessibles (en pharmacie, en supermarché, voire sur internet). Cette liste, qui comprend 540 espèces végétales, est établie par un arrêté du ministère de l'Economie du 24 juin 2014.

En effet, la mise sur le marché d'un complément alimentaire obéit à un régime de déclaration auprès de la répression des fraudes (DGCCRF). Un médicament, lui, doit obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) des autorités sanitaires, après une évaluation scientifique de ses bénéfices et de ses risques.

« Un certain nombre de plantes de cette liste sont à leur place. Mais 25% devraient relever du monopole pharmaceutique et 20% sont des plantes médicinales issues d'autres cultures, sur lesquelles on manque de recul », a estimé Pierre Champy, spécialiste de pharmacognosie (l'étude des médicaments d'origine animale et végétale).

Pire, « certaines plantes sont interdites au titre des médicaments mais autorisées comme compléments alimentaires », a-t-il ajouté, en citant le cimicifuga. Des extraits de cet arbre d'Amérique du Nord sont utilisés en gélules pour, prétendument, combattre les effets de la ménopause.

Il existe des dangers.

Réclamée par l'Académie de pharmacie, l'interdiction de certains compléments alimentaires est, dans les faits, compliquée à obtenir, car elle pourrait être contestée devant la justice européenne. Malgré cela, « nous estimons qu'il est de notre devoir de dire qu'il existe des dangers », a assuré M. Foucher, en plaidant au moins pour un meilleur étiquetage (avertissement sur les quantités ou la durée de consommation).

Les compléments alimentaires sont considérés comme des aliments, mais ils ne sont pas à prendre à la légère. Il est conseillé de se référer à des professionnels de santé pour bien les utiliser. © Bru-No, Pixabay

Une mise en garde contre une consommation déraisonnée

Plus largement, le rapport de l'Académie de pharmacie met en garde contre un mauvais usage des compléments alimentaires, dont la majeure partie est à base de plantes. « Malgré leur statut d'aliment, contrairement à ce que beaucoup de personnes croient (...), les compléments alimentaires ne sont pas des produits anodins », soulignent les auteurs.

« Les accidents les plus sévères sont associés au mésusage (consommation de plusieurs produits, dépassement des doses recommandées) », selon l'Académie. Elle rappelle que prendre en même temps certains compléments alimentaires et certains médicaments peut être dangereux à cause des interactions possibles.

Des produits en vogue.

L'Agence nationale de sécurité sanitaire et de l'alimentation (Anses) a alerté à de multiples reprises sur ces produits en vogue. Le marché des compléments alimentaires a en effet grimpé à 1,8 milliard d'euros en 2017, alors qu'il n'était que d'un milliard d'euros en 2010, selon les chiffres du Synadiet (Syndicat national des compléments alimentaires). En 2018, ce marché représentait 1,9 milliard d'euros, d'après le cabinet d'études Xerfi.

  • Un rapport de l'Académie de pharmacie prévient qu'il existe des dangers liées à la consommation des compléments alimentaires à base de plantes.
  • Ceux-ci peuvent contenir des plantes réservées à des fins pharmacologiques, des plantes non autorisées dans les médicaments ou encore des plantes dont les propriétés sont mal évaluées.
  • L'Académie de pharmacie rappelle les dangers d'une mauvaise consommation de ces produits.
Pour en savoir plus

Compléments alimentaires : dangereux si consommés à mauvais escient

Article de Janlou Chaput, publié le 01/03/2013

Si les compléments alimentaires sont souvent associés à une notion de meilleure santé, leur consommation déraisonnée peut produire l'effet inverse. Or, une vaste étude menée sur toute la France révèle que ces produits prennent de plus en plus d'ampleur et que le phénomène n'est pas toujours contrôlé.

Les compléments alimentaires ont de plus en plus la cote en France. Une étude française, publiée dans le British Journal of Nutrition, révèle que 28,1 % des femmes et 14,6 % des hommes ont avalé ces produits durant l'année écoulée, avec en tête le magnésium, préféré aux vitamines B6 et C. Pourtant, trop souvent, leur consommation n'est pas pertinente et, dans certains cas, elle peut s'avérer dangereuse.

Mené sur 79.786 adultes français, ce travail, issu d'une collaboration entre plusieurs organismes comme l'Inserm, la Cnam, l'Inra ou l'université Paris 13, s'est basé sur les résultats à des questionnaires de personnes participant à l'étude NutriNet-Santé. Le niveau d'étude, le statut socio-économique, le mode de vie, les habitudes tabagiques, la pratique sportive, l'obésité sont autant de critères qui ont été pris en compte.

Dans 41 % des cas, les sujets ont indiqué en prendre pour combattre la fatigue, et 33,8 % du temps pour rester en bonne santé. Pourtant, il se pourrait que parfois, cette supplémentation engendre les effets inverses.

Les complémentaires peuvent être bénéfiques pour la santé. Mais attention, ils ne sont pas toujours indiqués. Ils peuvent alors devenir dangereux... © Kitsen, StockFreeImages.com

L’alimentation équilibrée, l’ennemi des compléments alimentaires

Les auteurs considèrent en effet qu'une alimentation équilibrée est largement suffisante pour apporter tous les nutriments nécessaires. Or, il s'avère que les personnes les plus habituées des compléments alimentaires sont typiquement des femmes, suivant plutôt bien les recommandations nutritionnelles du programme national nutrition santé (PNNS), ayant une alimentation et un mode de vie sains (plus de sport, moins de tabac etc.).

Le mieux est l'ennemi du bien. Différentes études ont montré que les compliments alimentaires s'avèrent précieux pour compenser les carences alimentaires, mais sont inutiles voire dans certains cas déconseillés si les apports quotidiens en nutriments sont suffisants. Pourtant, seulement 5,4 % des Français interrogés disent en consommer pour rééquilibrer leur alimentation.

Les compléments alimentaires ne sont pas des aliments qu'on peut avaler à la petite cuillère. Ils doivent être consommés en cas de carence et, dans l'idéal, après une visite chez le médecin. © Sorinus, StockFreeImages.com

L'autre point inquiétant concerne l'automédication : les compléments alimentaires sont prescrits par un professionnel de santé dans 55 % des cas. Le reste correspond à de l'automédication. Pratique dangereuse, surtout pour les fumeurs.

Des interactions médicamenteuses à risque

En effet, si les accros à la cigarette sont globalement moins enclins à se diriger vers ces suppléments que les non-fumeurs, l'apport en vitamine A peut notamment réveiller des tumeurs latentes. Ce n'est pas la seule population à risques, car les compléments alimentaires interagissent parfois négativement avec certains médicaments. À titre d'exemple, une étude aurait noté 1.491 interactions néfastes entre 213 de ces compléments avec 509 traitements.

Quels sont les risques ? Que la thérapie soit moins efficace ou, au contraire, qu'il y ait un effet de surdosage. La vitamine E diminue l'absorption des médicaments contre les maladies cardiovasculaires, le cholestérol ou le diabète. Certains traitements agissant sur le système nerveux central pourraient aussi être altérés.

Enfin, certains compléments sont fortement déconseillés pour les patients atteints de certains cancers (sein, prostate, leucémie...) ou ayant été affectés, car certains composés comme les phytoestrogènes peuvent favoriser le développement de tumeurs mammaires.

Ce travail met donc en évidence l'utilisation parfois abusive de compléments alimentaires en France. La santé passe par la nutrition, mais à partir du moment où l'alimentation est équilibrée, il n'y a pas besoin de la supplémenter. Pour éviter tout problème lié à la consommation de ces produits, la meilleure chose à faire consiste à demander un avis médical. Si l'objectif est de se faire du bien, autant avoir l'avis d'un professionnel pour ne pas empirer les choses.

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