La e-cigarette est-elle moins dangereuse que la cigarette classique ? © Eric Rogozinski, Fotolia
Santé

e-cigarette : ses bénéfices à court terme se confirment

ActualitéClassé sous :médecine , arrêter la cigarette , cigarette électronique

Une récente revue Cochrane fait le point sur les bénéfices à court terme de la cigarette électronique sur l'arrêt du tabac et sur les réserves à émettre concernant les effets à long terme. 

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[EN VIDÉO] Interview : les dangers de la cigarette électronique, par Paul Hofman  Moins chère et peut-être moins toxique que le tabac, la cigarette électronique connait depuis quelques années un franc succès. Futura-Sciences est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur les risques de la cigarette électronique. 

Dans notre précédent article, nous avions fait le point sur les effets connus de la cigarette électronique à l'heure actuelle sur la santé. Ces derniers étaient mitigés, comme souvent en santé lorsque nous avons peu de recul épidémiologique sur une pratique. Une récente revue Cochrane revient sur cette question épineuse des bénéfices et des risques de l'utilisation de la cigarette électronique

Des bénéfices à court terme indéniables

Les auteurs de la revue ont cherché, dans la littérature scientifique, des études utilisant la cigarette électronique pour permettre aux patients d'arrêter de fumer. Ils étaient en quête d'essais randomisés et souhaitaient savoir combien de personnes avaient arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique à six mois et faire le point sur les éventuels effets secondaires. Les scientifiques ont trouvé 50 études (comptant 12.430 patients en tout) correspondant à leurs critères d'inclusion, qu'ils ont dû revoir car trop peu d'essais randomisés étaient disponibles. Les expériences comparaient l'efficacité de la cigarette électronique avec nicotine avec plusieurs autres thérapies comme : 

  • le remplacement de la nicotine via des patchs ou des gommes ; 
  • de la varénicline, un agoniste partiel des récepteurs nicotiniques du système nerveux central ;
  • la cigarette électronique sans nicotine ;
  • un soutien comportemental. 

À l'aide de ces données, les chercheurs concluent qu'il est plus probable que les personnes arrêtent de fumer grâce à la cigarette électronique avec nicotine qu'en utilisant d'autres thérapies de remplacement nicotinique ou des e-cigarettes dépourvues de nicotine. De même, l'utilisation de la cigarette électronique est supérieure à une thérapie comportementale seule. 

La cigarette électronique, avec ou sans nicotine ? © leszekglasner, Adobe Stock

À long terme, cela reste à prouver 

La conclusion des investigateurs est la suivante : « les cigarettes électroniques à la nicotine aident probablement les gens à arrêter de fumer pendant au moins six mois. Elles fonctionnent probablement mieux que les thérapies classiques de remplacement de la nicotine et les cigarettes électroniques sans nicotine. Elles peuvent fonctionner mieux que l'absence de soutien ou le soutien comportemental seul, et elles ne seraient pas associées à des effets indésirables graves. »

Mais les auteurs se demandent toujours si les effets à long terme sont bénéfiques. Rappelons les craintes que des scientifiques avaient évoqué dans notre précédent article : le risque de combiner, dans le futur, l'utilisation de tabac et de cigarette électronique. Aussi de nouveaux modèles d'e-cigarettes apparaissent sur le marché offrant un meilleur apport en nicotine. Les chercheurs préviennent qu'il faudra évaluer les bénéfices et les risques de ces nouveaux modèles

Pour en savoir plus

Cigarette électronique : le point sur les effets connus sur la santé

Par Julien Hernandez le 3 octobre 2019

Les médias s'alarment sans cesse de nouvelles études sur la nocivité des cigarettes électroniques. Une récente revue parue dans le British Medical Journal nous aide à faire le point sur l'état des connaissances actuelles sur les conséquences respiratoires des e-cigarettes. 

Les cigarettes électroniques (e-cigarettes) sont des produits commerciaux alternatifs aux cigarettes classiques contenant du tabac. Elles ne génèrent pas de combustion mais un aérosol inhalable contenant de la nicotine, des arômes, du propylène glycol et de la glycérine végétale. Pour bien appréhender la question, il faut se souvenir qu'il faut utiliser la balance bénéfice/risque pour aborder les problèmes sanitaires. Bien sûr, ne rien inhaler ou fumer est l'attitude la plus bénéfique à adopter. Mais le débat qui fait rage se situe entre la cigarette classique et la cigarette électronique. Est-elle moins dangereuse ? Plus dangereuse ? Est-ce utile de s'en servir comme une stratégie vers la cessation définitive de la nicotine ? En effet, les produits qu'elle émet sont loin d'être anodins : carbonyles volatils, espèces réactives de l'oxygène, furannes et des métaux (nickel, plomb, chrome) dont beaucoup sont toxiques pour les poumons. Voyons ensemble ce que nous disent ces chercheurs sur l'état de l'art entre problèmes respiratoires et cigarettes électroniques.

Un faisceau de preuves inquiétantes 

Il existe encore trop peu de recul pour pouvoir juger de la sûreté de ces produits sur le long terme. Néanmoins, les scientifiques possèdent un faisceau de preuves combinant études épidémiologiques de population, expériences sur les animaux et sur des cultures de cellules in vitro.

Des corrélations sont alors apparues entre cigarette électronique et toux chronique, flegme, expectorations, respiration sifflante, bronchite chronique, maladie pulmonaire obstructive chronique et asthme entre fumeurs et non-fumeurs. Pour les fumeurs qui sont passés à la e-cigarette, les études sont contradictoires quant aux bénéfices attendus par la cessation de la cigarette. Enfin, fumer la cigarette électronique pourrait causer des lésions aiguës des petites voies respiratoires, des pneumopathies d'hypersensibilité et d'autres maladies alvéolaires ainsi qu'affecter le processus de phagocytose de certaines cellules immunitaires. Il est brièvement évoqué le cas de la « maladie des États-Unis » où les chercheurs affirment que la responsabilité de la cigarette électronique ne peut être tenue pour certaine pour l'instant, compte tenu d'autres éléments suspects évoqués que nous avions déjà cités antérieurement

Les études animales et in vitro révèlent une augmentation de l'inflammation, du stress oxydant, une réduction de la sécrétion de mucus, une altération de l'autophagie et de l'ADN au niveau des cellules pulmonaires et, bien sûr, des affections respiratoires diverses. Enfin, il persiste un léger problème : certaines études (pas la majorité) sont financées par l'industrie du tabac, qui possède un intérêt économique majeur à démontrer que la e-cigarette est aussi nocive que leur produit respectif.

Pour les fumeurs qui sont passés à la e-cigarette, les études sont contradictoires quant aux bénéfices attendus par la cessation de la cigarette. © shipskyy, Fotolia

Quelles pistes pour la recherche ? 

Selon les chercheurs, plusieurs questions doivent faire l'objet d'études et donc captiver l'attention de la communauté scientifique.

  • La nicotine inhalée provoque-t-elle une toxicité pulmonaire directe ?
  • Quelle est l'importance des macrophages engraissés dans les maladies pulmonaires associées à la cigarette électronique ?
  • Les cigarettes électroniques ont-elles des effets néfastes sur le développement des poumons chez les adolescents ?
  • Quel est l'effet du vapotage sur les populations vulnérables (celles atteintes de maladies préexistantes telles que l'asthme ou la maladie pulmonaire obstructive chronique) ?
  • L'utilisation de la cigarette électronique entraîne-t-elle une immunosuppression ?

Tant de questions avec des réponses pour l'instant peu satisfaisantes qui devraient occuper les scientifiques encore quelques années.

La e-cigarette doit être perçue comme un moyen progressif d'arrêter de fumer. Au-delà, elle représente uniquement un risque supplémentaire ou une porte d'entrée vers la dépendance nicotinique. © Andrew Popov, Fotolia

Que faire en attendant ? 

Avant toute chose, il faut bien sûr miser sur la prévention pour éviter que la population ne fume sous quelque forme que ce soit.

Ensuite, dans un cadre curatif, la cigarette électronique pourrait être utile pour cesser de fumer mais les preuves sont limitées et, dans certaines études, le passage à la cigarette électronique augmente le risque de combiner cigarette normale et électronique au bout d'un an, contrairement au patch nicotinique. 

Voilà ce que les investigateurs énoncent comme conseils aux cliniciens : « Les fumeurs et les ex-fumeurs utilisant des cigarettes électroniques devraient recevoir des informations claires sur les incertitudes liées aux risques pour la santé et à la réduction des méfaits, et être encouragés à participer à des thérapies de groupes en vue de cesser de consommer tous les produits contenant du tabac pour, in fine, réduire la dépendance à la nicotine. Les fumeurs devraient, en particulier, être avertis des dangers de la combinaison cigarette et cigarette électronique, qui peuvent entraver les tentatives d'arrêt, et des risques potentiels récemment découverts du passage à la cigarette électronique. »

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