La cigarette électronique n’est pas sans effet sur la santé. D’autant que des chercheurs de l’université de Californie à Riverside (États-Unis) viennent de découvrir des métaux toxiques dans les vapeurs de certaines d’entre elles. © lindsayfox, Pixabay License

Santé

Cigarettes électroniques : des métaux toxiques trouvés dans les vapeurs des nouveaux modèles

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Décidément, les temps sont durs pour l'industrie de la cigarette électronique. On la pensait moins nocive que la cigarette classique, mais des études de plus en plus nombreuses semblent la mettre en cause dans un certain nombre de maladies. La dernière en date révèle des concentrations de métaux toxiques dans les vapeurs produites par certains modèles.

Dans un récent rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les cigarettes électroniques sont considérées comme « incontestablement nocives ». Aux États-Unis, une étrange maladie semble frapper, depuis quelques mois, les adeptes du vapotage. Résultat : un peu partout dans le monde, les réglementations se durcissent.

C'est dans ce contexte déjà tendu que des chercheurs de l'université de Californie à Riverside (États-Unis) viennent d'annoncer avoir découvert des métaux toxiques dans les vapeurs émises par certains modèles d'e-cigarettes. Ceux qui présentent un réservoir de type tank, mis sur le marché en 2013. Des cigarettes électroniques dont les batteries et les atomiseurs sont plus puissants et les réservoirs de plus grande capacité.

Selon des chercheurs de l’université de Californie (États-Unis), lorsque de puissantes batteries sont utilisées dans des cigarettes électroniques de type tank, leurs unités d’atomisation peuvent chauffer à des températures supérieures à 300 °C, ce qui pourrait produire des sous-produits nocifs. © Université de Californie

Des cancérogènes connus

Aluminium, calcium, chrome, cuivre, fer, plomb, magnésium, nickel, silicium, étain et zinc. Parmi les 19 métaux trouvés au total, ceux-ci en particulier semblent provenir des composants des atomiseurs. Et plus la tension d'usage est élevée, plus la concentration en métaux dans les vapeurs l'est aussi. « Les concentrations en chrome, plomb et nickel sont même suffisantes à poser des problèmes de santé », assure Monique Williams, chercheur à l'université de Californie. Et d'autres - celles du cuivre ou du zinc, par exemple - dépassent les limites imposées par l'Administration américaine.

Rappelons que chrome, plomb et nickel sont trois cancérogènes connus. En plus, une exposition prolongée au chrome peut avoir des effets gastro-intestinaux et entraîner des irritations respiratoires et une altération de la fonction pulmonaire. Une exposition prolongée au plomb peut provoquer des vomissements, une diarrhée et des effets cardiovasculaires. L'inhalation de nickel peut mener à une maladie pulmonaire, des lésions de la cavité nasale, une irritation des poumons, une inflammation des poumons, une hyperplasie des cellules pulmonaires et une fibrose.

Pour en savoir plus

L’e-cigarette potentiellement toxique selon 60 millions de consommateurs

Les vapeurs inhalées par les vapoteurs contiendraient des substances potentiellement cancérigènes, comme le formaldéhyde ou l'acroléine, si l'on en croit le numéro de septembre de la revue 60 millions de consommateurs. Une étude qui relance le débat sur l'utilisation de la cigarette électronique, produit à la mode pour tenter de se sevrer du tabac, et qui pourrait inciter les autorités à renforcer les contrôles autour de ce phénomène nouveau.

Article de Janlou Chaput paru le 26/08/2013

La cigarette électronique est principalement utilisée contre la dépendance tabagique. Pourtant, on ignore encore ses dangers potentiels pour la santé. Bien qu'elle ne contienne pas les 4.000 molécules différentes produites par la combustion du tabac, la vapeur pourrait malgré tout contenir quelques substances toxiques et cancérigènes. © Leonardrodriguez, Flickr, cc by nc nd 2.0

Que risquent les utilisateurs de cigarette électronique ? Cette question agite le monde médical et politique depuis que ce produit commence à s'imposer en France. Créée en 2002 au Japon, mais améliorée et brevetée en 2005 par des Chinois, l'e-cigarette devient la nouvelle arme à la mode pour lutter contre la dépendance tabagique. Cela ressemble à une cigarette, on la met en bouche comme une cigarette, sauf qu'on ne la fume pas, on la vapote.

Pas besoin de briquet. Une batterie chauffe une résistance placée dans un liquide contenant souvent du propylène glycol, mais aussi quelquefois de la nicotine. La chaleur permet l'évaporation des molécules, et la fumée ainsi produite est inhalée par l'utilisateur.

Récemment débarquée en France, elle aurait déjà fait plusieurs centaines de milliers d'amateurs, le plus souvent des personnes désireuses de mettre fin à leur consommation de tabac. Mais l'e-cigarette a conquis le marché sans même qu'une étude sur ses dangers potentiels pour la santé n'ait été menée. D'où la réticence de certains médecins, qui préfèrent attendre des travaux concrets pour la conseiller à leurs patients.

Formaldéhyde, acroléine, acétaldéhyde et métaux lourds

L'Institut national de la consommation (INC) pourrait avoir fait un premier pas en ce sens. Dans le numéro de septembre de son magazine, 60 millions de consommateurs, une enquête a été menée afin de détecter les molécules retrouvées dans la vapeur émise par une dizaine de modèles de cigarettes électroniques vendues en France.

Cela ressemble à une cigarette classique, mais ce n'en est pas une. Pourtant, certaines molécules toxiques émises par la combustion de tabac sont également présentes dans la vapeur des e-cigarettes. © Jakemaheu, Wikipédia, DP

Leurs analyses révèlent la présence de certaines substances toxiques à des taux parfois aussi élevés, voire plus élevés, que dans la fumée de la cigarette traditionnelle. Par exemple, la revue note dans 30 % des produits testés des taux de formaldéhyde (aussi connu sous le nom de formol et cancérigène probable) comparables à ceux retrouvés dans une cigarette classique. Dans l'un des modèles, les taux d'acroléine, molécule que l'on sait particulièrement dangereuse par inhalation, peuvent même dépasser les concentrations retrouvées dans les vraies cigarettes. La faute sûrement au dispositif de chauffage, trop intense.

L'acétaldéhyde, classé comme cancérigène potentiel, a également été détecté dans les vapeurs d'e-cigarettes. Certes, les taux sont inférieurs à ceux que l'on retrouve classiquement dans la fumée issue de la combustion des feuilles de tabac, mais ils ne sont pas pour autant négligeables, d'après le magazine. La présence de métaux lourds comme le chrome et le nickel a aussi été signalée. Il y aurait également dans une moindre mesure du plomb et de l'aluminium.

La cigarette électronique vraiment plus dangereuse que le tabac ?

L'article mentionne aussi d'autres défauts. Dans l'étiquetage déjà. Par exemple, il souligne que les produits qualifiés sans propylène glycol en contiennent pourtant, tandis que d'autres omettent de le préciser sur l'emballage. Il en va de même pour la nicotine, retrouvée à des taux incohérents avec ce qui est affiché. De plus, la présence d'un bouchon n'est pas systématique, ce qui pourrait permettre à des enfants de jouer avec. Or, la nicotine est particulièrement nocive pour les plus jeunes, et peut même devenir mortelle à des doses élevées. Par voie de presse, Thomas Laurenceau, rédacteur en chef du magazine, précise que « ce n'est pas une raison pour les interdire. C'est une raison pour mieux les contrôler. »

Jusque-là, on ne pensait pas forcément retrouver à des taux aussi élevés de telles molécules toxiques. Malgré cela, les politiques s'étaient déjà emparés du débat. En mai dernier, Marisol Touraine, ministre déléguée à la Santé, avait précisé vouloir encadrer la cigarette électronique de la même façon que la cigarette traditionnelle. Le mois suivant, les députés votaient une loi qui en interdit la vente aux mineurs, car elle peut être un premier tremplin vers le tabagisme.

Ce travail, qui n'a pas utilisé une machine à fumer, mais une installation jugée plus précise par le magazine pour estimer réellement les taux des molécules dégagées, reste préliminaire. S'il est effectivement prouvé que le produit n'est pas exempt de tout risque pour la santé, reste à mesurer les réels dangers, et à les comparer avec ceux occasionnés par le tabac, responsable de six millions de décès dans le monde en 2012.

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