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Cigarette électronique : la première étude française fait débat

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Une étude vient de montrer que l'utilisation de la cigarette électronique permet de diminuer, voire d'arrêter, sa consommation tabagique. Mais ce travail serait biaisé. Qui doit-on croire ?

Une étude semble montrer que la cigarette électronique favorise le sevrage tabagique, mais ses résultats sont remis en cause du fait de biais méthodologiques. Comment devons-nous considérer les cigarettes électroniques ? © Jakemaheu, Wikipédia, DP

« Aucune preuve d'efficacité. » « Pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM). » « Pas un produit de santé. » Jusqu'à présent, les opposants à la cigarette électronique avançaient ces arguments pour assurer que l'on ne saurait voir en elle « une aide au sevrage tabagique ». Or une étude observationnelle diffusée par voie de presse révèle que « l'usage de la cigarette électronique entraîne de façon significative une forte diminution du tabagisme chez 72 % des fumeurs ». Info ou intox ? Le professeur Bertrand Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), déplore quelques zones d'ombre et nous aide à lire entre les lignes.

Au centre d'examens de santé de Périgueux, 100 fumeurs déclarant ne pas vouloir arrêter ont été mis à contribution. La consigne était de « vapoter » (c'est-à-dire de fumer une cigarette électronique) au lieu de fumer du tabac. Ils gardaient la possibilité d'alterner les deux pratiques. En tout, 74 de ces volontaires ont suivi le protocole. Résultat au bout du trimestre : « 72 % ont fortement diminué leur consommation et 11 % ont totalement arrêté de fumer ».

Pour jeter ses cigarettes, faut-il passer par la cigarette électronique ? Une étude dit qu'elle aide en effet au sevrage tabagique... © Catatronic, Fotopedia, cc by nc sa 2.0

La cigarette électronique vraiment utile ?

Aux yeux de Bertrand Dautzenberg, c'est là un premier lien manifestement biaisé. « On nous dit 72 %, explique-t-il. Mais 72 % de quoi ? Pas des 100 participants de départ mais des 74 qui ont tenu le coup. On a donc volontairement exclu de l'équation ceux qui n'ont pas adhéré à la cigarette électronique, soit un quart de l'échantillon. Si l'on prend ceux qui ont totalement arrêté, ce ne sont donc pas 11 % (comme précisé dans l'étude) mais bien 8 %. Des résultats similaires à ceux d'un arrêt spontané. Ce travail n'apporte rien de nouveau. »

Pourtant, pour Jacques Granger, président du comité contre les maladies respiratoires de Dordogne qui a commandé l'étude, il s'agit là de la première étape de travaux nécessaires. « Bien que réalisée avec des moyens limités, cette première étude menée en France confirme le potentiel de la cigarette électronique pour la protection de la santé des fumeurs [...]. On ne peut à la fois reconnaître que le tabac est la première cause de décès évitable et ne faire aucune étude sur la cigarette électronique. »

C'est justement ce qu'attend Bertrand Dautzenberg : une véritable étude. « Le nombre de participants est limité, il n'y a pas de groupe contrôle, on ne sait pas qui a financé ce travail. Les limites de la méthodologie employée sont très importantes. » Bertrand Dautzenberg se défend pourtant d'attaquer systématiquement la cigarette électronique. « C'est vrai qu'au premier abord, cela paraît moins dangereux que la cigarette classique. Mais dans la mesure où nous n'en avons pas la preuve formelle, nous ne conseillons pas la cigarette électronique. Ce n'est pas un médicament, et cela restera ainsi tant que la preuve ne sera pas faite de son efficacité dans le sevrage tabagique. »

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