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La cigarette électronique : une réelle aide antitabac ?

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Pour marquer la Journée mondiale sans tabac, aucune cigarette ne sera donc allumée dans le monde le 31 mai ? Cette utopie, ainsi que celle de faire disparaître pour de bon le tabac de la surface de la Terre, sauverait pourtant des millions de vies chaque année. Pour limiter les dégâts, la cigarette électronique est-elle un bon outil ?

L'une des premières causes de décès dans le monde, le tabagisme, peut être combattue. © OMS
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À l'occasion de la Journée mondiale sans tabac le 31 mai (initiative de l'Assemblée mondiale de la santé), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) désire rappeler qu'il est important de ne pas fumer. En tant que plus grande épidémie mondiale de maladies non transmissibles, le tabagisme causerait en effet dans le monde la mort d'un adulte sur dix et serait ainsi à l'origine de 6 millions de décès par an (par cancer, maladie cardiovasculaire...), soit la deuxième cause de décès juste derrière l'hypertension.

Pour lutter contre le tabac, la convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac est entrée en vigueur en février 2005. Ce traité, adopté par 170 pays, recommande de protéger les non-fumeurs contre la fumée du tabac (le tabagisme passif étant à l'origine de 600.000 décès par an dans le monde), de mettre en garde contre les dangers de cette addiction, de limiter la consommation en interdisant les publicités en faveur du tabac, en augmentant les taxes sur le tabac et en plaçant des photos choquantes sur les paquets, mais aussi en offrant une aide à ceux qui souhaitent arrêter de fumer.

Les e-cigarettes, ou cigarettes électroniques

Pour y parvenir, en plus des patchs et des chewing-gums à la nicotine qui permettent aux fumeurs en manque de tabac de retrouver leur dose de substance addictive, il existe depuis quelques années ce que l'on appelle des cigarettes électroniques. Mises au point en Chine et arrivées sur nos territoires en 2004, elles permettent à leurs utilisateurs de « vapoter », c'est-à-dire d'inhaler une vapeur à priori sans danger, produite par le mécanisme de la e-cigarette.

Se présentant comme un cylindre métallique, celle-ci est composée de deux parties, pour mimer jusqu'au bout l'apparence d'une vraie cigarette : une partie blanche (un module électronique doté d'une batterie, d'un microprocesseur, d'un pressostat et d'une diode rouge à son extrémité qui s'allume lorsque le « vapoteur » aspire), et d'une partie orange (la cartouche, dont la chambre d'atomisation est reliée à un réservoir qui contient un liquide à base de propylène glycol, d'arômes et de concentrations variables en nicotine). 

La cigarette électronique est-elle une aide ou un piège pour les personnes désireuses d'arrêter leur consommation de tabac ? © DR

Alors que la fumée de vraie cigarette contiendrait plus de 4.000 substances, dont certaines sont reconnues comme cancérigènes ou toxiques (monoxyde de carbone, goudron, arsenic, plomb, formaldéhyde, polonium, naphtaline, acétone...) et abîment donc les poumons ou la gorge, la vapeur de la cigarette électronique serait dépourvue de toute molécule dangereuse (le propylène glycol est généralement considéré comme inoffensif et utilisé sans problème comme fumigène dans les discothèques) et permettrait aux fumeurs de retrouver le geste et la sensation de l'inhalation, sans mettre en danger leur santé.

Le rôle des e-cigarettes dans l’arrêt du tabagisme

Les cigarettes électroniques sont-elles pour autant une aide efficace dans la démarche d'arrêt du tabac ? Selon un communiqué de l'OMS en 2008, des études devaient encore être réalisées dans le but de prouver leur efficacité et leur innocuité et plusieurs équipes travaillent désormais sur le sujet. Publiée dans la revue Addiction, une étude menée en 2010 par des scientifiques de l'Université de Genève et concernant 3.587 fumeurs a ainsi pu permettre de montrer une certaine efficacité des e-cigarettes. Quatre-vingt-douze pour cent des utilisateurs considèrent en effet que la cigarette électronique les a aidés à stopper ou à réduire leur consommation de tabac, après une durée médiane d'utilisation de l'inhalateur de 3 mois (120 inhalations soit 5 recharges par jour).

Des chercheurs italiens de l'Université de Catane ont également récemment publié dans la revue European Respiratory Journal leurs observations concernant l'étude de 120 fumeurs désireux d'arrêter la cigarette, cette fois à l'aide d'inhalateurs sans nicotine ou grâce à des moyens traditionnels. Aucune différence d'efficacité d'arrêt du tabac n'a été perceptible entre les deux groupes. En revanche, il existe une forte différence pour les personnes dont l'addiction est uniquement comportementale (ceux qui ont du mal à se défaire du geste) : 66,7 % de ces personnes qui ont utilisé la cigarette électronique ont arrêté de fumer, contre seulement 19,2 % des sujets qui ne l'ont pas utilisée.

Néanmoins, pour être considérées comme des vrais substituts nicotiniques (et obtenir une AMM de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé ou Afssaps), les cigarettes électroniques devront faire l'objet d'études plus approfondies. Des doutes sont encore émis par beaucoup de scientifiques, qui redoutent que l'addiction placée sur la cigarette se reporte sur la fausse cigarette, et ne permette jamais aux fumeurs de se débarrasser de leur mauvaise habitude gestuelle.

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