Sais-tu quel animal tient des stations de nettoyage sous-marines et attire ses clients en dansant ? Aujourd’hui, on va parler du labre nettoyeur dans Bêtes de Science.


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    Direction l'Australie ! Nous partons sur le champ pour CairnsCairns, une ville de l'État du Queensland qui se trouve sur la côte Nord-Est. Si cet endroit tropical offre une végétation et une faune qui nous paraissent exotiquesexotiques, où les pigeons sont remplacés dans les rues par des perroquets, c'est surtout un excellent endroit pour plonger et rencontrer la faune marine ! Car notre héros du jour vit sous l'eau, dans les récifs de corail, dont Gaby t'a parlé la semaine dernière. Alors mets tes palmes et ton masque, on plonge à sa rencontre !

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    La grande barrière de corail sert d'abri à une faune colorée

    En une heure de bateau à peine, nous nous trouvons assez loin au large des côtes pour observer la Grande barrière de corail. Même s'il est immobile et qu'il ressemble à la fois à un végétal et à un étrange rocher coloré, le corail, tu le sais maintenant, est bien un animal, cousin des méduses, protégé par une armure de calcaire. Ses constructionsconstructions gigantesques, qui forment des récifs, sont essentielles à l'écosystème de la région, car elles servent d'abri à une variété de plantes et d'animaux rarement égalée. Certains coraux sont durs, d'autres mous, et leur aspect et leur couleurcouleur varient beaucoup d'une espèceespèce à l'autre. Certains ont des longues branches similaires à des boisbois de chevreuilschevreuils, d'autres forment des replis qui ressemblent à de la dentelle, pendant que d'autres encore forment des monticules, comme de petites montagnes sous-marines !

    Véritable bijou de biodiversité, la Grande barrière de corail est aujourd'hui menacée par le changement climatique. © chibijet, Adobe Stock
    Véritable bijou de biodiversité, la Grande barrière de corail est aujourd'hui menacée par le changement climatique. © chibijet, Adobe Stock

    En quelques brasses au-dessus des coraux, on croise tout un tas d'habitants colorés : crevettes jaunes à pois rouges, poissons-perroquets turquoise, jaune et violet, poissonspoissons-empereurs bariolés de rouge et de blanc... on en prend plein les yeuxyeux !  Eh mais qui voilà ? Ondulant parmi un groupe de poissons demoisellesdemoiselles d'Ambon, tous jaunes et reconnaissables à leur point noir sur leur nageoire dorsale, voici celui que nous cherchons ! Tu le vois ? C'est notre labrelabre nettoyeur ! Celui-ci appartient à l'espèce la plus répandue, le labre nettoyeur commun, de son nom latin Labroides dimidiatus.

    Un petit poisson social qui change de sexe

    Il n'est pas très grand : il mesure environ 8 centimètres, du bout de ses lèvres qui ont toujours l'airair sur le point d'envoyer un bisou, au bout de sa queue qui s'élargit. Son corps est tout allongé, et une bande noire le traverse de part en part. Elle est fine au niveau de son museau et de ses yeux, ce qui lui fait comme un masque de voleur, avant de s'élargir et de s'étendre jusqu'à sa queue. Un peu de jaune orne le haut de sa tête et une jolie teinte bleue décore ses flancs. Ses nageoires sont très discrètes et on a presque l'impression que son corps est d'un seul bloc, un peu comme un ruban. Si celui-ci a l'air de s'intéresser aux poissons demoiselles, on peut en voir un deuxième, un peu plus loin, qui tourne autour de ce grand corail-cerveaucerveau et du poisson-perroquet de belle taille qui s'en nourrit.

    Les labres nettoyeurs communs vivent à plusieurs, et forment soit des couples avec un mâle et une femelle, soit des harems, constitués d'un mâle et de plusieurs femelles. Comme chez beaucoup de poissons, nos petits nettoyeurs... changent de sexe au cours de leur vie ! Tous naissent femelles, et certains deviennent mâles en vieillissant. Dans un groupe, quand le mâle meurt, la plus grosse femelle, qui est bien souvent la femelle dominante, change de sexe, devient mâle et prend sa place. Les fameux poisson-clowns, que tu as brièvement croisés la semaine dernière, s'organisent un peu de la même façon, mais suivent un chemin inverse. Tous les bébés poissons-clowns, eux, naissent mâles et deviennent femelles en vieillissant.

    Un labre nettoyeur nage dans un aquarium. © Kolevski.V, Adobe Stock
    Un labre nettoyeur nage dans un aquarium. © Kolevski.V, Adobe Stock

    Labre nettoyeur, lavage et déparasitage, à votre service ! 

    Oh regarde ! Là-bas, dans le recoin, une tête marron et allongée émerge. C'est une murène géante, un poisson au corps allongé comme celui d'un serpent, brun et ponctué de tâches. 

    Notre labre fait sa danse d'invitation pour l'appâter ! Il nage penché, et se déplace comme s'il sautillait, de haut en bas. On le voit aussi bouger sa queue à droite, puis à gauche, comme s'il nageait en zigzag ! Trop drôle ! La murène ne semble pas surprise par les étranges mouvementsmouvements du labre, et, en retour, elle ouvre calmement la gueule. On pourrait penser qu'elle s'apprête à croquer notre labre, mais pas du tout ! Regarde, la murène reste immobile, pendant que le labre entre et sort dans sa bouche et picore à droite à gauche, entre ses dents. Parfois, on le voit même disparaître dans la gueule inquiétante du prédateur... mais il ressort toujours ! La murène le laisse même inspecter la zone sensible de la fente de ses branchiesbranchies... C'est là la particularité incroyable qui lui doit son nom ! Notre poisson est un nettoyeur-obligatoire. Il se nourrit uniquement de ce qu'il trouve chez ses clients poissons, principalement des parasitesparasites qui s'installent dans leur bouche ou sur leurs écailles, comme les gnathiidés, des larveslarves de petits crustacéscrustacés qui s'installent sur eux, ou encore des vers. Ici, chacun y gagne quelque chose : la murène est débarrassée de ses parasites et le labre remporte un repas facile. On parle alors de mutualisme. Donnant-donnant !

    Ainsi, les labres s'installent et créent des stations de lavage, sur des territoires bien précis, et leurs clients apprennent à les localiser et viennent leur demander service. Certains attendent même leur tour pour qu'on s'occupe d'eux ! Toutes sortes de poissons leur rendent visite, des visiteurs occasionnels et des habitués, des petits poissons-ballonspoissons-ballons, aux raies mantasraies mantas et aux poissons-lunespoissons-lunes géants, en passant par des requins de toute taille et même des tortues marinestortues marines. Si on enlevait leurs stations, leurs clients ne viendraient plus, et le récif corallienrécif corallien perdrait en diversité ! Le labre nettoyeur joue donc un rôle-clé dans ce fragile écosystème.

    La danse du labre nettoyeur, tentant d'attirer un client. © d. earth, YouTube

    Des études ont montré que nos labres pouvaient avoir jusqu'à 2 300 interactions par jour avec des clients différents ! Les scientifiques se sont alors demandé si les labres se souvenaient et reconnaissaient leurs visiteurs réguliers ! En les plaçant en aquarium avec des poissons connus ou inconnus, ils ont pu montrer que nos nettoyeurs préféraient passer du temps avec leurs clients familiers, pendant les 2 premières minutes de l'expérience. Ils se rappellent donc bien d'eux et les identifient. Le labre nettoyeur a donc bonne mémoire et reconnaît ses habitués !

    Tricherie et contreparties

    Si le labre nettoyeur débarrasse ses visiteurs de leurs parasites de bon cœur, il s'avère que ce n'est pas du tout son plat préféré. Non, ce que le labre aime déguster, c'est le mucusmucus, une substance protectrice présente sur la peau de ses clients, qui lui donne plein d'énergieénergie. Sauf que les poissons visiteurs ne tiennent pas vraiment à se faire picorer et à se voir enlever des morceaux de peau. Ça fait mal ! Notre petit nettoyeur doit donc se retenir, réprimer son envie de grignoter ses clients... ou alors, il doit le faire discrètement !

    S'il est pris sur le fait, en train de piller la peau d'un client, il aura mauvaise réputation, et les autres visiteurs potentiels, qui auront vu la scène, risquent de passer leur chemin ! Car si un poisson visiteur se fait croquer, rien ne l'empêche d'aller se faire nettoyer ailleurs ! Et puis, d'autres clients pourraient bien gober le nettoyeur-arnaqueur pour se venger ! Il ne faut pas oublier que la plupart de ceux qui viennent se faire nettoyer mangent du poisson, et s'ils épargnent le labre, c'est bien parce qu'il leur rend service. S'il ne remplit plus sa part du marché, gare aux courses poursuites !

    Un prestataire malin

    Des scientifiques ont observé que le labre nettoyeur, même s'il ne peut s'empêcher de tricher et de picorer ses clients, a développé des stratégies pour garder sa bonne réputation ! Par exemple, il est plus coopératif, c'est-à-dire qu'il mange surtout les parasites d'un client et se retient de le mordre, quand il est observé par un autre poisson. Comme ça, pas de mauvaise publicité ! Mais s'il n'est pas surveillé, c'est une autre affaire...

    Autre astuce : le labre propose un massage à l'aide de ses nageoires pectorales, situées à l'avant de son corps, pour faire rester les clients indécis, c'est-à-dire ceux qui ne s'immobilisent pas à l'entrée de la station. Il offre aussi ce service spécial juste après avoir mordu un client, histoire de se faire pardonner. Et plus le client est imposant, plus il a de chances de se faire papouiller ! D'ailleurs, globalement, les clients prédateurs, susceptibles de croquer notre nettoyeur, se voient offrir plus de massages que les autres, moins menaçants. Pas fou le labre ! 

    Notre labre est donc capable de changer son comportement, d'antiparasitaire docile à tricheur gourmand, selon qu'il est, ou non, observé par d'autres poissons, et selon les caractéristiques de ses clients : s'ils sont gros et menaçants, s'ils viennent souvent ou sont de passage, si ce sont des prédateurs, etc. Ça demande une sacrée réflexion, et une souplesse certaine pour s'adapter à toutes les situations !