Faire revivre les animaux disparus, est-ce vraiment une bonne idée ? © auntspray, Fotolia

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7 bonnes raisons de ne pas ressusciter des animaux disparus

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Ressusciter le mammouth laineux, le tigre de Tasmanie, le sympathique dodo, ou le pigeon voyageur : alors que l'on assiste aujourd'hui à une chute sans précédent de biodiversité, l'idée de ramener des espèces éteintes à la vie semble séduisante. D'autant plus que grâce aux progrès des technologies de clonage et d'édition génétiques, la « dé-extinction » semble aujourd'hui à portée de main. Mais si c'est techniquement possible, est-ce pour autant éthiquement souhaitable ?

L'humain est à l'origine d'une sixième extinction de masse : en 130.000 ans, plus de 2,5 millions d'espèces ont été rayées de la surface de la planète, dont 500.000 dans les seules 1.500 dernières années, selon une étude de 2018. Par culpabilité ou par curiosité, certains essayent de ressusciter certaines de ces espèces mythiques. Des scientifiques tentent depuis plusieurs années de « fabriquer » un génome de mammouth à partir de cellules prélevées sur des spécimens congelés, de cloner un cheval préhistorique ou encore de créer un ersatz d'ancien pigeon migrateur en trafiquant les gènes de pigeons actuels. Mais est-ce vraiment une bonne idée de vouloir ressusciter des animaux disparus ? Ces sept arguments permettent d'en douter.

Les causes de leur disparition demeurent

Victime d'une chasse intensive, de la destruction de son habitat, d'une maladie ravageuse, ou d'un juteux trafic, les espèces disparues auraient bien du mal à ne pas subir à nouveau les assauts du monde tel qu'il est. On ne voit pas bien pourquoi nous réussirions à mieux les protéger qu'avant une fois revenus. En 1983, 21 lynx ont été réintroduits dans les Vosges ; ils ne seraient plus que deux aujourd'hui, victimes comme auparavant du trafic routier et du braconnage.

Les conditions ont changé

Le tigre de Bali, éteint en 1937, aurait sans doute bien du mal à se trouver une petite place sur son île d'origine. L'île est devenue un hub touristique mondial parsemé d'hôtels 4 étoiles, de résidences de luxe et de voitures, la population a été multipliée par deux en 50 ans et la forêt indonésienne a reculé de six millions d'hectares entre 2000 et 2012. Ce gros carnivore aurait également du mal à se nourrir, à moins de s'attaquer à un appétissant touriste en goguette. Il serait donc condamné à vivre dans un zoo ou une petite réserve. Son cousin, le tigre de Sumatra, est d'ailleurs lui aussi en grand danger d’extinction malgré les efforts entrepris pour le sauver.

Une menace pour la biodiversité

L'introduction de nouvelles espèces dans un milieu est rarement une bonne nouvelle pour les animaux endémiques. Écureuil fauve, écrevisse de Louisiane ou grenouille Taureau : les espèces invasives menacent près d'un tiers des espèces terrestres actuelles et sont impliquées dans la moitié des extinctions connues. Ressusciter des animaux disparus comme le mythique dodo, exterminé à la fin du XVIIe siècle de l'île Maurice dont il était endémique, risque donc fort de se faire au détriment du pigeon rose ou du lézard vert, deux espèces indigènes déjà en grand danger sur l'île.

Animal disparu à la fin du XVIIe siècle et emblématique de l'île Maurice, le dodo peut-il revenir vivre sur ses anciennes terres ? © Daniel, Fotolia

Un gaspillage déraisonné d’argent

Le programme d'insémination du rhinocéros blanc du Nord mené par le zoo de Dvůr Králové est ainsi évalué à neuf millions d’euros. Et encore, il ne s'agit là que de la recherche scientifique en amont ; il faut compter ensuite la réintroduction et la préservation de l'animal recréé. Une étude parue dans Nature Ecology & Evolution en 2017 évalue par exemple à 360.000 dollars le coût de réintroduction du méliphage de Chatham, un oiseau disparu de Nouvelle-Zélande, rien que pour la première année. On peut se demander si cet argent ne serait pas mieux employé à protéger les animaux encore vivants. D'après cette même étude, la préservation d'espèces éteintes nécessiterait trois à huit fois plus d'argent que pour des animaux existants.

Un orphelin incapable de vivre dans la nature

Les animaux élevés en captivité ont de faibles taux de survie une fois lâchés dans la nature : élevés au contact des humains, ils n'ont pas bénéficié « d'éducation » à la vie sauvage de leur mère génétique. Par définition, le bébé d'une nouvelle espèce créée en laboratoire n'aura pas non plus de parents. Bien entendu, on pourra toujours tenter de glisser un petit lionceau des cavernes sorti d'une éprouvette dans les pattes d'une lionne africaine, mais même en imaginant que cette dernière daigne s'en occuper, on aura alors affaire à un lion des cavernes se comportant comme un lion normal. Peut-on encore appeler ça une nouvelle espèce ?

Les animaux clonés en laboratoire pourraient-ils se débrouiller seuls dans la nature ? © sueberry1, Fotolia

Faire revivre des animaux disparus : un risque élevé de consanguinité

En 2017, il ne restait plus que deux loups gris incapables de se reproduire dans le parc national de l'Isle Royale, situé sur le lac Supérieur aux États-Unis, contre une cinquantaine d'individus au départ. La cause de cette disparition : une consanguinité élevée qui a conduit à l'expression d'un gène récessif causant des malformités spinales. Un exemple de ce qui attend les quelques individus des espèces ressuscitées, d'autant plus que dans le cas du mammouth par exemple, le génome provient d'un unique spécimen congelé. Pour peu que ce dernier contienne une anomalie, celle-ci va se répandre à toute la population.

Comment choisir les espèces à restaurer ?

Pourquoi les scientifiques s'acharnent-ils à ressusciter les animaux disparus comme le mammouth plutôt que de faire revoler un ptérodactyle ou de repeupler l'océan avec des trilobites ? Cet animal emblématique jugé plus médiatique a obtenu la priorité des chercheurs alors qu'aucun argument scientifique ne le justifie. Logiquement, il serait d'ailleurs plus juste de ressusciter des insectes, dont le rythme d'extinction est huit fois supérieur à celui des autres espèces, ou des poissons, à la base de la chaîne alimentaire. Mais il est vrai qu'un mille-pattes et nettement moins mignon qu’un panda géant.

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