Tian Gong, la station spatiale chinoise, pourra accueillir jusqu'à six personnes. Elle sera occupée en permanence par un équipage de trois « taïkonautes ». © CMSA

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La station spatiale chinoise se dévoile grandeur nature

ActualitéClassé sous :station spatiale chinoise , Utilisation de l'espace , Agence chinoise chargée des vols habités

La Chine, qui prévoit de débuter la construction de sa station spatiale au début de la décennie 2020, en a présenté sa maquette à l'échelle 1. Cette station succédera à l'ISS qui devrait être abandonnée à l'horizon 2024 et permettra à la Chine de conforter sa place de troisième puissance spatiale mondiale.

La Chine a dévoilé une maquette à l'échelle 1 de sa future station spatiale qu'elle prévoit d'assembler en orbite à l'horizon 2022. Cet évènement a eu lieu au salon aéronautique de Zhuhai qui a lieu tous les deux ans en alternance avec celui de Pékin.

Baptisée Palais céleste, cette station suscite un très grand intérêt auprès de la communauté spatiale internationale, notamment parce qu'aux alentours de 2024, la Station spatiale internationale (ISS) sera abandonnée. Et puisque ce complexe orbital, en service depuis 1998, ne sera pas remplacé, la station spatiale chinoise sera la seule infrastructure spatiale habitée en orbite autour de la Terre. Prévue pour fonctionner pendant au moins une dizaine d'années, elle sera utilisée de la même manière que l'ISS. C'est-à-dire pour la recherche, les activités de démonstration et pour servir de tremplin aux étapes futures de l’exploration.

Maquette d’une partie de la station spatiale chinoise. D’une masse de 60 tonnes, elle sera plus petite que l’ISS et ses 400 tonnes !© AFP

Par ailleurs, la Chine a invité les instituts de recherche, les universités et les entreprises, publiques et privées, des pays membres de l'ONU à l'utiliser à des fins scientifiques. Une décision qui vise à légitimer l'influence internationale de la Chine. Dans un contexte de confrontation spatiale avec les États-Unis et de compétition économique, ce n'est évidemment pas dénué d'arrière-pensées.

Il faut aussi savoir qu'en raison d'une part toujours plus grande du secteur privé dans l'utilisation de l'espace, le marché spatial se diversifie. Les besoins en recherche et expérience en apesanteur vont exploser ces prochaines années. La Chine fait le pari que sa station pourra répondre à ce besoin très spécifique. Elle fait donc le pari qu'en offrant, à bon compte, un accès et une utilisation de l'espace à des pays en accélération de développement, voire émergents, elle se constituera une clientèle qui pourra recourir à ses services et à son industrie spatiale pour la réalisation de leurs programmes spatiaux.

Depuis cette invitation annoncée en mai avec le Bureau des affaires spatiales de l'ONU, selon des médias chinois, la Chine a reçu une quarantaine de propositions d'utilisation de sa station émanant de 27 pays.

  • Le premier élément de la station spatiale chinoise sera lancé en 2019-2020.
  • La Chine invite les États membres de l'ONU à l'utiliser. 
  • Un module, avec un télescope spatial, volera derrière cette station.
Pour en savoir plus

Station spatiale chinoise : le monde entier est invité à l'utiliser

Article de Rémy Decourt publié le 05/06/2018

La Chine, qui prévoit de débuter la construction de sa station spatiale dès 2019, invite les États membres de l'ONU à l'utiliser à des fins pacifiques. « La station spatiale chinoise appartient à la Chine, mais aussi au monde entier », a sobrement expliqué l'ambassadeur chinois à l'ONU. Une initiative à saluer pour un pays qui n'a pu compter que sur ses propres ressources, et l'aide de la Russie, pour devenir la troisième puissance spatiale mondiale.

Alors que se prépare le cinquantième anniversaire de la Conférence des Nations unies sur l'exploration et les utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphériques (UNISPACE+50), la Chine fait un beau cadeau à la communauté internationale. Son ambassadeur à l'ONU a officiellement invité les pays membres des Nations unies à utiliser la future station spatiale chinoise. L'objectif de cette initiative est de promouvoir la coopération internationale en matière de vols spatiaux habités et d'utiliser à des fins pacifiques les capacités de cette future station spatiale. Les équipements à bord pourront donc être utilisés par les 193 États de l'ONU dans de nombreux domaines, notamment la médecine spatiale, l'astronomie, les sciences de la vie et de la Terre, la recherche en microgravité et la réalisation de démonstration de technologies spatiales.

Cette station spatiale chinoise doit entrer en service en 2022 et fonctionner pendant au moins 10 ans. Elle ne remplacera évidemment pas l'actuelle station spatiale internationale (ISS). En effet, bien que le programme de l'ISS touche à sa fin - le premier module a été lancé en novembre 1998 - l'ISS ne sera évidemment pas désorbitée en 2028. Plusieurs options sont à l'étude pour suppléer le désengagement des États et des agences spatiales partenaires. Des sociétés privées pourraient prendre le relais, en exploitant tout ou une partie du secteur occidental de l’ISS et la Russie étudie la possibilité de séparer la partie russe du reste du complexe orbital.

Le premier des trois modules principaux de la station chinoise sera lancé en 2019. Le module central Tian He (CM) et les deux modules d'expériences Wen Tian (EM I) et Meng Tian (EM II) seront assemblés en forme de T à symétrie horizontale. Le module CM servira de poste de pilotage et de contrôle. Il sera utilisé comme module d'habitation et les astronautes pourront y travailler. Quant aux modules d'expériences I et II, ils seront principalement utilisés pour la recherche. Cette station comprendra deux sas de sortie dans l'espace qui seront installés sur les modules CM et EM I sur lesquels sera aussi installé un bras robotique

La station spatiale chinoise en forme de T. © CNSA

Inédit : un module suivra la station, espacé de plusieurs centaines de mètres

Grande particularité, un télescope spatial (module optique) volera à quelques encablures de la station sur la même orbite afin de faciliter les opérations de maintenance. Son miroir de deux mètres de diamètre sera légèrement plus petit que celui du télescope spatial Hubble (2,4 mètres) mais son champ de vision sera bien plus grand. Comme Hubble lors de sa mise en service, les concepteurs de XunTian (c'est son nom) promettent de grandes avancées scientifiques. Si nécessaire, il pourra s'amarrer au module CM pour des opérations de ravitaillement, de maintenance et de remplacement d'instruments. 

D'une masse de 66 tonnes, 100 tonnes avec les véhicules de transport de ravitaillement amarrés, elle sera capable de produire 27 kilowatts d'énergie dont 12 seront utilisés pour les expériences scientifiques. Cette station fonctionnera avec un équipage de trois astronautes, mais pourra accueillir jusqu'à six personnes. Les rotations des équipages ne dépasseront pas les 180 jours. Ces caractéristiques sont à comparer à celle de l'ISS et ses 420 tonnes pour une puissance électrique produite de 75 à 90 kilowatts !

La station chinoise volera à une altitude moyenne de 400 kilomètres avec un apogée à 450 kilomètres et un périgée de 340 kilomètres, ce qui est à peu près à la même altitude que la Station spatiale internationale. Par contre, son inclinaison à 41 ou 43° sera différente de celle de l'ISS qui est inclinée de 51,6°.


Station spatiale chinoise : la Russie est invitée à y participer

Article de Rémy Decourt publié le 29/06/2017

La Chine, qui prévoit de débuter la construction de sa station spatiale dès 2019, invite la Russie à la rejoindre dans ce projet. Une proposition à laquelle Moscou n'a pas encore répondu. Mais, dans un contexte de détérioration des relations avec ses partenaires occidentaux et des difficultés à financer son programme spatial, cette demande est évidemment très tentante.

Lors du Salon du Bourget, le responsable de Roscosomos a confirmé avoir reçu une invitation à participer au programme de la station spatiale chinoise dont la construction doit débuter en 2019. Cette proposition à laquelle Moscou n'a pas encore répondu s'est faite dans un contexte très défavorable à la Russie, entre difficultés budgétaires et détérioration des relations avec ses partenaires occidentaux. Cela dit, en dépit des sanctions occidentales qui frappent le pays du fait de la crise russo-ukrainienne, la coopération spatiale entre les partenaires du programme de la Station spatiale est bonne.

Cette invitation arrive aussi à un moment où la Russie doit prendre des décisions, d'une part concernant l'avenir de la Station spatiale internationale (ISS) - les partenaires prévoient de l'utiliser jusqu'en 2024, voire 2028 - et, d'autre part, la construction d'une station spatiale russe en réutilisant certains, si ce n'est pas tous, modules du segment russe du complexe orbital. Pour financer cette future infrastructure spatiale prévue en 2025, la Russie a d'ailleurs proposé aux Brics (groupe de cinq pays comprenant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud) d'y participer techniquement et financièrement.

La Russie reste dans l'expectative

Cette idée chinoise, aussi attrayante soit-elle, plonge les Russes dans l'expectative. C'est faire un choix qui les engagera pour au moins vingt ans et remettra à plat des pans entiers de leur programme spatial des vols habités et de l'exploration. Cela dit, cette participation à une station spatiale chinoise se heurte à un réel point de blocage. En effet, les Chinois ont prévu d'installer leur station sur une orbite dont le plan est incliné de 42,8° par rapport au plan de l'équateur. C'est une inclinaison très différente de celle de la Station spatiale internationale (51,6° par rapport au plan de l'équateur), qui la rendra difficile d'accès depuis les cosmodromes russes pour les véhicules Soyouz de transport d'équipage et de fret.


Découvrez la future station spatiale chinoise

Article de Rémy Decourt publié le 13/08/2016

En 2018, la Chine lancera la partie centrale de sa station spatiale. Deux autres modules suivront ensuite, puis un télescope spatial, non arrimé, viendra compléter l'ensemble. Le sas de cette station (sa porte, donc) sera ouvert à de nombreux pays qui n'ont pas les moyens d'un accès à l'espace.

L'Agence chinoise chargée des vols habités (CMSA) a fourni de nombreux nouveaux détails de son projet de Station spatiale, nommée Tian Gong, et dont la mise en service est toujours prévue au tout début des années 2020. Le premier élément de cette station, le module central Tian Hé, devrait être lancé en 2018.

Cette station spatiale sera composée de trois modules. Le module d'expériences I, baptisé Wen Tian, sera le premier laboratoire à venir s'arrimer sur le module central Tian He, quand celui-ci aaura été inspecté et validé par un séjour de taïkonautes avec un vaisseau Shenzhou. Wen Tian sera équipé d'un bras télémanipulateur et d'un sas de sortie extravéhiculaire.

Un télescope spatial naviguera de concert

Le module d'expérimentation II, appelé Meng Tian, constituera un laboratoire polyvalent, sur lequel le ravitailleur automatique Tianzhou viendra s'arrimer après avoir été satellisé par le lanceur CZ-7 depuis Wenchang.

Grande particularité, un télescope spatial volera à quelques encablures de la Station sur la même orbite afin de faciliter les opérations de maintenance. Son miroir de deux mètres de diamètre sera légèrement plus petit que celui du télescope spatial Hubble (2,4 m) mais son champ de vision sera bien plus grand. Comme Hubble lors de sa mise en service, les concepteurs de XunTian (c'est son nom) promettent de grandes avancées scientifiques.

Les trois modules de la station spatiale chinoise. De haut en bas, le module central Tian He, le module d’expériences I Wen Tian et le module d'expérimentation II Meng Tian. © CMSA

Priorité à la science

L'ensemble volera autour de la Terre entre 340 et 450 kilomètres, à peu près à la même altitude que la Station spatiale internationale. Son inclinaison sera en revanche différente. L'ISS est inclinée de 51,6° par rapport à l'équateur (pour lui permettre de survoler le territoire russe et d'être en contact quotidien avec le centre de contrôle situé à Korolev). L'inclinaison de la station spatiale chinoise sera quant à elle de 42 ou 43°. Elle survolera donc des latitude plus basses.

D'une durée de vie d'au moins dix ans, elle est prévue pour fonctionner jusqu'au milieu de la décennie 2030. Tian Gong sera surtout utilisée pour faire de la recherche dans le domaine de la médecine, des sciences spatiales et des nouvelles technologies. En fonction des besoins, d'autres modules viendront la compléter pour l'agrandir. Elle sera occupée en permanence par un équipage de trois taïkonautes et pourra accueillir six personnes lors des rotations des équipages, prévues tous les six mois mais des missions de 5 à 10 jours sont également prévues. Elle sera desservie par les véhicules habités Shenzhou et de ravitaillement Tianzhou, en cours de développement.

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