La Station spatiale vue par le dernier équipage d'une navette, en juillet 2011. Longue de 109 mètres pour une masse de 420 tonnes, l'ISS est quatre fois plus grande que l’ancienne station spatiale russe Mir et environ cinq fois plus grande que le Skylab américain des années 1970. © Nasa

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ISS : que va devenir la Station spatiale internationale ?

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En 2024, il en sera terminé de la Station spatiale internationale. Les agences spatiales partenaires de ce programme emblématique d'une coopération spatiale, inédite et grandement réussie, financeront une autre station, mais à proximité de la Lune. Quant à l'actuelle Station spatiale, elle pourrait être cédée à des sociétés privées ou désorbitée. La Nasa a aussi l'option de rehausser son orbite pour la conserver une centaine d'années de plus !

En 2024, les différents partenaires de la Station spatiale internationale devraient progressivement s'en désengager. L'administration Trump a supprimé le financement de l'ISS au-delà de 2025, demandant à la Nasa d'établir un avant-poste de l'exploration qui sera installé à proximité de la Lune et d'accentuer ses efforts sur les missions habitées vers l'espace lointain. Une idée qui a suscité un très fort intérêt des autres partenaires de l'ISS qui se sont tous engagés dans ce nouveau programme international, première étape avant une mission habitée à destination de Mars.

Cet avant-poste de l'exploration situé à proximité de la Lune, récemment rebaptisé Lunar Orbital Platform-Gateway (LOP-G), sera utilisé comme zone de transit pour l'exploration et l'étude de l'espace lointain. Il servira de point de départ pour les missions habitées autour de la Lune, à destination de Mars et ses lunes, ainsi que vers des astéroïdes.

Mais, que va devenir la Station spatiale internationale ? Un hôtel, un port spatial, une base d'essais et de démonstration technologique ? Une privatisation partielle ou totale nous paraît guère réaliste : les frais fixes et le coût des manœuvres orbitales sont trop importants pour qu'un service commercial trouve un équilibre financier. L'idée de la subdiviser en plusieurs modules est aussi une fausse bonne idée. 

Le casse-tête de la désorbitation

Au-delà de 2024, l'ISS sera progressivement évacuée et la Nasa devra prendre une décision. La station ne pourra évidemment pas rester sur son orbite actuelle. Trop proche de la surface terrestre, elle nécessite de fréquentes manœuvres pour corriger son orbite de façon à éviter qu'elle ne tombe comme une pierre sur la Terre !

La Nasa pourrait décider de la désorbiter. Mais, ce ne sera évidemment pas une mince affaire. La masse de la station dépasse les 400 tonnes, et avec son envergure de 109 mètres, elle est aussi vaste qu'un terrain de football. « Personne ne sait exactement comment vont se comporter les modules lors de leur désintégration dans l'atmosphère », nous expliquait en février 2015, Massimo Cislaghi, responsable de la mission ATV-5 qui devait préparer la future rentrée destructive de l’ISS.

Si l'essentiel de l'ISS devrait partir en fumée dans l'atmosphère terrestre, de nombreux modules pourraient néanmoins résister à cette traversée et s'écraser au fond de l'océan Pacifique. Mais, avec une inclinaison de 51,6 degrés, l'orbite de la station la mène à survoler la majeure partie de la population mondiale située entre 52 degrés nord et 52 degrés sud.

Si, pour une raison ou une autre, le complexe orbital devait rater son point d'entrée atmosphérique, il y a un risque que la station reste en orbite pendant plusieurs jours ou semaines avant qu'elle ne finisse par retomber naturellement sur des zones à forte densité de population.

La rentrée destructive de l'ATV-1 Jules Verne en septembre 2008. © ESA

Inversement, la Nasa pourrait décider de rehausser l'orbite de l'ISS et l'amener à plus de 1.200 kilomètres de la Terre. À cette altitude, les corrections de trajectoires et manœuvres orbitales seront bien moins fréquentes de sorte que sa durée de vie naturelle sera prolongée d'un moins une centaine d'années. Elle pourrait être utilisée dans un futur proche comme banc de test, voire comme un poste avancé de l'exploitation commerciale et l'utilisation de l'espace.

Cette option n'est pas sans risque. Pour rejoindre sa nouvelle position, l'ISS devra traverser des zones à forte densité de satellites et de débris spatiaux. En cas de panne lors de son transfert, l'ISS pourrait restée coincée sur une orbite intermédiaire. Or, l'ISS est suffisamment grande et massive pour perturber une bonne partie des constellations de satellites qui fonctionnent dans cette région de l'espace.

  • En 2024, la fin de l'utilisation de la Station spatiale internationale sera actée. Elle continuera d'être utilisée encore quelques mois ou une année ou deux, le temps de terminer des expériences en cours.
  • Son avenir n'est toujours pas tranché.
  • Plusieurs options sont à l'étude dont une privatisation, une désorbitation pure et simple ou encore rehausser son orbite.
Pour en savoir plus

ISS : elle survivra jusqu'en 2024

Article de Rémy Decourt publié le 10/01/2014

Alors qu'un cargo automatique Cygnus s'apprête à rejoindre la Station spatiale internationale, la Nasa annonce qu'elle sera utilisée au moins jusqu'en 2024. Elle ne sera donc pas désorbitée en 2020, comme cela était prévu. Une bonne nouvelle qui pose la question du financement et du vieillissement de l'installation.

Après le feu vert du Congrès, la Nasa vient d'annoncer la prolongation de la durée de vie de la Station spatiale internationale au moins jusqu'en 2024, voire 2028, comme le sous-entend William Gerstenmaier, l'administrateur adjoint de la Nasa pour l'exploration habitée, qui souligne que l'ISS peut techniquement durer jusqu'à cette date.

Cette annonce ne nous surprend pas. En juillet 2011 déjà, Futura-Sciences expliquait pourquoi l'ISS ne sera pas désorbitée en 2020, comme prévu initialement. Aujourd'hui, la Nasa justifie sa décision par sa volonté de densifier le retour scientifique lié à son utilisation, d'élargir la base de ses utilisateurs institutionnels et privés, de l'utiliser comme banc de test technologique et surtout de préparer certaines des prochaines étapes de l'exploration spatiale. Enfin, il aurait été très surprenant que la Nasa finance le développement d'un système de transport habité privé pour que celui-ci se trouve sans destination à atteindre.

La Station spatiale internationale vue de profil. Elle restera en service jusqu’en 2024 au minimum. © Nasa

Seul bémol à cette décision, l'obsolescence contrôlée de la Station spatiale. Il faut savoir que les premiers modules ont été lancés en 1998 ! Bien que les équipages qui se succèdent ne courent aucun risque, la station commence à montrer des signes manifestes de vieillissement. Les pannes se font plus rapprochées, et certaines sont même très sérieuses. Pendant les fêtes de fin d'année, deux astronautes sont sortis dans l’espace, à deux reprises, pour réparer un des circuits de refroidissement de la station.

La question du financement de l’ISS

En Europe, cette décision de la Nasa est bien accueillie. Le porte-parole de l'Agence spatiale européenne, Franco Bonacina, se « félicite de cette décision », mais se veut prudent. En effet, cette augmentation de la durée de vie de l'ISS n'est pas gratuite. Les partenaires devront trouver quelque trois milliards de dollars, nécessaires à son utilisation et son entretien chaque année. Si l'on se fie aux conditions actuelles, pour la période 2020-2024, l'Agence spatiale européenne devra trouver environ 600 millions de dollars pour financer sa participation au programme.

Pour l'Esa, ce ne sera pas simple. L'agence n'a pas encore obtenu la totalité des fonds nécessaires au financement de sa participation à l'ISS pour la période 2017-2020. « Des décisions sont attendues à ce sujet » lors de la session du conseil de l'Esa au niveau ministériel qui se tiendra au Luxembourg, en fin d'année. Ensuite, et concernant la période 2020-2024, il sera toujours temps de « réfléchir à la forme que prendra notre part à l'exploitation de l'ISS ».

Jusqu'à présent, le financement de l'utilisation de la station se faisait dans le cadre du barter element, un système mis en place par les partenaires de l'ISS où chacun finance sa part de l'utilisation de la station par la fourniture d'un service du même montant que sa contribution. Jusqu'en 2017, l'Esa s'acquittera de ses charges avec les missions de l’ATV, dont le dernier exemplaire, l'ATV-5, sera lancé en juin. Pour la période 2017-2020, l'Esa s'acquittera de son « loyer » auprès de la Nasa en finançant à hauteur de 450 millions d'euros le développement du module de service du futur véhicule d'exploration spatiale de la Nasa.

Mars s’éloigne

Du point de vue d'un astronaute, en l'occurrence Jean-François Clervoy que nous avons contacté, le prolongement de la durée de vie de l'ISS est évidemment « une bonne nouvelle », sachant qu'aucune autre destination d'exploration habitée ne sera atteignable à la date qui était prévue initialement pour la désorbitation de la station, soit 2020. Cela permet ainsi de « maintenir la présence continue de l'Homme dans l'espace dans le cadre d'un partenariat international au service de la connaissance ». Enfin, cette décision n'est pas dénuée d'arrière-pensées politiques. En effet, comme le souligne Jean-François Clervoy, elle augmente « les chances d'assister avant la fin de vie de la station à une mission conjointe entre les partenaires de l'ISS et la Chine », qui pourrait utiliser le module Tiangong-2.

Cela dit, cette décision ne peut que repousser aux calendes grecques le prochain grand projet international d'exploration habitée de la planète Mars. Les budgets étant ce qu'ils sont dans un contexte de réduction généralisée des déficits, les agences spatiales ne peuvent pas se payer le luxe de financer la Station spatiale internationale et de s'engager dans un nouveau grand projet international de plus de 100 milliards de dollars.

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