Santé

Les nouvelles pistes de chimiothérapie

Dossier - Dépistage et traitement du cancer
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Éclairage sur les différents cancers et leur dépistage. Les progrès dans le domaine de la recherche offrent des perspectives nouvelles sur le plan des diagnostics et des traitements.

  
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Les perspectives pour améliorer les techniques de chimiothérapie sont nombreuses. Si des années seront certainement nécessaires au développement de nouvelles stratégies avant qu'elles ne soient effectivement proposées aux patients, il est toutefois permis d'espérer que le cancer devienne une maladie bénigne...

Les avancées scientifiques permettent la mise au point de techniques plus précises pour la chimiothérapie. © DR

L'arsenal thérapeutique contre le cancer repose sur trois familles d'armes :

  • la chirurgie vise à exciser la tumeur ;
  • la radiothérapie utilise des rayons pour la détruire « de l'extérieur » ;
  • la « chimio » (ou chimiothérapie), comme l'appellent médecins et patients, s'efforce de tuer par voie médicamenteuse interne les cellules cancéreuses elles-mêmes. 

C'est du côté de la chimiothérapie, grâce à des approches visant à cibler celles-ci spécifiquement et le plus sélectivement possible, que les avancées les plus précieuses sont à attendre dans les prochaines années.

Enrayer la diffusion

Pourquoi les progrès de la recherche pharmaceutique sur le cancer restent-ils si lents ? C'est que l'on comprend mal ce qui distingue, au niveau « interne » du fonctionnement moléculaire, une cellule cancéreuse d'une cellule saine. De ce fait, les médicaments restent insuffisamment spécifiques. Ils tuent également les « bonnes » cellules, ce qui cause des effets secondaires parfois très graves. Comprendre la transformation cancéreuse d'une cellule, puis ensuite les mécanismes de formation des métastases, représente donc un enjeu décisif.

Les avancées de la biologie cellulaire ont permis de ce point de vue de définir de nouvelles cibles. Il s'agit, par exemple, de comprendre comment les cellules cancéreuses arrivent à se déplacer dans l'organisme, par mouvements locaux ou en empruntant ces « autoroutes » que sont les circulations sanguine et lymphatique. Les projets européens comme MetaBre s'intéressent ainsi à la réorganisation du cytosquelette, ce dense réseau de protéines filamenteuses qui structure la cellule et lui permet de se mouvoir. De son côté, le projet Cancerdegradome se concentre sur la matrice extracellulaire qui entoure les cellules. Différents arguments suggèrent, en effet, que cette matrice, qui interdit d'ordinaire les déplacements cellulaires, devient franchissable en cas de transformation cancéreuse.

Thérapie génique : l'ADN médicament

La thérapie génique, sur laquelle les projecteurs se sont un peu prématurément braqués à la fin des années 1980, reste une piste intéressante. Comme l'explique Norman J. Maitland, de l'Université de York et coordinateur du projet Giant, « les vecteurs de thérapie génique (NDLR : qui servent à apporter jusqu'aux cellules le fragment d'ADN médicament) aujourd'hui disponibles ne pourront passer le cap des essais cliniques que lorsque les problèmes de leur action toxique non spécifique et de la limitation de leur dose auront été résolus ». Les chercheurs de Giant entendent précisément s'attaquer à cette difficulté, en développant des vecteurs qui sauront apporter, au cœur des seules cellules cancéreuses, les fragments d'ADN codant pour des substances toxiques. Une variante de cette approche est également explorée par les équipes du projet Theradpox, qui vise à tirer parti de la propriété unique de certains virus de n'infecter que les seules cellules tumorales. Si ceux-ci pouvaient être maîtrisés, il deviendrait possible de tuer sélectivement et sans effets secondaires les cellules cancéreuses.

Immunothérapie : vers un vaccin ?

Une autre voie prometteuse consiste à développer les défenses naturelles de l'organisme contre le cancer. Au début de la maladie, la cellule cancéreuse est, en effet, reconnue comme étrangère par le système immunitaire et des lymphocytes spécialisés sont capables d'identifier et de détruire ces éléments menaçants. Ce n'est que dans un second stade que le phénomène d'autodéfense s'interrompt, autorisant la prolifération.

Les « ingénieurs génétiques » du projet européen Giant travaillent sur la mise au point de vecteurs qui sauront apporter, au cœur des seules cellules cancéreuses, les fragments d'ADN codant pour des substances toxiques. Sur l'image de gauche, les traces de couleur jaune sur fond rouge – correspondant à l'expression du traceur GFP – montrent le succès d'une infection in vitro de cellules prostatiques cancéreuses humaines par un adenovirus de première génération, comparée à une nette faiblesse de résultats avec un baculovirus. © H. Rochefort/Inserm - Reproduction et utilisation interdites

Deux possibilités immunothérapeutiques se présentent.

  • L'une consiste à identifier les marqueurs externes reconnaissables, exprimés à la surface des cellules cancéreuses, pour ensuite les produire in vitro et réapprendre aux cellules de l'immunité à les identifier - comme se propose de le faire le projet Enact.
  • L'autre serait de stimuler les cellules qui jouent naturellement ce rôle, comme l'envisagent les chercheurs du consortium Dendritophages. À terme, il s'agit de mener des essais cliniques portant sur ces véritables « vaccins contre le cancer ». Ceux-ci sont des vaccins thérapeutiques, et non les classiques préventifs injectés contre les maladies infectieuses. L'agent contre lequel le système immunitaire doit apprendre à lutter fait partie intégrante du corps...