Santé

Cancer : hérédité et environnement, les facteurs de risque

Dossier - Dépistage et traitement du cancer
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Éclairage sur les différents cancers et leur dépistage. Les progrès dans le domaine de la recherche offrent des perspectives nouvelles sur le plan des diagnostics et des traitements.

  
DossiersDépistage et traitement du cancer
 

Les études montrent aujourd'hui une corrélation entre la génétique, l'environnement et le développement de cancers

Le tabac fait partie des causes environnementales de développement du cancer. © DR

L'hérédité et l'environnement

Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce que cela m'arrive à moi, se sont demandées Clara, Brigitte et Lise, comme toutes celles et ceux qui ont un jour été confrontés à la maladie ? Alors que le cancer est décrit depuis la plus lointaine Antiquité (on trouve des descriptions de tumeur du sein chez Hippocrate), la question est longtemps restée sans réponse. Pour François Dagognet, philosophe de la médecine, le cancer est en partie une maladie du « dedans », c'est-à-dire liée à notre constitution génétique, et en partie une maladie du « dehors », à savoir en relation avec notre environnement.

En 1977, deux épidémiologistes britanniques travaillant au centre international de Recherche sur le cancer de Lyon, John Higginson et Calum Muir, furent les premiers à apporter des éléments de réponse quantitatifs à cette question. Dans une étude restée fameuse, ils montraient que 80 % des cancers étaient attribuables à des causes liées à notre environnement au sens large, incluant l'alimentation, les habitudes de vie (tabagisme, consommation d'alcool, sédentarité) ou l'exposition passive à divers polluants. Le chiffre est aujourd'hui admis, même s'il doit être nuancé selon le type de tumeurs, et il fonde une des principales stratégies de lutte contre la maladie. Comme l'explique Olaf Kelm, qui suit les études sur le cancer du sixième programme-cadre au sein de la Direction générale recherche (Commission européenne), « si 80 % des cancers sont dus à l'environnement, cela veut dire qu'une large proportion d'entre eux est évitable, ce qui fait de la prévention la stratégie la plus efficace pour diminuer le nombre de personnes atteintes par la maladie. »

Le rôle du tabac

Cette stratégie de la prévention a montré toute sa pertinence avec le cancer du poumon. On peine aujourd'hui à s'en souvenir, mais l'idée que le tabagisme en était une cause très importante a mis longtemps à faire son chemin. La relation causale entre le tabac et le cancer du poumon ne fait aucun doute. La survenue de cancers liés au tabac pourrait cependant être influencée par des facteurs génétiques intervenant dans le métabolisme des carcinogènes du tabac. certains gènes, codant pour des enzymes intervenant dans ce métabolisme, pourraient ainsi modifier le risque de cancer.

Il a fallu toute l'obstination du médecin britannique Sir Richard Doll, décédé en 2005, qui consacra sa vie à suivre durant un demi-siècle l'état de santé d'une cohorte de plus de 30.000 personnes, pour que l'on en prenne conscience. De 1954 à 2004, ses études, publiées tous les dix ans, ont montré avec la plus grande rigueur l'accroissement considérable du risque de cancer du poumon (entre autres), directement proportionnel à la consommation de tabac.

Graphique présentant la corrélation entre le cancer du poumon, la consommation de tabac et les facteurs génétiques. © S. Benamov, Inserm

Exemplaires sur le plan scientifique, les travaux de Richard Doll ont aussi eu un profond impact sur la santé publique. Ils ont permis de comprendre les causes de l'accroissement rapide, qui semblait aussi incompréhensible qu'impossible à enrayer, de la fréquence des cancers du poumon au cours du XXe siècle. Ils ont surtout permis d'engager, dans les années 1970, les premières campagnes publiques de mise en garde contre les dangers du tabac. Autant d'avertissements qui portent aujourd'hui leurs fruits : un début de diminution de la fréquence de la maladie.