Selon une étude épidémiologique réalisée en France, manger régulièrement des aliments bio réduirait le risque d’apparition de cancers d’au moins 25 %. Des résultats qui demandent tout de même encore à être confirmés.

au sommaire


    Le marché des aliments « bio », issus de l'agriculture biologique, connaît un développement très important depuis quelques années. Au-delà des aspects éthiques et environnementaux, une des principales motivations de consommation est le fait que ces produits sont issus de modes de production sans produits phytosanitaires et intrantsintrants de synthèse, et pourraient donc s'accompagner d'un bénéfice pour la santé.

    Toutefois, les rares données épidémiologiques disponibles ne sont pas suffisantes à l'heure actuelle pour conclure à un effet protecteur de l'alimentation bio sur la santé ou même à un risque accru lié à la consommation des aliments issus de l'agricultureagriculture conventionnelle. Si la manipulation des intrants chimiques, en particulier via une exposition professionnelle chez les agriculteurs, a été associée à un risque accru de pathologies - telles que le cancer de la prostate, le lymphome ou la maladie de Parkinson -, le risque encouru via les consommations alimentaires en population générale n'est pas connu.

    Le saviez-vous ?

    L’étude NutriNet-Santé correspond à une étude de cohorte nationale réalisée sur une large population d’adultes volontaires lancée en 2009. Le recrutement se poursuit toujours en ligne. Objectif : étudier les relations nutrition et santé. Le volet BioNutriNet s’intéresse à l’impact potentiel de la consommation des aliments en fonction de leurs modes de production sur l’état nutritionnel, sur des marqueurs toxicologiques, sur l’environnement et sur la santé des individus.

    Des chercheurs français (Inra, Inserm, Université Paris 13, Cnam) ont mené une étude épidémiologique basée sur l'analyse d'un échantillon de près de 69.000 participants (78 % de femmes, âge moyen 44 ans) de la cohorte française NutriNet-Santé. Leurs données relatives à la consommation d'aliments bio ou conventionnels ont été collectées à l'inclusion, à l'aide d'un questionnaire de fréquence de consommation (jamais, de temps en temps, la plupart du temps) pour 16 groupes alimentaires. Des caractéristiques sociodémographiques, de modes de vie ou nutritionnelles ont également été prises en compte dans cette analyse.

    Absence de résidus de pesticides ou teneur en micronutriments plus importante ? Les chercheurs, pour l’instant, n’expliquent pas comment manger bio réduit le risque de cancer. © Freedomz, Fotolia

    Absence de résidus de pesticides ou teneur en micronutriments plus importante ? Les chercheurs, pour l’instant, n’expliquent pas comment manger bio réduit le risque de cancer. © Freedomz, Fotolia

    Un résultat qui reste à confirmer

    Au cours des sept années de suivi (2009-2016), plus de 1.300 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés et validés sur la base des dossiers médicaux. Une diminution de 25 % du risque de cancer a été observée chez les consommateurs « réguliers » d'aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels. Cette association était particulièrement marquée pour les cancers du seincancers du sein chez les femmes ménopausées (- 34 % de risque, score bio élevé versus bas) et les lymphomes (- 76 % de risque). La prise en compte de divers facteurs de risquefacteurs de risque pouvant impacter cette relation - comme les facteurs sociodémographiques, les modes de vie ou les antécédents familiaux - n'a pas modifié les résultats.

    Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces données : la présence de résidus de pesticidespesticides synthétiques beaucoup plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus d'une agriculture conventionnelle comparés aux aliments bio. Autre explication possible : des teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments - les antioxydantsantioxydants caroténoïdescaroténoïdes, les polyphénolspolyphénols, la vitamine Cvitamine C ou des profils d'acides grasacides gras plus bénéfiques, par exemple - dans les aliments bio.

    Les conclusions de cette étude doivent être confirmées par d'autres investigations conduites sur d'autres populations d'étude et dans des contextes différents. Néanmoins, ces résultats soutiennent les recommandations du Haut conseil de santé publique (HCSP), émises en 2017, pour les futurs repères alimentaires du Programme national nutrition santé (PNNS).