Des chercheurs viennent de mesurer l’impact de la pollution de l’air sur la pandémie de Covid-19. Dans le monde, elle contribue à 15 % des décès. © schankz, Adobe Stock
Santé

La pollution de l’air serait responsable de 15 % des décès du Covid-19

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Le coronavirus, responsable de la pandémie de Covid-19, a émergé fin 2019 en Chine. Depuis, il y a fait plus d'un million de morts dans le monde. Des chercheurs confirment aujourd'hui que la pollution de l'air a contribué à une part certaine de ces décès. Quelque 15 %. Et cela, de plusieurs façons distinctes.

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En mars dernier, des chercheurs allemands nous apprenaient que la pollution de l'air menace peut-être plus notre santé qu'on ne l'imagine. En moyenne, dans le monde, elle réduit l’espérance de vie de trois années. En 2015, elle a ainsi causé quelque 8,8 millions de morts prématurées !

Toujours en mars dernier, le coronavirus, responsable de la pandémie de Covid-19, s'échappait tout juste de Chine pour envahir bientôt l'Europe et le reste du monde. Rapidement, des travaux ont montré que la pollution atmosphérique aide à transporter ce coronavirus. Pire, elle semble fragiliser les personnes vulnérables et aggraver les symptômes.

C'est ce que confirme pour la première fois aujourd'hui une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut Max Planck (Allemagne). Environ 15 % des décès dus au Covid-19 dans le monde -- 19 % en Europe et même 27 % en Asie de l'Est -- pourraient être attribués à une exposition à long terme à la pollution de l'air.

Mais, pour éviter toute méprise, les chercheurs précisent bien, dans un communiqué de la Société européenne de Cardiologie, que ces chiffres correspondent à « la fraction de décès dus au Covid-19 qui pourrait être évitée si la population était exposée à des niveaux de pollution atmosphérique inférieurs, sans combustibles fossiles ou autres émissions anthropiques ». Pas de relation directe de cause à effet, donc -- même si cela n'est pas exclu --, mais une « aggravation des autres problèmes de santé qui pourraient entraîner des conséquences mortelles de l'infection virale ».

Sur la carte du haut, les pourcentages de morts du Covid-19 liées à la pollution de l’air (particules fines PM 2,5) en général. Sur la carte du bas, ceux liés à l’utilisation d’énergies fossiles. © European Heart Journal

Coronavirus et pollution, une alliance mortelle

À la base de ces résultats, des données épidémiologiques mises en regard de données météorologiques et de qualité de l'air. Des données qui permettent d'estimer la part de décès liés à une exposition à long terme aux particules fines d'un diamètre inférieur ou égal à 2,5 microns (PM2, 5). Et de conclure, par exemple, qu'en France, la pollution de l'air a contribué à 18 % des décès dus au coronavirus.

Le coronavirus pénètre dans le corps par les poumons, causant des dommages similaires à ceux causés par la pollution.

« Lorsque les gens inhalent de l'air pollué, les PM2,5 migrent des poumons vers le sang et les vaisseaux sanguins, provoquant une inflammation et un stress oxydatif sévère, un déséquilibre entre les radicaux libres et les oxydants qui réparent normalement les dommages aux cellules. Cela endommage la paroi interne des artères -- que les chercheurs appellent l'endothélium -- et conduit à leur rétrécissement et à leur raidissement. Le coronavirus, responsable du Covid-19 pénètre également dans le corps par les poumons, causant des dommages similaires aux vaisseaux sanguins », explique Thomas Münzel, chercheur au Centre médical universitaire de Mayence (Allemagne).

« Si l'exposition à long terme à la pollution de l'air et l'infection par le coronavirus se conjuguent, nous avons un effet néfaste additif sur la santé, ce qui conduit à une plus grande vulnérabilité et à une moindre résilience au Covid-19. Si vous avez déjà une maladie cardiaque, par exemple, la pollution de l'air et l'infection à coronavirus causeront des problèmes pouvant entraîner des crises cardiaques, une insuffisance cardiaque et un accident vasculaire cérébral. »

Les chercheurs appellent à mettre en place des mesures pour limiter la pollution de l’air. Car, si la pandémie de Covid-19 finira sans doute par être arrêtée par un vaccin, les décès prématurés liés aux particules fines présentes dans l’atmosphère ne diminueront qu’à ce prix-là. © rangizzz, Adobe Stock

Pas de vaccin contre la pollution de l’air

La pollution de l'air aurait également deux autres effets notables. Il apparait probable que les particules fines favorisent les clusters en prolongeant la durée de vie dans l'air du coronavirus et en dopant les transmissions. Les particules fines semblent par ailleurs augmenter l'activité d'un récepteur sur les surfaces cellulaires, appelé ACE-2. Ce récepteur est connu pour être impliqué dans la manière dont le coronavirus infecte les cellules. Ainsi, la pollution de l'air endommage les poumons et augmente l'activité de l'ACE-2, ce qui entraîne une augmentation de l'absorption du virus par les poumons et probablement par les vaisseaux sanguins et le cœur.

Une raison de plus, donc, de réduire les émissions anthropiques. Car les chercheurs le rappellent, si l'espoir de trouver un vaccin pour lutter contre le coronavirus existe, il n'y a aucune chance d'en trouver un contre la mauvaise qualité de l'air et le changement climatique. Un seul remède pour cela : une transition vers une économie verte.

Pour en savoir plus

La pollution de l'air est une « autoroute » pour le coronavirus

La pollution a constitué un vecteur important de l'accélération de la propagation du coronavirus en Italie, rapporte une étude. Non seulement les particules fines jouent le rôle de « transporteur » pour le virus, ce qui remet en cause la distance de sécurité d'un mètre, mais elles fragilisent les personnes vulnérables et aggravent les symptômes du Covid-19.

Article de Céline Deluzarche paru le 21/03/2020

Les particules fines sont un vecteur de propagation de l’épidémie de Covid-19. © Tom Wang, Adobe Stock

La vitesse fulgurante à laquelle s'est propagée l'épidémie de coronavirus en Italie pourrait s'expliquer en partie par la pollution, selon une étude de la Société italienne de médecine environnementale (Sima). Les médecins, qui ont collaboré avec les universités de Bari et de Bologne, ont mis en parallèle les nouveaux cas de contagion au Covid-19 et les dépassements des limites légales pour les concentrations de particules fines PM10 dans les différences provinces italiennes enregistrés entre le 10 et le 29 février -- en prenant en compte le temps d'incubation du virus.

Une accélération anormale de l’épidémie dans le nord de l’Italie

« Dans la vallée du Pô, on observe une "accélération anormale" de l'expansion de l'épidémie correspondant à une forte concentration de particules fines deux semaines plus tôt, indique Leonardo Setti, de l'Université de Bologne, au journal La RepubblicaLa poussière fait ainsi office "d'autoroute" pour le virus ».

L'effet est particulièrement marqué dans les provinces où ont démarré les premiers foyers d'infection, notent les chercheurs. Brescia, l'une des villes les plus polluées du pays, figure ainsi parmi les villes les plus frappées par l'épidémie. À l'inverse, Rome, où des cas de coronavirus ont été découverts en même temps que dans le nord du pays, a connu une propagation de la maladie bien plus lente.

On observe une forte corrélation entre le niveau de pollution aux particules PM10 et le nombre de contaminations (cartes à droite) 15 jours plus tard. © Sima

La distance de sécurité d’un mètre remise en cause ?

Mais ce n'est pas tout. « En plus d'être un vecteur de l'épidémie, les particules fines constituent un substrat qui permet au virus de rester dans l'air dans des conditions viables pendant plusieurs heures voire plusieurs jours », affirment les chercheurs. Ce qui remettrait en cause les mesures de précaution instaurées par les pouvoirs publics. « La distance actuelle considérée comme sûre (un mètre) n'est sans doute pas suffisante », avance ainsi Alessandro Miani, président de la Sima, dans le quotidien Il Sole 24 Ore.

84 % de risques en plus de mourir dans les zones polluées

Outre leur rôle dans la propagation des épidémies, la pollution est également un facteur fragilisant de l'état de santé. Elle augmente le risque d'accident vasculaire cérébral, de cardiopathie, de cancer du poumon et de maladies respiratoires aiguës. Une étude de l’Inserm a également montré qu'une forte concentration en particules fines est étroitement associée à une sévérité accrue des rhinites. La pollution entraînerait aussi un dysfonctionnement du système immunitaire, rapporte l'Anses. En 2003, une étude portant sur l’épidémie de SRAS en Chine soulignait déjà que les patients vivant des zones polluées avaient 84 % de risques en plus de mourir que dans d'autres régions moins exposées à la pollution.

Le beau temps, facteur aggravant de la pollution

Afin de freiner l'épidémie, il faut « réduire les émissions de particules au minimum et espérer une météorologie favorable », insiste Alessandro Miani. Ces derniers jours, une chute drastique de la pollution a été observée en Italie due aux mesures de confinement et de restrictions de la mobilité. Cette baisse devrait logiquement aboutir à une diminution de la propagation, espèrent les chercheurs. « D'après les données dont nous disposons, nous nous attendons à une stabilisation du nombre de personnes infectées entre le 25 mars et le 15 avril », estiment les chercheurs sur le site de la Rai.

Pas gagné... À Paris, la mise en place du confinement n'a pas empêché une dégradation de la qualité de l'air. Entre le 5 et le 18 mars, le taux de particules PM10 a même triplé dans la capitale, en raison notamment du beau temps et du manque de vent.

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