Face au Covid-19, des médecins demandent un confinement beaucoup plus radical. © Patrick Hertzog, AFP

Santé

Des médecins demandent un confinement absolu

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[EN VIDÉO] Tirons le meilleur du confinement  « Restez chez vous ! » C’est le mot d’ordre lancé par les autorités pour lutter contre la propagation du coronavirus responsable de la pandémie de Covid-19. Et nous sommes désormais des millions à vivre une situation inédite, celle du confinement. Pour nous en sortir au mieux, peut-être faut-il la vivre comme une expérience humaine de plus. 

Alors que les mesures de confinement viennent tout juste d'être décrétées, des médecins s'alarment et exigent un confinement plus radical. Selon eux, les Français ont du mal à prendre conscience de la gravité de la situation, et les propos du gouvernement, qui redoute de voir l'économie s'effondrer, leur semblent ambigus et contradictoires.

Pas assez strict, le confinement ? Chez les médecins, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour exiger une mise sous cloche totale de la population, le gouvernement craignant de voir l'économie s'effondrer en cas d'arrêt global de l'activité. « C'est un confinement total et absolu de l'ensemble de la population dont nous avons besoin, à l'instar des mesures déployées en Chine », estime le principal syndicat des internes de médecine (Insi), qui juge insuffisantes les mesures prises pour endiguer l'épidémie de Covid-19.

En ligne de mire : la poursuite de l'activité dans de nombreuses entreprises « non vitales », mais aussi le maintien des transports en commun et de certaines sorties, le syndicat de médecins jugeant les messages du gouvernement en partie « ambigus ».

« Moins le confinement sera strictement appliqué, plus les réanimations seront saturées, a souligné l'Insi dans un message à Emmanuel Macron. Votre responsabilité est d'être clair, précis et ferme. Vous devez cesser les demi-mesures et les discours équivoques ».

Aller plus loin dans les mesures contraignantes ? Malgré les problèmes d'organisation que cela implique, de plus en plus de médecins s'y disent favorables, le confinement instauré mardi étant jugé trop laxiste et partiellement inefficace. « Il faut clairement serrer la vis. C'est la seule solution pour enrayer cette épidémie et empêcher d'avoir un scénario à l'italienne », estime auprès de l'AFP le président des médecins de France, Jean-Paul Hamon, lui-même contaminé par le coronavirus.

« La situation épidémique est telle que la seule solution viable doit passer par un confinement total », abonde le syndicat Jeunes Médecins. Dans un communiqué, cette organisation syndicale a annoncé vendredi qu'elle saisissait le Conseil d'État d'un « référé liberté », une procédure d'urgence pour « contraindre le Premier ministre à prendre en urgence les mesures qui s'imposent ».

« Les jeunes médecins mesurent les conséquences d'une mesure de confinement total et les contraintes que cela imposera à la population [mais] nous ne pouvons laisser les soignants et les patients mettre leur vie en danger », justifie le syndicat.

Le ton monte chez les médecins qui réclament un confinement « total et absolu ». © Guillaume Souvant, AFP

Des messages contradictoires par crainte d'un arrêt brutal de l'économie ? 

Ces derniers jours, plusieurs municipalités se sont agacées du manque de respect par la population des mesures édictées par les autorités et ce, malgré l'instauration d'amendes forfaitaires de 135 euros, avec possibilité de gardes à vue pour « mise en danger de la vie d'autrui ».

À Bordeaux, la ville a ainsi pris un arrêté interdisant ses quais sur les deux rives de la Garonne parce qu'ils restaient « fréquentés anormalement par les promeneurs et joggeurs [malgré] les consignes strictes et les contrôles ».

Dans les Yvelines, le Val-de-Marne et le Val-d'Oise, les préfectures ont interdit l'accès aux parcs, jardins publics et aux forêts. Les plages de l'arc méditerranéen et de la Corse ont, elles aussi, été fermées en raison du trop grand nombre de personnes à s'y aventurer. « Le problème, c'est que le message du gouvernement est contradictoire. On ne peut pas demander aux Français de rester confinés chez eux tout en leur demandant d'aller travailler : les gens ne comprennent pas », juge Jean-Paul Hamon.

Lors d'une visite jeudi à l'Institut Pasteur, Emmanuel Macron a déploré que trop de personnes continuent de « prendre à la légère » les consignes de confinement, Edouard Philippe ayant déploré de son côté « la légèreté et l'insouciance » des Français.

On ne peut pas demander aux Français de rester confinés chez eux tout en leur demandant d'aller travailler

Mais le gouvernement a écarté dans le même temps un arrêt total de l'activité, exhortant les entreprises et salariés à la poursuivre afin que l'économie, déjà très affectée par la crise du coronavirus, ne s'arrête pas.

Cette position n'est pas « contradictoire » avec les mesures de confinement, a défendu l'exécutif. « Il est absolument compatible et nécessaire de mêler les deux », a-t-il précisé, alors qu'une prolongation du confinement, initialement fixé à deux semaines, est à l'étude.

Un avis que le Dr Hamon, en quarantaine depuis plusieurs jours, dit ne pas partager : « De toute façon, l'économie s'arrêtera si l'épidémie devient incontrôlable. Il faut donc arrêter de tergiverser et prendre des mesures beaucoup plus radicales ».

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