Les pratiques médicales contredites par la science. © airdone, Fotolia

Santé

Médecine : six mythes scientifiques auxquels même les médecins croient

Question/RéponseClassé sous :médecine , idée reçue , revirement médical

On pourrait croire que les recommandations de santé officielles et les pratiques des médecins s'appuient sur un consensus scientifique établi. Pourtant, de nombreuses pratiques ont été contredites par des études récentes qui ont montré leur totale inefficacité, voire leur dangerosité. Ces 15 dernières années, près de 400 revirements scientifiques ont ainsi été identifiés par une recherche américaine.

Ces traitements sont couramment préconisés par les médecins ou font l'objet de recommandations officielles. Et, malgré des études ayant montré leur peu d'efficacité ou même l'absence totale de bénéfices, ils perdurent dans la pratique médicale. Une équipe de médecins de l'université de l'Oregon, du Maryland et de Chicago, ont passé en revue 3.017 essais, concernant des pratiques médicales, publiés entre 2003 et 2017 dans les trois principaux journaux de référence : Journal of the American medical association (Jama), The Lancet et New England Journal of Medicine (Nejm). Ils ont dénombré pas moins de 396 de ces revirements médicaux au cours des quinze dernières années dans des domaines aussi variés que la chirurgie cardiovasculaire, l'oncologie, la santé publique ou la psychiatrie. Voici six exemples de ces croyances médicales.

Il faut éviter de donner des aliments allergènes aux jeunes enfants

« La meilleure prévention des futures allergies est d'éviter les allergènes pendant la petite en­fance où le système immunitaire est immature », conseillait en 2011 Antoine Magnan, responsable de la plateforme d'allergologie du CHU de Nantes dans Le Figaro. Un avis encore largement partagé par ses confrères et qui a pourtant des effets inverses à ceux escomptés. Plusieurs études ont depuis montré qu'il n'y a aucun risque supplémentaire à ingérer des arachides pour les jeunes enfants et une exposition précoce permettrait même de prévenir les allergies.

Le poisson gras prévient les risques cardiovasculaires

L'Américan Heart Association recommande encore aujourd'hui de consommer des poissons riches en oméga 3, à raison de deux fois par semaine. Ces poissons gras (saumon, thon, sardine...) permettraient de lutter contre les risques d'insuffisance cardiaque, de maladies coronariennes et d'AVC. Sauf que plusieurs études sont venues montrer l’inefficacité d’une complémentation en omega 3 et de la consommation de poissons gras.

Manger du poisson gras ne permet pas de réduire les risques de maladies cardiovasculaires. © Natasha Breen, Fotolia

Le ginkgo biloba préserve la mémoire

Utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise et les compléments alimentaires, le ginkgo biloba est réputé pour améliorer la mémoire et prévenir les risques de troubles cognitifs comme la maladie d'Alzheimer. « Le gingko biloba est une excellente plante pour la mémoire », affirme par exemple le Dr Laurent Chevallier, médecin nutritionniste botaniste, sur le site Allodocteurs, tout en reconnaissant que « le niveau de preuve n'est pas très élevé ». Un euphémisme : deux larges études publiées en 2008 et 2009 dans la revue Jama ont montré l'absence totale d'effet par rapport à un placebo.

Les traqueurs d’activité aident à perdre du poids

« Perdez du poids avec MyFitnessPal », « Megan a perdu 45 kg grâce à Fitbit » : les applications et objets connectés constitueraient un excellent moyen de perdre du poids à en croire les fabricants, appuyés pour la plupart par des médecins. Sauf que compter frénétiquement le nombre de pas parcourus dans la journée ou surveiller heure par heure ses dépenses caloriques est en réalité totalement contre-productif : une étude de 2016 a ainsi montré que les patients utilisant des bracelets d'activité perdent moins de poids que les autres !

Déchirure du ménisque liée à l’arthrose : faut-il opérer ? © angkhan, Fotolia

L’arthrose du genou doit être soignée par chirurgie

L'arthroscopie, qui consiste à ôter une partie du ménisque ou un cartilage endommagé, est actuellement recommandée en cas de déchirure méniscale dégénérative liée à l’arthrose du genou. Cette opération est l'une des plus pratiquées dans le monde, avec 465.000 interventions chaque année aux États-Unis. Mais plusieurs études indiquent aujourd'hui que la chirurgie n'est pas plus efficace que la rééducation pour retrouver une capacité fonctionnelle. Pire : une étude parue dans The Lancet en 2018 a mis en évidence les risques de complications non négligeables de ces opérations.

La mammographie doit être généralisée à toutes les femmes dès 40 ans

En France, la mammographie pour le dépistage du cancer du sein est recommandé tous les deux ans à partir de 50 ans. Aux États-Unis, c'est même dès 40 ans que les femmes sont invitées à se faire dépister. L'idée est de permettre une prise en charge précoce afin d'améliorer le taux de survie. Plusieurs études viennent pourtant remettre ce dogme en cause, concluant qu'il ne permet pas de réduire la mortalité. Une étude parue dans la revue BMJ indique même un « surdiagnostic » de 22 %, ce qui signifie que des milliers de femmes sont opérées inutilement.

D'autres revirements médicaux plus spécialisés concernent notamment les procédures chirurgicales, comme l'utilisation de cathéter artériel pulmonaire en cas de crise cardiaque ou l'injection de glucocorticoïdes pour la sténose spinale. Mais pourquoi ces traitements continuent-ils à être prescrits alors que leur inefficacité a été prouvée ? « Une fois qu'une pratique inefficace est adoptée, il est difficile de convaincre les praticiens d'en abandonner l'usage », regrette Vinay Prasad, qui a dirigé l'étude publiée en 2019 dans la revue eLife.

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