Santé

Cancer du sein : la mammographie 3D fait ses preuves

ActualitéClassé sous :cancer , cancer du sein , dépistage du cancer du sein

Des chercheurs de Philadelphie viennent de publier la plus grande étude jamais produite sur l'efficacité de la mammographie 3D. Cette technique, qui détecte 30 % de plus de cancers du sein, est plus fiable que la classique mammographie. Peut-être s'invitera-t-elle, à terme, dans le programme national de dépistage généralisé.

La mammographie 3D permet d’augmenter le diagnostic de cancer du sein, même par rapport au trio mammographie conventionnelle, IRM et échographie. Comme pour cet appareil SenoClaire (de l'entreprise GE Healthcare), la méthode est celle de la tomosynthèse numérique, dans laquelle un faisceau de rayons X tourne autour du sein pour réaliser une série d'images 2D qu'un ordinateur transformera en modèle 3D. © GE Healthcare

Une Française sur huit sera atteinte, un jour, d'un cancer du sein. Dans 8 cas sur 10, il touche les femmes de plus de 50 ans. Son taux de survie à 5 ans atteint 89 %, ce qui signifie que 89 femmes sur 100 seront en vie 5 ans après la détection de leur maladie. Malgré cette proportion encourageante, il reste la première cause de mortalité par cancer chez la femme.

Le dépistage est l'une des armes les plus efficaces contre cette maladie tant redoutée. Plus il sera détecté tôt, meilleures seront les chances de guérison en ayant pourtant recours à des traitements moins agressifs. Les moyens de détection sont en constante évolution, les chercheurs ne manquent pas d'ingéniosité pour déceler les tumeurs : logiciels de comparaison d’images, prise de sang pour la recherche d'ADN tumoral, mammographie 3D...

C'est sur l'efficacité de cette dernière technique que les chercheurs états-uniens de l'école de médecine de l'université de Pennsylvanie se sont penchés. Cette imagerie tridimensionnelle, plus précise, accroît le dépistage de 29 % pour l'ensemble des cancers du sein. En parallèle, elle permet de réduire de 15 % les « faux positifs », ces résultats qui prédisent, à tort, un cancer. Diminution non négligeable quand on imagine l'anxiété de ces femmes lorsque leur médecin demande de revenir pour des tests complémentaires ! Autre avantage déterminant : cet examen ne prend que quelques secondes de plus que la mammographie classique.

Emily F. Conant, chef du départ d’imagerie du sein qui a supervisé cette étude se dit enthousiasmée par cette technologie qui ne va cesser de s’améliorer au cours des prochaines années. © Penn Medecine

41 % de tumeurs invasives détectées en plus

Dans cette étude statistique publiée dans The Journal of the American Medical Association, les scientifiques ont comparé les résultats de dépistage de cancer du sein de près d'un demi-million de femmes dans 13 centres hospitaliers des États-Unis. Détection par mammographie traditionnelle, combinée ou non avec la tomosynthèse, qui produit des images en coupe du tissu mammaire de 1 mm d'épaisseur nécessaire à la reconstruction 3D.

Les chercheurs ont épluché d'abord les dossiers de 281.187 femmes qui ont connu une mammographie classique, sur une période de mars 2010 à octobre 2011. 29.726 d'entre elles ont été rappelées pour examens complémentaires. 5.056 ont subi une biopsie pour aboutir à 1.207 cancers du sein diagnostiqués. En 2011, la mammographie couplée à la tomosynthèse a été autorisée aux États-Unis. 173.663 dossiers médicaux de femmes ayant bénéficié de l'imagerie 3D ont été décortiqués sur une période similaire : mars 2011 à octobre 2012. Les résultats sont probants, l'efficacité est prouvée. L'imagerie 3D permet certes une augmentation du dépistage de près de 30 % des cancers du sein ainsi qu'une diminution nette de faux positifs. Mais, surtout, la technique conduit à un accroissement de 41 % du taux de détection des tumeurs invasives, plus dangereuses car les cellules cancéreuses ont déjà commencé à s'échapper du sein.

La mammographie 3D lève le voile sur les zones floues de la 2D, qui peuvent être des tumeurs ou bien en dissimuler, même à l'œil averti du radiologue. Cette technologie permet également une meilleure analyse des seins denses, souvent jeunes, dont les tissus conjonctif et glandulaire sont plus abondants, donc plus compliqués à diagnostiquer.

Avant de déployer largement cette récente technologie, d'autres études sont encore à mener, notamment en comparant deux populations dont les variables seront calibrées et la randomisation précise. Ces travaux complémentaires permettront sans doute d'évaluer le lien positif entre le dépistage par l'imagerie 3D et les résultats cliniques.

Cela vous intéressera aussi