Coronavirus en France : plus de cas, moins de morts. © Nuthawut, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : pourquoi la mortalité n'augmente pas avec le nombre de cas

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Malgré la forte progression du nombre de cas positifs au coronavirus, les hôpitaux sont loin de connaître l'affluence du mois d'avril et les décès ne repartent pas à la hausse. Une mystérieuse décorrélation qui peut s'expliquer de plusieurs manières.

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[EN VIDÉO] 22% de la population serait plus vulnérable aux complications du covid-19  Environ 1,7 milliard de personnes, soit 22 % de la population mondiale, seraient atteintes de troubles de la santé susceptibles de causer des complications en cas d'infection par le virus Covid-19. C'est le résultat d'une étude mise en ligne par le CDC basée sur des relevés collectés tout au long du mois d'avril 2020 aux États-Unis.  

Le nombre de nouveaux cas de Covid-19 connaît un regain inquiétant depuis le mois d'août. Ainsi, 5.413 nouveaux cas ont été enregistrés au 30 août, des niveaux qui dépassent ceux du mois d'avril au plus fort de l'épidémie. Pourtant, le nombre de morts est décorrélé de cette hausse : depuis juillet, on plafonne à une quinzaine de décès quotidiens et la courbe ne décolle pas. De même, les nouvelles hospitalisations liées à la Covid-19, qui reflètent les cas graves, plafonnent à 140 par jour en août contre 2.600 au plus fort de la crise en avril. Si ce coronavirus reste décidément bien mystérieux, plusieurs explications peuvent être avancées.

Une mutation qui rend le virus moins virulent ?

Suite à la parution d'une étude en juillet affirmant avoir découvert un variant du SARS-CoV-2 contenant une mutation affectant une protéine clé du virus, certains ont émis l'hypothèse d'un virus devenu plus infectieux mais moins virulent. Une piste jugée prématurée par la plupart des spécialistes. « On ne peut pas déduire que la mutation rend le virus moins virulent, seulement qu'il a muté », tranche Uzma Hasan, spécialiste en immunité à l'Inserm. Un article de bioRxiv, qui a étudié 46.700 génomes de SARS-CoV-2, conclut d'ailleurs « qu'aucune des mutations ne peut être associée à une hausse de transmissibilité », et qu'elles sont induites par le système immunitaire et non par une quelconque adaptation à l'Homme. L'hypothèse d'une moindre virulence reste cependant plausible d'un point de vue évolutionniste (le virus a intérêt à infecter un maximum d'hôtes mais pas à les tuer).

Une meilleure politique de dépistage ?

Alors qu'au début de l'épidémie les tests étaient réservés aux cas les plus graves ou symptomatiques, la détection de cas se fait aujourd'hui à bien plus grande échelle. Mi-mars, à peine 5.000 tests étaient menés quotidiennement contre plus de 90.000 tests par jour fin août. Mécaniquement, plus on cherche et plus on trouve ! Or, le taux de mortalité dépend bien sûr du numérateur (nombre de morts) mais surtout du dénominateur (nombre de cas positifs). Cela explique des taux de mortalité qui ont grandement évolué depuis le début de l'épidémie. Le 12 mars, la revue The Lancet l'estimait à 5,6 % pour la Chine et jusqu'à 15,2 % pour le reste du monde. Les spécialistes l'estiment aujourd'hui plutôt autour de 0,5 % voire 0,2 %.
 

Les statistiques du coronavirus en France au 30 août 2020.

Les jeunes davantage touchés ?

C'est un fait : la moyenne d'âge des personnes détectées positives est de 34 ans aujourd'hui contre 62,5 ans au 31 mars. Or, on sait que les jeunes sont peu touchés par les formes graves. D’après Mircea Sofonea, spécialiste des maladies infectieuses à l'université de Montpellier, la modification de la répartition de circulation du virus dans la population a entraîné une baisse de la létalité de la Covid-19 de 46 % par rapport à ce qu'elle aurait été si le virus s'était transmis de la même manière qu'en mai. Si de nombreux scientifiques invoquent un relâchement des gestes barrières chez les jeunes, l'explication du nombre de cas en hausse dans cette catégorie procède aussi d'un effet statistique, précise Uzma Hasan. « Il est beaucoup plus facile d'obtenir un test aujourd'hui, ce qui signifie que les personnes avec des cas plus légers ou même asymptomatiques découvrent qu'elles ont le virus ». Autrement dit, la hausse des contaminations chez les jeunes serait en trompe l'œil. Ce qui revient alors à se demander pourquoi on observe moins de morts.

Une immunité acquise ?

Le cas d'un patient de Hong Kong réinfecté une seconde fois au coronavirus avec une forme asymptomatique suggère que le corps développerait une protection contre des formes graves. « Bien que l'immunité ne soit pas suffisante pour bloquer la réinfection, elle protège peut-être la personne de la maladie », suppose Uzma Hasan. Des personnes auraient ainsi été exposées au coronavirus sans le savoir, et seraient à présent testées positives avec des formes légères ou asymtomatiques. Une récente étude allemande a également mis en avant une immunité croisée possible avec d'autres coronavirus du rhume. Une troisième étude publiée dans la revue Science le 4 août relate de son côté que certains individus n'ayant encore jamais été infectés disposent d'une forme d'immunité cellulaire liée aux lymphocytes T. Tout cela expliquerait là encore pourquoi certaines personnes ne montrent que des symptômes bénins.

Le nombre de patients en réanimation liés à la Covid-19 n’augmente pas.

Une meilleure prise en charge des patients ?

Même si aucun traitement thérapeutique n'a encore fait la preuve d'une efficacité indéniable, il existe certains médicaments qui semblent prometteurs, à l'instar de la dexaméthasone, un stéroïde connu pour réduire la réponse inflammatoire dans les cas graves, avance Uzma Hasan. « Le traitement aux corticoïdes n'est pas cher et montre des résultats positifs ; c'est le seul qui ait un effet convaincant », confirme Antoine Vieillard-Baron, chef du service de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Ambroise-Paré de l'AP-HP. De même, alors que huit patients sur dix étaient mis sous ventilation mécanique au plus fort de la crise, cette proportion n'est plus que de trois patients sur dix à l'AP-HP, indique le médecin. Au lieu d'intuber automatiquement les malades quand ils atteignent un seuil clinique, les réanimateurs recourent à présent à des méthodes moins invasives, ce qui augmente les chances de survie.

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