Protéine de pointe du coronavirus SARS-CoV-2, qui sert aux anticorps à identifier et neutraliser le virus. © NIAID
Santé

Covid-19 : des anticorps du SRAS de 2003 pourraient-ils combattre le coronavirus ?

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Un anticorps présent chez un patient infecté par le SRAS en 2003 montre une bonne efficacité contre le nouveau coronavirus de la Covid-19. Cet anticorps « universel » pourrait être utilisé en traitement contre le virus actuel et conférer une immunité même en cas de possible mutation. Une découverte qui rebat aussi les cartes en matière de durée d'immunité.

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[EN VIDÉO] Sommes-nous protégés après une infection à SARS-CoV-2 ?  La ré-émergence de cas déjà infectés en Corée du Sud fait craindre une immunité faible après une infection au SARS-CoV-2. Alors que savons-nous de la réponse anticorps générée par notre organisme ? Tour d'horizon du sujet dans cette vidéo avec deux experts. 

Beaucoup s'interrogent sur la durée de l'immunité conférée par les anticorps après une infection au coronavirus de la Covid-19. Trois mois ? Six mois ? Un an ? Et pourquoi pas... 17 ans ? Des chercheurs de l'école de médecine de l'université de New York (UW Medecine) ont identifié des anticorps neutralisants chez un patient ayant été infecté par le SARS-CoV lors de l'épidémie de 2003. Encore mieux : un des anticorps s'est révélé efficace contre le SARS-CoV-2 actuel, du moins in vitro, selon une étude parue dans Nature le 18 mai.

SARS-CoV-1 et SARS-CoV-2 : de nombreux points communs

Les deux coronavirus partagent en effet beaucoup de points communs. Tous deux appartiennent au sous-genre des sarbocovirus. Quelque 80 % de leurs acides aminés codant pour les protéines de surface, celles qui servent aux cellules immunitaires à identifier le virus, sont identiques. Comme le SARS-CoV, le SARS-CoV-2 utilise le récepteur ACE2 pour s'attacher à la surface de la cellule à infecter. De quoi penser que certains anticorps efficaces contre le SARS de 2003 peuvent aussi agir contre le nouveau coronavirus. Pour le vérifier, les chercheurs de l'UW Medecine, en collaboration avec la startup californienne Vir Biotechnology, ont prélevé chez le patient des cellules immunitaires B, celles qui « enregistrent » le passage du virus dans l'organisme et produisent les anticorps pour le combattre.

Ils ont cherché parmi les anticorps produits par ces cellules et visant les protéines de surface et découvert que l'un deux, nommé S309, permet de neutraliser le nouveau coronavirus en s'attaquant à une section de la protéine de surface à proximité du site de fixation à la cellule hôte. « Cet anticorps reconnaît un site de liaison conservé par de nombreux sarbocovirus, et pas seulement par les virus du SRAS et Covid-19. C'est probablement la raison pour laquelle il est capable d'agir contre tous les coronavirus apparentés », explique David Veesler, biochimiste à l'UW Medecine. Cet anticorps serait également une assurance contre une possible mutation du coronavirus. « Même si le Sars-CoV-2 continue d'évoluer, il pourrait être assez difficile pour lui de devenir résistant à l'activité neutralisante du S309 », corrobore Herbert Virgin, le directeur scientifique de Vir. « De plus, le S309 a un puissant effet in vitro qui engage le recrutement de tout le reste du système immunitaire pour tuer les cellules déjà infectées », complète-t-il.

L’anticorps S309 se lie à une protéine de surface du SARS-CoV-2 et empêche ce dernier de se lier au récepteur ACE2 de la cellule hôte. © Dora Pinto et al, Nature, 2020

Un anticorps potentiel candidat pour un traitement

Si l'anticorps s'avère efficace lors de tests sur les organismes vivants, il pourrait constituer une nouvelle piste de traitement, anticipe David Veesler. De nombreux laboratoires et startups travaillent déjà sur des cocktails d’anticorps contre le SARS-CoV-2. « Mais les recherches se concentrent sur des anticorps de patients ayant eu la Covid-19, alors qu'ici on parle d'un patient qui a développé le SARS il y a 17 ans, ce qui nous permet d'identifier les anticorps efficaces beaucoup plus rapidement ». Durant les tests, la réponse immunitaire contre le SARS-CoV-2 a encore été améliorée en combinant cet anticorps avec d'autres. Vir Biotechnology a déjà lancé la production de ces cocktails avec le laboratoire GlaxoSmithKline.

Les patients infectés en 2003 sont-ils immunisés contre la Covid-19 ?

Difficile de conclure que les patients ayant attrapé le SARS en 2003 sont immunisés contre la Covid-19. L'étude publiée ici ne concerne qu'un seul cas et qu'un seul anticorps. De plus, les tests ont été menés uniquement in vitro. Une étude de 2011 indique que le niveau de cellules B ayant enregistré la mémoire immunitaire du SARS-CoV-1 est « insignifiant » six ans après l'infection chez 21 des 23 patients analysés. Néanmoins, des lymphocytes T réactifs au SARS-CoV-1 (qui reconnaissent et détruisent le virus mais ne produisent pas d'anticorps) ont été détectés chez 61 % des patients, en particulier ceux ayant souffert de formes sévères de l'infection. Une autre méta-étude de mars 2020 indique que 90 % des patients possèdent encore des anticorps IgG et des anticorps neutralisants deux ans après l'infection, bien que le niveau soit en nette diminution. « Étant donné que l'épidémie de SARS a eu lieu il y a 17 ans, le niveau d'anticorps est probablement insuffisant pour assurer une protection contre le SRAS-CoV-2 », mettent en garde les auteurs, qui notent cependant que les vaccins expérimentaux développés contre le SARS-CoV pourraient être efficaces contre la Covid-19.

  • Un anticorps chez un patient infecté par le SRAS en 2003 se révèle efficace contre le nouveau coronavirus dans les tests in vitro.
  • Cet anticorps « universel » pourrait être utilisé pour un traitement contre la Covid-19 et anticiper une possible mutation.
  • Il est cependant peu probable que les patients atteints du SRAS en 2003 soient immunisés contre la Covid-19.
Pour en savoir plus

L'immunité après le Covid-19 : enfin des données rassurantes

Article de Julien Hernandez, publié le 5 mai 2020

Une expérience chinoise récemment publiée montre qu'il y a globalement une bonne réponse immunitaire humorale (anticorps) et cellulaire (lymphocytes) chez les patients guéris du Covid-19. De quoi réduire un peu nos incertitudes à ce sujet et nous rassurer.

Le doute et l'incertitude planaient concernant la réponse immunitaire des patients guéris du Covid-19. En effet, divers cas de ce qui semblait être une deuxième infection (même si d'autres hypothèses étaient envisageables) ont été rapportés de part le monde. De plus, les quelques expériences pré-publiées sur le sujet étaient plus ou moins rassurantes. Une étude récemment parue dans la revue Immunity soulève un peu le voile brumeux qui régne sur la question.

Une réponse immunitaire globale chez la majorité des patients

Cette récente étude a comparé les différentes réponses immunitaires grâce à des analyses d'échantillons sanguins effectuées chez différentes personnes qui, soit étaient récemment guéries, soit guéries depuis quelques semaines ou jamais infectées par le SARS-CoV-2. Les résultats sont plutôt rassurants. En effet, la majorité des anciens infectés ont développé des anticorps spécifiques au SARS-CoV-2, notamment des anti-corps anti-protéine S, l'une des fameuses protéines qui permet au virus d'infecter nos cellules. En revanche, trop peu d'anticorps dirigés vers d'autres protéines du virus ont été produits ; ces productions se notent seulement chez deux patients.

Les scientifiques ont aussi mis en lumière chez la majorité des patients une forte réponse immunitaire cellulaire via les lymphocytes T et ils notent une corrélation importante entre cette réponse et le développement d'anticorps neutralisants. La présence accrue de lymphocytes natural killer (NK) et de médiateurs de l'immunité innée a également était observée. Cette réponse immunitaire semble pouvoir agir sur l'ensemble des protéines virales du SARS-CoV-2, contrairement aux anticorps produits qui sont souvent spécifiques à une seule protéine.

Grâce à ces divers mécanismes de défense, une nouvelle infection au SARS-CoV-2 semble peu probable tant qu'ils sont présents. Le seul point regrettable est le petit échantillon de patients, seulement quatorze, mais les batteries de tests effectuées sont longues et coûteuses, et les réaliser sur beaucoup de patients aurait été difficilement réalisable.

La majorité des patients ont une protection contre le SARS-CoV-2 après infection. © ustas, Adobe Stock

Des pistes pour une meilleure compréhension

Les auteurs concluent leur article ainsi : « Nos travaux fournissent une base pour une analyse plus approfondie de l'immunité protectrice contre le SRAS-CoV-2 et la compréhension de la pathogenèse de Covid-19, en particulier dans les cas graves. Il aura également des implications dans le développement d'un vaccin efficace contre l'infection par le SRAS-CoV-2. » En effet, grâce à leur étude, on en sait un peu plus sur l'immunité après infection au SARS-CoV-2 et la façon dont les différents remparts de l'immunité réagissent à l'infection.

L'ensemble des études sur l'immunité acquise naturellement donne des pistes pour d'éventuels vaccins. Se concentrer sur la protéine S a déjà donné de bons résultats chez la souris. Ainsi, on pourrait imaginer un vaccin cherchant à activer la réponse anti-virale des lymphocytes T, associé à une protection plus large et corrélée à un taux d'anticorps neutralisants supérieurs dans cette étude. La recherche sur les vaccins est en cours et s'accélère grandement dans le monde même s'il faut du temps pour les tester et les produire. Pour approfondir ce sujet, un récent article paru dans la revue Naturenous montre en infographie les différents mécanismes et les différentes pistes explorées pour un vaccin.

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