Coronavirus : la vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. © Андрей Яланский, Adobe Stock

Santé

Coronavirus : les flips flops de la science

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Porter un masque est inutile. Les tests sont la clé du déconfinement. Les personnes touchées par le coronavirus sont immunisées contre l'infection. Les enfants propagent le virus. L'épidémie va disparaître à l'été. Toutes ces infos ont été successivement remises en cause quelques semaines après nous avoir été communiquées. Pourquoi une telle cacophonie ?

Alors que les scientifiques, censés apporter un avis éclairé et objectif, ont envahi les plateaux de télévision et les pages Internet, nous sommes assaillis d'avis et de chiffres contradictoires concernant l'épidémie de Covid-19. Immunité, masques, mortalité, tests de dépistage... Jamais la science n'avait produit autant d'études en si peu de temps et jamais autant elles n'ont paru aussi opposées. Pas sûr du coup qu'« inonder Internet de faits et de données scientifiques » soit le meilleur moyen pour combattre les infox, comme le suggère le Secrétaire général de l'ONU. Dans les inondations, on risque fort de se noyer. Retour sur les principales cacophonies entourant le coronavirus.

Patients asymptomatiques : combien sont-ils ?

« Avec la grippe, les personnes infectées mais asymptomatiques sont des moteurs de transmission importants, ce qui ne semble pas être le cas avec le Covid-19. Des données chinoises montrent que seulement 1 % des cas rapportés sont asymptomatiques, et la plupart des cas développent des symptômes dans les deux jours suivant l'infection », indiquait le directeur général de l'OMS le 3 mars dernier. Un chiffre drastiquement revu à la hausse par la suite. Quatre personnes infectées sur cinq seraient asymptomatiques, affirme un article du BMJ paru en avril. Selon les études, les chiffres font le grand écart entre 4 % et 70 %. Une étude menée dans des prisons américaines indique carrément 96 % de cas asymptomatiques. La réalité, c'est que personne n'en sait rien et qu'il est donc impossible de connaître le nombre de personnes déjà touchées.

Immunité : est-on protégé quand on a guéri ?

Une personne infectée par le coronavirus développe en principe des anticorps capables de prévenir une nouvelle infection. C'est sur la base de ce présupposé que de nombreux médecins ont établi le concept « d'immunité collective », qui indique que l'épidémie ne pourra être véritablement stoppée que lorsque 70 % de la population aura été infectée, donc protégée. Sauf que depuis, le doute s'est installé. « Certaines des personnes [qui ont guéri du Covid-19] ont des niveaux très faibles d'anticorps dans le sang. Aucune étude n'a permis d'établir si celle-ci est suffisante pour empêcher une nouvelle infection », met en garde l'OMS. De plus, tous les anticorps ne sont pas capables de neutraliser le virus. Selon une étude chinoise, 30 % des patients guéris ont développé de très faibles titres en anticorps neutralisants. Or, « on ignore si [ces patients] à faibles titres d'anticorps neutralisants sont à risque élevé de rebond de l'infection virale ou de réinfection », note la Haute autorité de santé (HAS). L'incertitude demeure aussi sur la durée d'immunisation : trois mois ? Un an ? Plusieurs années ?

Les anticorps acquis après l’infection protègent-ils vraiment du coronavirus ? © Jason Busa, Adobe Stock

Confinement : une vision à courte vue ?

Selon une étude de l'Imperial College de Londres publiée en mars, le confinement en Europe aurait permis d’éviter jusqu’à 120.000 morts. Une autre étude de l'École des Hautes études en Santé publique évoque 60.000 vies sauvées rien qu'en France. Sauf que les rares pays n'ayant pas adopté de mesures strictes s'en sortent plutôt bien. La Suède, par exemple, enregistre à peine 3.175 morts contre plus de 26.000 en France. D'autres experts estiment même que le confinement pourrait avoir plus d'effets négatifs que positifs, en dissuadant les malades chroniques ou les victimes d'AVC de se rendre à l'hôpital. Un membre du gouvernement britannique cité par le Financial Times regrette qu'on ait mis « tous les œufs dans le même panier [du Covid-19] plutôt que de voir l'impact général sur la santé ». Les médecins s'alarment aussi sur les conséquences à long terme du confinement en matière de santé mentale. Sans compter les répercussions économiques qui vont plonger de nombreuses personnes dans la pauvreté.

Taux de mortalité : alarmant ou insignifiant ?

Le 21 janvier, un article du Journal of Medical Virology calculait le taux de mortalité du nouveau coronavirus à 9,6 %. Quinze jours après, l'OMS revoyait déjà à la baisse ce taux indiquant une mortalité « dix fois plus élevée que la grippe », avec 3,4 % de décès parmi les patients atteints du Covid-19. Au fur et à mesure de la dissémination de la pandémie et selon les statistiques de chaque pays, il n'a cessé de changer. En France, on compte 26.000 décès pour 175.000 cas, ce qui donne un taux de mortalité de 14,9 % environ. Mais il est de 5,6 % en Chine, de 2,7 % en Allemagne ou de 0,1 % à Singapour. Une étude de l’université de Stanford aboutit, elle, à un taux de mortalité entre 0,12 % et 0,2 %, certains experts évoquant même 0,04 %... soit moins que la grippe. Tous ces chiffres reposent sur le nombre hypothétique de personnes contaminées, qui dépend lui-même du nombre de tests menés ou d'extrapolations hasardeuses.

Taux de mortalité du Covid-19 dans une sélection de pays. © Our World in Data

Tests de dépistage : indispensables ou inutiles ?

« Le déconfinement provoquera une nouvelle vague épidémique si une politique massive de tests et d'isolement des personnes infectées n'est pas mise en place », affirmait une étude de l'Inserm en avril. « L'objectif est clair : tester, tester, tester », renchérissait Olivier Véran le 25 mars. Présentée comme la clé de la réussite de certains pays comme l'Allemagne à contenir l'épidémie, l'utilité des tests est pourtant aujourd'hui remise en cause, du fait de leur manque de fiabilité. Certains tests sérologiques ont ainsi un taux de 40 % de faux négatifs (personnes qui produisent des anticorps qui ne sont pas détectés). Le 2 avril dernier, la Haute Autorité de santé (HAS) recommandait la prudence dans l'utilisation des tests sérologiques pour la délivrance d'un passeport immunitaire. « On ne sait pas encore de façon fiable quelle protection [les anticorps] confèrent aux gens qui ont contracté le virus », explique Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, « ce qui nous a amenés à exclure un dépistage dans la population générale ».

Effet saisonnier : le virus va-t-il disparaître cet été ?

« D'ici avril, ou au cours du mois d'avril, la chaleur en général tue ce genre de virus », déclarait Donald Trump le 11 février dernier à propos du SARS-CoV-2. Depuis, les revirements n'ont pas cessé sur la sensibilité ou pas du coronavirus à la chaleur. Les chercheurs se sont d'abord montrés très prudents, indiquant par exemple que d'autres épidémies de coronavirus, comme le MERS, s'étaient propagées dans des pays chauds comme l'Arabie saoudite. « In vitrole virus se multiplie très bien dans la chaleur », indiquait également le directeur des Affaires internationales à l'Institut Pasteur Pierre-Marie Girard sur RFI. Mais de nombreuses études ont monté de leur côté que le virus survit davantage dans des environnements froids et secs plutôt que chauds et humides. Le 24 avril, le directeur du département américain de la Sécurité intérieure Bill Bryan relatait les résultats d'une étude indiquant « l'effet puissant que semble avoir la lumière du soleil pour tuer le virus, aussi bien sur des surfaces que dans l'air ».

Le coronavirus serait sensible à la chaleur et aux UV. © Nuthawut, Adobe Stock

Port du masque : utile ou contre-productif ?

Les masques sont-ils un élément crucial pour lutter contre la propagation de l'épidémie ou font-ils au contraire plus de mal que de bien ? « Le port du masque n'ayant pas voyagé dans les zones à risque n'est pas recommandé car son efficacité n'est pas démontrée », affirmait en février le ministre de la Santé, Olivier Véran. L'OMS pointait pour sa part que le port du masque était inutile pour les personnes saines, non porteuses du virus. Depuis, le masque est devenu l'objet fétiche du déconfinement, l'Académie de médecine prônant même de le rendre obligatoire partout dans l'espace public. Une polémique qui a certainement retardé les commandes et la fabrication en masse et qui explique que 31 % des Français refuseront de porter un masque à leur travail selon une enquête Deskeo.

Les enfants : super propagateurs ou peu infectieux ?

Si l'on sait depuis le début de l'épidémie de Covid-19 que les enfants sont minoritaires parmi les cas confirmés, leur rôle dans la propagation de l’épidémie reste à ce jour controversé. Une étude publiée dans The Lancet indique par exemple que « les enfants sont aussi susceptibles d'être infectés que les adultes », et même s'ils développent moins de symptômes, « présentent un risque similaire d'infection que le reste de la population ». Plusieurs études indiquent au contraire que les enfants sont peu propagateurs de l'épidémie. Le site Don't forget the bubbles, spécialisé dans la pédiatrie, n'a ainsi recensé aucun cas d'enfant qui aurait transmis le coronavirus à quelqu'un d'autre parmi les articles scientifiques. « Chez les moins de 10 ans, la maladie est probablement moins sévère que chez les adultes, à savoir qu'ils sont moins susceptibles à l'infection et moins contagieux », a estimé l'épidémiologiste Arnaud Fontanet lors d'une audition parlementaire le 30 avril. Cela pourrait provenir d'une charge virale plus faible ou parce qu'ils ont moins de symptômes (ils ne toussent pas, par exemple).

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