Planète

Sonar et pollution sonore de la mer : quel danger pour les cétacés ?

Dossier - Les cétacés, nos cousins des mers
DossierClassé sous :zoologie , cétacé , cétacés

-

Plongez dans le monde fascinant de nos océans et de nos fleuves. Une immersion dans l'univers marin vous permettra de découvrir les cétacés, des prédateurs méconnus, les aptitudes de ces mammifères marins si menacés, aux facultés extraordinaires.

  
DossiersLes cétacés, nos cousins des mers
 

Pour les cétacés, le milieu marin est un monde de sons, principal moyen de perception et de communication, faute de lumière. Depuis la conquête du milieu marin, le bruit n'a cessé d'y augmenter.

Le trafic maritime a engendré une pollution sonore pour les espèces marines. ©mhowry, Flickr, cc by 2.0

Le son se propage particulièrement bien sous l'eau, l'atténuation due à l'absorption et à la diffusion est beaucoup plus faible que pour les ondes électromagnétiques. Les ondes acoustiques constituent le meilleur moyen de transmission sous l'eau. Les longueurs d'onde couramment rencontrées dans l'océan s'étendent du millimètre à environ 50 mètres. La vitesse du son dans l'eau étant approximativement égale à 1500 m.s-1, cela correspond à des fréquences de 30 Hz à 1,5 Mhz (la limite audible pour l'Homme est de 20 Khz). Ce sonar envoie des sons de 235 dB à 100-500 hertz qui se propagent à des centaines de kilomètres. Par comparaison, une baleine émet des sons de 185 dB et l'oreille humaine supporte un son de 160 dB maximum.

Il n'y a pas que l'US Navy, l'Otan fait des essais en Méditerranée, mais les États-Unis veulent déployer le système LFAS sur 80 % des océans : 4 bateaux suffiraient... Une polémique est ouverte sur le LFAS (Low Frequency Active Sonar) construit par l'US Navy. Associations et scientifiques militent en défaveur de cet outil qui provoque des échouages de cétacés : cette fois-ci c'est certain !

L'écholocation des cétacés 

Les mammifères marins utilisent l'écholocation pour le contact, la surveillance des jeunes, le déplacement et la nourriture. Le cachalot chasse le calmar à 1.000 mètres de profondeur. Le spectre audible du dauphin s'étend de 100 Hz à 150 kHz (Homme 20Hz à 20kHz). L'écholocation implique l'émission de sons de forte puissance et la réception d'échos très affaiblis. Ce qui nécessite un appareil auditif sensible protégé lors de l'émission, comme avec les chauves-souris. Les cétacés ont des sinus aériens et des tissus mous autour de leur tympan fixé par des ligaments amortisseurs.

Organe émetteur du son chez le dauphin. © DR, traduction Futura-Sciences

Le problème des sonars

Quelques exemples d'échouages constatés suite à des essais de LFAS :

  • Otan, Méditerranée 1996, 150 dB, 12 baleines à bec de Cuvier ;
  • US Navy, côtes californiennes, 1997, 3 baleines et 1 cachalot dans la zone ;
  • US Navy, Bahamas, 2000, 2,8 à 3,5 kHz, 235 dB, 17 cétacés.

Cette dernière fois, un scientifique, Ken Balcomb, de l'Observatoire marin des Bahamas, récupère la tête de deux individus et constate une altération du système d'écholocation. Il a montré que la mort des baleines était due à ce phénomène qui a déchiré les tissus situés à proximité des oreilles et du cerveau.

Différents tests effectués par l'US Navy, au large d'Hawaï, montrent une concentration de requins marteaux, une désertion des baleines et la séparation de plusieurs jeunes de leur mère. Mais la Navy est juge et partie dans cette histoire et finance (presque) toute la recherche sur les cétacés aux États-Unis, et ne se gêne pas pour imposer le silence à ses chercheurs en cas de besoin (devoir de réserve !)

Les travaux de Johnson semblent indiquer que les variations de fréquence et de niveaux ne sont pas suffisantes pour provoquer des lésions, certaines baleines bleues ou à bosse émettent des sons équivalents à ceux du sonar à basse fréquence mais  un son constant qui engendre un effet de résonance... et cela dépend aussi des espèces sans doute...

Patrick Miller, de l'Institut océanographique de Woods Hole dans le Massachussets, et son équipe ont coopéré avec l'US Navy (matériel) pour mener leurs recherches. Ils ont suivi seize mâles, sans sonar, puis avec. Pendant la saison de reproduction, seuls les mâles « chantent ». Le comportement des baleines a été transformé quand ils étaient exposés au sonar LFA (basse fréquence). Ces sonars utilisés pour repérer des sous-marins peuvent produire un son semblable à celui d'une explosion quand ils touchent les fonds marins. Or l'altération du « chant » peut altérer la démographie.

Il faut donc s'inquiéter du bruit que fait l'Homme dans les eaux sous-marines. Sécurité nationale et respect de l'environnement : est-ce conciliable ? Mais à quel prix ?  La Navy a reconnu les faits, mais après le 11 septembre, difficile de remettre en cause la sécurité nationale !

On recense de nombreux problèmes concernant les cétacés, même si on ne peut pas encore prouver que les sonars en sont totalement responsables : dégâts physiques, stress, sensibilité aux maladies, perte ou atteinte, temporaire ou permanente, de l'ouïe (Balcomb), mort par atteinte des tissus et des organes, avec hémorragies internes (poumons, oreilles internes), mort directe à proximité immédiate de la source,  perturbations du comportement, problèmes de communication, changements de la route de migration (US Navy), changement des vocalisations chez les baleines bleues et les rorquals communs (US Navy).

Les bancs de poissons sont aussi concernés, voir à ce sujet un site (en allemand et en anglais, mais bien fait) http://www.sounds-of-seas.com

Il y a aussi le transport maritime, les industries minières, la thermométrie acoustique et les pêcheries. Une coopération internationale et des normes devraient être développées pour lutter contre la pollution sonore dans les océans. Notre développement doit se réaliser avec la nature.

Texte tiré du site du LFAS.