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Des insectes au menu des animaux ? C'est l’avenir, selon Ynsect

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Les insectes ne sont pas encore autorisés pour l'alimentation humaine en Europe. Jean-Gabriel Levon croit pourtant à l'essor de ce secteur, et a fondé la société Ynsect qui produit des farines d'insectes destinées aux animaux. Interviewé par Futura-Sciences, il nous éclaire sur les enjeux de son entreprise et les raisons pour lesquelles il pense que les insectes constituent une source nutritionnelle intéressante.

Selon l'OMS, les insectes représenteraient une solution pour répondre au problème de la faim dans le monde. Ils ne sont pour le moment pas autorisés en France pour la consommation humaine. La société Ynsect a choisi d'en produire pour nourrir certains animaux d'élevages. L'entreprise a opté pour les coléoptères (dont on voit ici un représentant, qui ne fait pas partie des espèces cultivées) et les diptères, des groupes déjà largement utilisés dans le monde pour la nutrition animale. © Pixabay, DP

Avec l'accroissement de la population mondiale, les besoins nutritionnels de la planète augmentent. Pour les satisfaire, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) recommande l'introduction d’insectes dans les menus. Nutritifs et peu nocifs pour l'environnement, ils représenteraient une des solutions possibles au problème de la faim dans le monde. D'ailleurs, les insectes remplissent déjà les assiettes de nombreux pays et nourrissent deux milliards de personnes, selon la FAO.

Criquets et cigales n'apparaîtront pourtant pas tout de suite dans les rayons des supermarchés français. En effet, pour le moment les institutions européennes n'ont pas autorisé la mise sur le marché des insectes pour la consommation humaine, même si elle est tolérée dans certains restaurants atypiques. Il en fallait plus pour décourager Jean-Gabriel Levon, président d'Ynsect, une société qui produit des insectes pour l'alimentation animale.

Futura-Sciences : Quels sont les avantages de la consommation d’insectes ?

Jean-Gabriel Levon : Nous lisons et entendons beaucoup d'arguments erronés sur l'efficacité environnementale et nutritive des insectes, ainsi que sur leurs bienfaits pour la santé. Il se dit par exemple que les insectes sont riches en oméga 3, mais c'est faux. De la même manière, on entend souvent parler de l'efficacité de l'insecte en termes de bioconversion protéique, par rapport à d'autres élevages animaux. Il est vrai que les insectes ont des besoins énergétiques moindres. Cependant, la production d'insectes est pour le moment beaucoup moins bien optimisée que celle des poissons ou des volailles par exemple. L'industrie de l'insecte doit donc rattraper son retard sur d'autres filières d’élevage pour arriver à une optimisation équivalente. Ces éléments mis de côté, les avantages nutritionnels de l'insecte sont similaires à ceux de viandes et de poissons gras, riches en lipides et en protéines. Ils représentent donc une alternative très intéressante à d'autres ingrédients riches en protéines.

Comment a émergé l’idée de création de votre entreprise ?

Jean-Gabriel Levon : L'entreprise Ynsect est née en 2011 d'un constat simple : les techniques de production d'insectes sont encore relativement artisanales, et ne peuvent répondre qu'aux besoins de certains secteurs spécialisés comme les zoos ou les animaleries. En améliorant les technologies de production, nous pensons pouvoir toucher de nouveaux marchés, tels que la nutrition de certains animaux d'élevages et de compagnie. Au cours des années 2012 et 2013, nous nous sommes principalement consacrés à la recherche et au développement de nouvelles techniques de production d'insectes et à l'établissement de tests avec nos clients potentiels. Nous sommes aujourd'hui presque à la fin de cette première phase de recherche durant laquelle a émergé notre concept de « bioraffinerie d'insectes ». La prochaine étape aura lieu l'année prochaine avec la construction d'une première unité de production à l'échelle industrielle.

Les insectes ne sont pas encore dans les assiettes européennes. Pour que les restaurants servent un tel plat de chenilles, il faudra commencer par faire tomber des barrières administratives et culturelles. © Flying Pterodactyl, Flickr, cc by nc nd 2.0

Pourquoi un intérêt si marqué pour l’alimentation animale et moindre pour l’alimentation humaine ?

Jean-Gabriel Levon : Plusieurs raisons nous ont poussés à nous consacrer principalement à l'alimentation animale. Tout d'abord, il nous a semblé naturel de nourrir avec des insectes certains animaux comme les poissons et les volailles, qui sont insectivores. D'autre part, nous souhaitons proposer aux éleveurs une nouvelle source protéique pour leurs animaux. En effet, pour le moment 75 % des protéines consommées par les animaux d'élevage en Europe sont importées, le tourteau [agrégat de graines ou de résidus de l'industrie de l'huilerie, NDLR] de soja OGM constituant la part protéique majoritaire de leur alimentation. Les insectes pourraient représenter une source nutritive alternative pour ces animaux.

Plusieurs obstacles nous empêchent pour le moment de nous consacrer à l'alimentation humaine. Il est encore interdit en Europe de commercialiser des produits à base d'insectes pour l'alimentation humaine, sauf exception après validation par la Commission européenne qui encadre très strictement l'introduction de nouvelles denrées alimentaires. Le carmin, un colorant rouge issu du broyage de la cochenille, est la seule source nutritionnelle à base d'insecte autorisée.

Le second écueil est d'ordre culturel. Plusieurs études, françaises et néerlandaises notamment, montrent que l'introduction d'insectes dans les assiettes européennes n'est pas pour demain. Au démarrage de la création d'Ynsect, nous avons exploré la piste de l'alimentation humaine et cette idée nous accompagne toujours. Des essais ont d'ailleurs conduit à la création de prototypes prometteurs. Il nous faut cependant faire preuve de patience et attendre que les Français soient prêts pour ce type d'alimentation.

Quels insectes utilisez-vous ?

Jean-Gabriel Levon : De par le monde, les espèces les plus utilisées pour la nutrition animale sont les coléoptères, les vers à soie et les diptères. Chez Ynsect, nous étudions en particulier les coléoptères et les diptères. Nous sélectionnons des espèces locales qui doivent remplir plusieurs critères. L'exposition prolongée à ces insectes ne doit comporter aucun risque professionnel, et il est essentiel que leur consommation ne soit pas nocive pour les animaux et les humains. Ensuite, il est primordial que le risque de dissémination dans l'environnement soit facilement contrôlable et limité au maximum. Dans l'hypothèse où la dissémination de quelques individus aurait lieu, les espèces ne doivent pas constituer une menace pour les écosystèmes locaux ou les activités humaines.

Une fois ces conditions remplies, nous choisissons nos insectes afin que la chaîne de production soit la plus efficace et la plus rentable possible.

L'entreprise Ynsect pratique l'élevage de coléoptères (le plus grand groupe d'insectes, avec les scarabées, les hannetons et coccinelles) et de diptères (dont font partie les mouches, les moustiques et les taons dont on voit ici une tête agrandie). © Dagwald, Flickr, cc by nc sa 2.0

Pouvez-vous nous expliquer votre concept de bioraffinerie d’insectes ?

Jean-Gabriel Levon : Nous produisons des insectes en masse et nous cherchons à optimiser le rendement, c'est-à-dire à obtenir le plus de composés utilisables avec le moins de déchets possible. Pour cela, nous utilisons des espèces ayant une physiologie optimale. Nous les nourrissons avec des matières autorisées, et non avec des déchets, car certains peuvent contenir des produits dangereux pour la santé. Nous nous intéressons cependant à certaines catégories de déchets qui ne sont pas toxiques. Leur utilisation n'est pour le moment pas autorisée par la réglementation mais pourrait le devenir.

À quels types d’animaux sont destinés les insectes ?

Jean-Gabriel Levon : Les insectes sont destinés aux animaux qui en consomment naturellement. C'est le cas de certains poissons, volailles, et animaux de compagnie. Nous sommes en contact avec des entreprises de différents secteurs comme l'aquaculture, l'aviculture et la nourriture pour animaux de compagnie. Nous ne voulons pas utiliser d'insectes pour l'alimentation des bovins, qui ne se nourrissent pas naturellement de protéines animales.

Quelles sont vos actions en matière de recherche et développement ?

Jean-Gabriel Levon : Nous avons développé des partenariats avec des centres de recherche français et européens, notamment dans le cadre d'un projet nommé Desirable, qui rassemble AgroParisTech, le CNRS, l'Inra, le CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives) et l'Irstea (Institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture). Ce projet s'intéresse au processus global de fabrication des insectes, depuis l'élevage jusqu'à l'alimentation de poissons et volailles. Cette étude est suivie par plusieurs associations de consommateurs et par des institutions publiques intéressées par le sujet.

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