L’âge est le principal facteur de risque de la Covid. © Gorodenkoff, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : pourquoi les personnes âgées sont-elles plus à risque ?

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Chez les personnes âgées et atteintes de comorbidités comme le diabète, le risque d'hospitalisation et de décès de la Covid-19 est considérablement accru. Des chercheurs viennent de découvrir un nouveau mécanisme sous-jacent à cette élévation du risque, qui pourrait également constituer une piste de traitement intéressante.

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[EN VIDÉO] 22 % de la population serait plus vulnérable aux complications de la Covid-19  Environ 1,7 milliard de personnes, soit 22 % de la population mondiale, seraient atteintes de troubles de la santé susceptibles de causer des complications en cas d'infection par le virus Covid-19. C'est le résultat d'une étude mise en ligne par le CDC basée sur des relevés collectés tout au long du mois d'avril 2020 aux États-Unis.  

L'âge et les comorbidités sont les principaux facteurs de risque de formes graves de Covid. Les plus de 85 ans ont ainsi un taux d'hospitalisation huit fois plus élevé par rapport aux 40-44 ans, et un risque de décès 200 fois plus élevé. En France, 73 % des personnes décédées de la Covid-19 étaient ainsi âgées de 75 ans et plus. Pour le diabète, le risque d'hospitalisation augmente de 64 % et le risque de décès de 75 %. D'autres pathologies, comme l'hypertension, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, l'asthme et les affections respiratoires augmentent aussi considérablement le risque de mourir. Cela s'explique par des causes bien connues. Le système immunitaire est ainsi moins efficace chez les personnes âgées, et l'organisme globalement moins résistant. Le nombre de lymphocytes T « naïfs » diminue par exemple avec l'âge, ce qui nous rend plus vulnérables à de nouvelles maladies. Les personnes âgées sont aussi plus souvent dénutries ou atteintes d'autres facteurs de fragilité (insuffisance cardiaque, cancer...).

Plus de chitinase 3-like-1 chez les personnes âgées

Une équipe de chercheurs de l'université de Brown dans le Rhode Island (États-Unis) vient de découvrir un nouveau mécanisme qui pourrait venir s'ajouter à ces explications : une protéine appelée chitinase 3-like-1 (CHI3L1), dont la concentration est plus élevée chez les personnes âgées et à risque et augmente lors des infections. Les chitinases sont des protéines naturellement présentes dans le sang qui jouent plusieurs rôles dans la digestion, la défense contre les agents pathogènes ou les allergies. « Nous savons par exemple que le niveau circulant de chitinase 3-like-1 est accru lors d'une infection, en particulier dans les maladies caractérisées par l'inflammation et les altérations tissulaires, comme l'emphysème, l'asthme et la BPCO, qui sont aussi des facteurs de risque de Covid », développe Chang-Min Lee, co-auteur de l'étude parue dans la revue JCI Insight. De la même manière, on observe que le taux de chitinase 3-like-1 augmente avec l'âge. Les chercheurs se sont donc demandé s'il pouvait y avoir un lien entre cette protéine et l'infection au SARS-CoV-2.

Le taux de chitinase 3-like-1 dans le sang augmente fortement lors d’une infection. © Qiang You et al., Nature, 2020

Ils ont examiné les interactions entre la chitinase 3-like-1 et le récepteur ACE2, qui sert de site de liaison au virus pour infecter la cellule. En faisant varier les niveaux de chitinase chez des souris, ils ont constaté que cette protéine était un puissant stimulant de l'ACE2 et de la protéine de pointe du virus dans les cellules vasculaires et pulmonaires. En d'autres termes, l'activité des récepteurs est accrue de manière significative, ce qui augmente la capacité du virus à pénétrer dans ces cellules. La chitinase 3-like-1 améliore également l'intégration du virus dans la cellule.

Une cible idéale pour des traitements anti-Covid

« Cette découverte soulève la possibilité intéressante que CHI3L1 soit une cible thérapeutique intéressante dans le traitement de la Covid-19 », avance Jack Elias, immunologue à l'université de Brown et coauteur de l'article. Si nous fabriquons des anticorps ou d'autres petites molécules qui peuvent inhiber la chitinase 3-like-1, cela pourrait aider à contrôler l'infection virale ». L'équipe a d'ailleurs déjà développé un anticorps monoclonal spécifique appelé RFA qui s'est avéré remarquablement efficace pour combattre l'infection. « La RFA inhibe également la réparation fibroproliférative, ce qui pourrait améliorer la fibrose pathologique qui se produit chez les patients qui sont intubés pendant une période de temps prolongée », indique également le chercheur. Le niveau de chitinase 3-like-1 pourrait également constituer un biomarqeur intéressant pour prédire la gravité de la maladie chez les patients arrivant à l'hôpital.

Outre l'âge et les comorbidités, de multiples autres facteurs comme le sexe, la génétique ou le groupe sanguin influent sur la gravité de la Covid. Il n'en reste pas moins que protéger spécifiquement les personnes âgées est une stratégie à développer.

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