Après 5 mois, de nombreux patients atteints de la Covid-19 n'ont pas totalement retrouvé leur goût et leur odorat. © megaflopp, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : l'anosmie peut perdurer jusqu'à 5 mois

ActualitéClassé sous :Coronavirus , anosmie , agueusie

-

[EN VIDÉO] Covid-19 : des tests rapides et massifs pourraient «éradiquer l'épidémie» en six semaines  Les modélisations mathématiques montrent qu’un dépistage de masse, même avec des tests moins fiables, est bien plus efficace pour contenir l’épidémie que des tests plus sensibles mais plus longs à délivrer des résultats. 

Plus de 5 mois après l'appartion de la Covid-19, certaines personnes ayant eu une perte de goût ou d'odorat n'ont toujours pas retrouvé l'intégralité de leurs sens.

Ne plus reconnaître le goût des aliments ou sentir les parfums qui nous entourent, voilà la situation plus qu'handicapante qu'ont vécue de nombreux malades de la Covid-19. Selon les dernières méta-analyses sur le sujet, entre 41 et 62 % d'entre eux ont souffert d'une anosmie (perte d'odorat) totale ou partielle, souvent accompagnée d'une agueusie (perte de goût). Il s'agit parfois des premiers indicateurs de la Covid-19, puisqu'ils apparaissent environ trois jours avant n'importe quels autres symptômes. Mais, pendant combien de temps les personnes touchées doivent-elles composer avec des sens diminués ?

Selon le médecin canadien Johannes Frasnelli, qui officie à l'Université de Québec, l'anosmie peut persister plus de cinq mois. Il a mené une étude, dont le résumé a été dévoilé en avance le 22 février 2021, auprès de plus de 800 membres du personnel soignant au Canada. Les résultats complets de l'étude ne seront présentés que lors du 73e meeting annuel de l'Académie américaine de neurologie, prévu pour mi-avril 2021.

Le bulbe olfactif est situé sur le plafond de la cavité nasale, symbolisé ici par un point rouge. © ilovecoffedesign, Fotolia

Après 5 mois, un goût et un odorat toujours perturbés

Les conclusions de Johannes Frasnelli se basent sur la sensation subjective des participants, et non pas sur un diagnostic clinique de l'anosmie. En effet, pendant 5 mois, les participants ont répondu à un questionnaire en ligne et évalué leur anosmie et agueusie lors de tests qu'ils ont réalisés eux-même à la maison. Ils ont ainsi noté leurs troubles sensoriels de 0 à 10, où 0 correspond à l'absence totale d'odorat ou de goût, et 10 des sens complètement rétablis.

Sur les 813 participants, 580 ont perdu le sens de l'odorat. Parmi ces 580 personnes, 51 % n'ont pas retrouvé l'intégralité de leur capacité olfactive après 5 mois, et 17 % ont indiqué une perte d'odorat persistante. En moyenne, ils ont attribué une note de 7 sur 10 à l'odorat après la Covid-19, contre 9 sur 10 avant.

Sur ce même effectif, l'agueusie a touché 527 personnes, et 38 % en souffrent encore 5 mois plus tard. Comme pour l'odorat, les participants ont attribué une note plus faible à leur sens du goût après la Covid-19, 8 sur 10 contre 9 sur 10 avant.

« Nos résultats montrent qu'un sens du goût et de l'odorat altéré peut persister chez certaines personnes atteintes de la Covid-19, indique Johannes Frasnelli. Cela souligne l'importance du suivi des personnes infectées et de mener des recherches supplémentaires pour découvrir l'étendue des manifestations neurologiques associées à la Covid-19 ».

Les deux mécanismes proposés par les médecins italiens pour expliquer l'anosmie chez les patients atteints de la Covid-19. © Andrea Mastrangelo et al. NeuroscienceLetters

Les causes de la perte d'odorat encore discutées

L'odorat est le résultat d'une interaction fine et complexe entre des composées volatiles, les odeurs, et des récepteurs chimiques situés sur les neurones du bulbe olfactif. Si les odeurs ne parviennent pas aux neurones du bulbe olfactif, le cerveau ne ressent aucune odeur. Les troubles de l'odorat apparaissent souvent lorsqu'on a le nez bouché et cet état est alors le plus souvent transitoire.

Mais, dans le cas des patients atteints de la Covid-19, l'histoire est un peu différente. Ils ne ressentent pas la sensation de congestion dans le nez. Des neurologues italiens proposent deux mécanismes de pathogénie dans un article publié récemment dans Neuroscience Letters. Dans les deux cas, l'infection par le SARS-CoV-2, et l'inflammation qui en résulte altèrent les cellules du bulbe olfactif. La première hypothèse indique que l'infection par le coronavirus induit une inflammation des cellules de l'épithélium olfactif. La perception des odeurs est alors troublée. Dans la deuxième hypothèse, ce sont les cellules situées au-delà de la barrière épithéliale qui sont infectées ou qui subissent les effets d'une inflammation délétère. 

Une dernière hypothèse suggère que la capacité neuro-invasive du SARS-CoV-2 peut endommager les neurones ; l'anosmie et l'agueusie pourraient alors être une conséquence d'une blessure neurologique.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !