Comment évolue la santé mentale des personnes durant l’épidémie de Covid ? © Plus, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : comment les scientifiques suivent la flambée des dépressions

ActualitéClassé sous :psychologie , Covid-19 , épidémie de coronavirus

[EN VIDÉO] Avoir une bonne santé mentale, mode d'emploi  Avoir une bonne santé mentale est essentiel pour se sentir bien dans sa peau. Voici quelques conseils donnés par une chargée de projet de la Cité des Sciences, dans le cadre d’une exposition sur les troubles psychiques. 

Alors que l'épidémie de Covid entre dans sa seconde année, ses conséquences psychologiques apparaissent de plus en plus claires. Les scientifiques tentent de mesurer leurs causes et leurs impacts afin de guider les décisions politiques.

La décision d'Emmanuel Macron de ne pas imposer un troisième reconfinement en France a été interprétée comme une revanche des politiques sur les médecins. Ce n'est en réalité pas tout à fait vrai. Car les médecins auxquels on se réfère sont uniquement ceux travaillant dans les services d'urgence et confrontés à l'arrivée des malades. Mais d'autres scientifiques s'attachent, eux, à documenter les impacts cachés de la pandémie, en particulier sur notre santé mentale.

Suivre l’évolution de la santé mentale

« Dès le début du confinement, nous avons compris que les mesures de contrôle allaient avoir un impact sur la santé mentale », confirme Enguerrand du Roscoat, responsable de l'enquête CoviPrev à Santé publique France. Ce panel constitué de 2.000 personnes recueille le suivi des mesures de protection ainsi que le niveau d'anxiété et de dépression des personnes. « À court terme, cette surveillance permet d'ajuster les stratégies de communication et de prévention des pouvoirs publics. À plus long terme, ce suivi d'indicateurs sera utilisé pour produire et capitaliser des connaissances sur les répercussions de la Covid-19 sur la population générale », explique le chercheur.

Aujourd’hui, on a 30 % des gens soit anxieux, soit dépressifs

« On a d'abord observé un fort état anxieux au début du premier confinement (27 % de personnes anxieuses contre 13 % habituellement), indique Enguerrand du Roscoat. Puis l'anxiété a rapidement diminué jusqu'au déconfinement en mai. Le deuxième confinement s'est traduit différemment, avec moins de troubles anxieux mais davantage de dépressions» La prévalence des états dépressifs a ainsi été multipliée par deux entre fin septembre (11 %) et début novembre (23 %). « Aujourd'hui, on a environ 30 % des gens soit anxieux, soit dépressifs », déclare le chercheur.

Évolution des troubles mentaux dans la population française entre mars 2020 et janvier 2021. © Santé Publique France

Comparaisons internationales

Plusieurs autres études dans les différents pays procèdent à ce type d'enquête, ce qui permet au final d'avoir une comparaison internationale. « On a ainsi pu constater que les Italiens et les Français étaient les moins anxieux durant cette crise, sans doute en raison des généreuses aides économiques accordées par les gouvernements », indique Enguerrand du Roscoat. L'enquête CovidMinds, initiée par l'University College de Londres, rassemble 760 chercheurs ayant mené 143 études issues de 70 pays. Elle tente d'harmoniser les indicateurs pour pouvoir établir des comparaisons plus pertinentes et produit un résumé mensuel des résultats des études récemment publiées.

Âge, logement, antécédents psychologiques…, qui sont les personnes souffrant le plus des mesures de restriction ?

Une des plus vastes méta-études menée à ce jour est celle du Lancet sortie en janvier 2021 et portant sur 200.000 personnes dans quatre pays européens (France, Danemark, Pays-Bas et Royaume-Uni). Elle révèle des résultats en phase avec ceux de l'enquête CoviPrev, ce qui tente à montrer que les différentes mesures de restriction ont finalement peu d'influence sur la santé mentale (les Pays-Bas et le Royaume-Uni n'ayant pas procédé à un confinement strict au début de l'épidémie, période sur laquelle portent les études). Les principaux facteurs qui entrent en jeu sont socio-économiques. « Les prévalences les plus importantes s'observent chez les 18-24 ans, les étudiants, les inactifs, les personnes déclarant une situation financière difficile, celles occupant un logement surpeuplé ou encore celles déclarant des antécédents de troubles psychologiques », atteste Enguerrand du Roscoat.

« Aujourd'hui, nos données contribuent à la prise de décision politique », se félicite le chercheur. Face au décompte quotidien implacable du nombre de morts et d'admissions en réanimation, ces données sont indispensables pour nous rappeler que les mesures pour prévenir la maladie ont autant de conséquences que la maladie elle-même.

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