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L’agriculture émet évidemment du gaz carbonique

Dossier - L’agriculture, cause du réchauffement climatique

Les secteurs agricoles et alimentaires vont être très fortement impactés par les multiples conséquences du réchauffement climatique, comme nous l'avons vu dans les deux premiers dossiers de cette série. Continuer à s'alimenter malgré le réchauffement va donc nécessiter d’immenses efforts dans les décennies qui viennent.

  
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Les émissions du célèbre gaz carbonique CO2 proviennent essentiellement de la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). Bien entendu, lorsqu'on brûle des plantes (par exemple de la paille ou du bois, ou des forêts entières), on émet aussi du gaz carbonique, mais c'est un jeu à somme presque nulle, puisqu'on rend à l'atmosphère le gaz carbonique que la plante a fixé dans les mois ou les années précédentes. Ce n'est pas du tout la même chose avec les énergies fossiles, car, dans ce cas, on remet dans l'atmosphère à grande vitesse le carbone qui avait été fixé par les forêts tropicales il y a des millions d'années !

Les feux de forêt émettent du CO2. © Threes shots, Pixabay, DP

Il y a encore quelques années, l'agriculture en émettait peu, alors que maintenant elle s'y met de plus en plus, à cause de la mécanisation et des transports incessants engendrés par la division mondiale du travail qui a également touché ce secteur. Par exemple, dans les années 1950 et 1960, le passage de la traction animale à la généralisation du tracteur a permis d'augmenter la production agricole de façon très importante, car auparavant on estimait que près du tiers des surfaces agricoles était destiné à produire le fourrage qui nourrissait les bœufs et les chevaux de trait.

Une dépendance aux énergies fossiles accrue

Simultanément on a abusé des engrais et pesticides, qui sont de très gros émetteurs. Le prix à payer a été triple : forte baisse de l'emploi dans l'agriculture, grande dépendance aux énergies fossiles, et forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Il y a à peine un siècle, en plus de l’énergie solaire et des énergies humaines et animales, il fallait ajouter 1 calorie fossile pour produire 1 calorie alimentaire, maintenant il en faut de l’ordre de 100 fois plus ! Un exemple particulièrement caricatural est fourni par la production de légumes de contre-saison dans des serres chauffées. On peut d’ailleurs observer qu’historiquement les cours du blé, des engrais et du pétrole ont été fortement corrélés depuis plusieurs décennies.

Mais d’autres activités produisent ce gaz dorénavant nocif : la production et l’utilisation de fertilisants de synthèse et de pesticides, la déforestation et le changement des couverts végétaux, l’oxydation de la matière organique dans les sols, l’abattage des animaux et transformation des produits issus de l’agriculture et l’élevage.

Lorsqu’on brûle des arbres, on relâche directement ou indirectement et très rapidement le carbone stocké parfois pendant des siècles. Notons que ce phénomène, qui diminuait au début des années 2010, a repris de plus belle entre 2018 et 2020, en particulier avec l’encouragement du président brésilien Jair Bolsonaro et à cause de gigantesques incendies en Russie, en Californie, en Australie, en Afrique et ailleurs. On parle là de 12 à 18 millions d’hectares qui partent en fumée en une seule année !

Cette série chronologique montre le monoxyde de carbone associé aux incendies de la région amazonienne au Brésil du 8 au 22 août 2019. Réalisées à partir de données collectées par le sondeur infrarouge atmosphérique (AIRS) du satellite Aqua de la Nasa, les images cartographient le monoxyde de carbone à une altitude d'environ 5.500 mètres. © Nasa, JPL-Caltech, Wikimedia commons, DP

Comme l’avait déjà observé Chateaubriand : « Les forêts précèdent les Hommes, les déserts les suivent », et maintenant on sait qu’on peut ajouter aussi le réchauffement !

Bien entendu, on peut reforester, mais il faut bien se rendre compte qu’il faudra beaucoup de temps pour que ces nouveaux arbres, dont une bonne partie est aussi destinée à limiter l'expansion des déserts, arrivent à survivre déjà, puis à capter autant de carbone que les très grands arbres abattus dans les pays tropicaux humides. Pour le moment, la balance est nettement déficitaire.

Cette image satellite montre les incendies qui ravagent des zones forestières, agricoles et d'élevage dans l'État du Pará au Brésil. La zone observée couvre une superficie de 5 km × 5 km avec une résolution de 3,7 mètres. Les détails les plus petits visibles mesurent environ 11 mètres. © 2019 Planet Labs, Inc.

L'impact des agricultures « modernes »

Au total, on estime que l’agriculture produit de l’ordre de 9 % des émissions de CO2 (soit un peu moins de 3 milliards de tonnes sur plus de 30), un gaz responsable à lui tout seul de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Elle est donc à l’origine, à ce seul titre, de l’ordre de 5 % du réchauffement global.

Carte de la consommation d'énergie dans l'agriculture. © FAO

Et ceci est principalement dû aux agricultures « modernes », dont celle de l’Europe de l’ouest, comme on peut le voir sur la carte de la consommation d’énergie dans l’agriculture (en tonnes d’équivalent pétrole par hectare) ; elle montre par exemple que, contrairement aux idées reçues, les agricultures intensives américaines le sont néanmoins beaucoup moins que les européennes.