Planète

Que faire, agriculteurs et consommateurs ?

Dossier - L’agriculture, cause du réchauffement climatique

Les secteurs agricoles et alimentaires vont être très fortement impactés par les multiples conséquences du réchauffement climatique, comme nous l'avons vu dans les deux premiers dossiers de cette série. Continuer à s'alimenter malgré le réchauffement va donc nécessiter d’immenses efforts dans les décennies qui viennent.

  
DossiersL’agriculture, cause du réchauffement climatique
 

Fertilisation azotée, fermentation entérique, déjections animales et riziculture...  sont les principales sources d'émissions de gaz à effet de serre dans l'agriculture. En France, l'élevage a une part conséquente ; les agriculteurs et les consommateurs ont chacun leur responsabilité et peuvent influer la courbe du réchauffement climatique.

En synthèse, en France, les émissions de gaz à effet de serre de provenance agricole sont donc principalement dues aux phénomènes suivants, dans lesquels on voit bien la part prépondérante prise par l'élevage (Source : CITEPA, Centre professionnel technique d'études de la pollution atmosphérique) :

  • fertilisation azotée des sols agricoles : 46 % (source : N2O) ;
  • fermentation entérique (« pets et rots » des ruminants) : 28 % (source : CH4) ;
  • déjections animales et riziculture : 13 % (source : CH4), plus 5 % (source : N2O) ;
  • consommation d'énergie : 8 % (source CO2).
Que faire pour une agriculture saine ? PublicDomainPictures, Pixabay, DP

Ces chiffres sont un peu différents de ceux donnés ci-dessus, mais c'est l'ordre de grandeur qui compte... D'une manière générale, les évaluations précises sont à prendre avec prudence, car il est très difficile de mesurer finement ce qui se passe au niveau mondial. Pourtant, quelle que soit leur approximation, une chose est sûre, l'agriculture et surtout l'élevage ont une responsabilité importante dans la part due à l'homme dans le réchauffement de la planète.

Dans les autres pays européens, les répartitions sont un peu différentes, puisqu'en moyenne il y a un peu moins d'élevage, et qu'on épand moins d'azote sur les sols ; la part due à la consommation d'énergie est plus importante.

Les marges d'amélioration possibles se situent à la fois au niveau des agriculteurs et éleveurs, et au niveau des consommateurs. En effet ces derniers peuvent tout à fait choisir de manger moins de viande (en particulier de ruminants), de privilégier les produits de saison locaux de saison, ou de moins gâcher, etc. C'est quand même assez rassurant de voir que finalement chacun peut agir ! 

Et là, attention à ne pas se tromper de combat ! Beaucoup de gens se polarisent en France sur le problème de la nourriture locale, pensant que la réduction du kilométrage franchi par la nourriture du champ jusqu'à son assiette est un objectif absolument fondamental du point de vue du réchauffement de la planète. Il l'est certes lorsque certains produits voyagent par avion, mais absolument pas quand ils prennent le bateau ! Si le gaz carbonique ne représente au total que plus ou moins 8 % des gaz à effet de serre présents dans notre assiette, la part due au transport du produit fini ne représente que quelques pourcents ! Les méthodes de production et d'industrialisation sont beaucoup, beaucoup plus impactantes.

Les moutons de Nouvelle-Zélande moins producteurs de gaz à effet de serre ? © Majaranda, Pixabay, DP

C'est ainsi qu'on a pu constater que l'agneau de Nouvelle-Zélande, élevé toute l'année à l'herbe, arrive au port du Havre chargé de moins de gaz à effet de serre que celui du Massif central, lequel passe une partie de l'année en bergerie à manger de la nourriture contenant des céréales et légumineuses qui ont elles-mêmes été transportées (en tonnage nettement supérieur). Ou bien qu'à partir du mois de février la pomme du Chili... arrivée par bateau à travers le canal de Panama pèse moins de gaz à effet de serre que celle de Normandie, qui a été conservée pendant six mois dans une armoire réfrigérée... On ne parle là bien sûr que du réchauffement de la planète, les choix de consommation peuvent aussi être faits à partir d'autres critères comme le développement local ou la solidarité nationale.

Les conséquences du gaspillage alimentaire

En revanche on ne se trompe pas en diminuant le gaspillage. Par exemple, gaspiller un pain équivaut en matière de réchauffement de la planète à rouler en voiture pendant 2,2 kilomètres ou allumer une lampe pendant 32 heures, et gaspiller un steak de bœuf équivaut à rouler en voiture pendant cinq kilomètres, allumer une lampe pendant 70 heures ou faire tourner quatre fois son lave-vaisselle, des chiffres qui font quand même réfléchir !

Rappelons-nous de nouveau pour commencer que lorsqu'on achète un produit, on achète le monde qui va avec : aujourd'hui, nous achetons du gâchis et du réchauffement ! Et demain que choisirons-nous d'acheter, individuellement et collectivement ; ferons-nous nôtre un des slogans du Ministère : « Manger c'est bien, jeter ça craint » ou bien « Manger c'est cool, gâcher c'est les boules » ? 

Au-delà du gâchis, on peut également mieux choisir ce que l'on mange ! Le site de l'association de restaurateurs « Bon pour le climat  donne de façon très simple le poids de gaz à effet de serre par produit consommé (en kilo de gaz carbonique par kilo mangé), ce qui permet à chacun, restaurateur ou maîtresse de maison, de faire ses choix en connaissance de cause en comparant divers menus. Par exemple : 

  • fruits ou légumes frais de saison produits localement : 0,15 ;
  • fruits ou légumes frais hors saison importés par avion : 3 (soit 20 fois plus !) ;
  • farine de blé (et pain) : 0,6 ;
  • beurre, production locale : 9,1 (soit 15 fois plus !) ;
  • poulet, production locale : 2,1 ;
  • veau, production locale : 14,0 (soit 7 fois plus !).

Ce schéma, par exemple, explique que pour produire la nourriture annuelle d'un végétarien qui ne mange que du bio, on a émis l'équivalent de l'émission de gaz à effet de gaz de 291 kilomètres en voiture, alors que pour un carnivore en agriculture conventionnelle on a produit l'équivalent de 4.758 kilomètres, 16 fois plus !

Répartition de l'effet de serre selon l'alimentation par personne et par an en équivalent kilomètres en voiture. © Foodwatch

Ne pourrait-on pas, par exemple, exiger que les restaurants nous indiquent la quantité de gaz à effet de serre de chacun des menus proposés, à commencer par ceux des cantines des écoles et collectivités ? Quand est-ce qu'on s'y met ? 

L'industrie agroalimentaire dérègle le climat

Réalisons de plus que les dépenses consacrées à l'achat de produits « bruts », par exemple des légumes ou des fruits frais en vrac, ou de la viande fraîche, ne représentent plus que 20 % de l'ensemble de ce que nous consacrons à l'alimentation (en moyenne). Le reste de nos dépenses est consacré à des productions de l'industrie agroalimentaire : pâtes, conserves, surgelés, plats préparés, biscuits et confiseries, boissons, etc. Or ces industries consomment de l'énergie en direct, et donc émettent des gaz à effet de serre qui seront « inclus » dans les produits que nous achèterons ensuite : en France, 15 % de la consommation d'énergie de l'industrie est le fait des industries agroalimentaires. Ensuite ces produits sont généralement emballés. Il se trouve que la fabrication d'emballages consomme une fraction significative des matériaux « de base » que nous produisons (acier, aluminium, plastiques, etc.). Tous usages confondus, cette production de matériaux de base est responsable de 70 à 80 % des émissions de l'industrie, avec donc une partie de cet ensemble qui se retrouvera dans ce que nous achetons au supermarché. Pour la planète, revenons donc à des produits simples et peu emballés !

Revoyons notre consommation de produits industrialisés. © 27707, Pixabay, DP

Observons que les dix plus grosses entreprises du secteur agro-industriel (Associated British Foods, Coca-Cola, Danone, General Mills, Kellogg's, Mars, Mondelez International, Nestlé, PepsiCo et Unilever) émettent chaque année 263,7 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit un peu plus que l'ensemble des pays scandinaves (Finlande, Suède, Danemark et Norvège réunis). 

Si on compte absolument tout (y compris l'énergie dépensée dans nos plaques chauffantes, fours, réfrigérateurs, congélateurs, lave-vaisselle et autres équipements électroménagers), on peut donc estimer que c'est environ le tiers des émissions de gaz à effet de serre de notre pays qui est lié à notre alimentation. Au sens propre, nous avalons du gaz et du pétrole, et nous recrachons du gaz à effet de serre.

Changer le modèle 

Imaginons un monde où le consommateur serait vraiment informé sur l'impact de chaque produit (emballage compris) sur sa propre santé et celle de la planète, ce serait une vraie avancée démocratique...

Cela constituerait une base pour conduire une vraie politique non hypocrite de baisse « démocratique et citoyenne » des émissions de gaz à effet de serre de chaque citoyen, telle que préconisée par les tenants du « Compte carbone ». Mais il y a mieux dans cet univers jusque-là assez déprimant : non seulement on peut se faire à manger en réchauffant moins la planète, mais encore l'agriculture a activement contribué à refroidir la planète en fixant beaucoup de carbone de l'atmosphère dans le sol. Ce sera l'objet du dossier suivant : « L'agriculture, solution au réchauffement de la planète ».