La population humaine a connu des difficultés il y a entre 60.000 et 100.000 ans. Ne cherchez plus le responsable. Pour une équipe de l’Université des sciences et des technologies du roi Abdallah (Kaust, Arabie saoudite), c’est une éruption du supervolcan Toba (Indonésie) qui a causé la perte de 50 % de l’ozone atmosphérique. © Wead, Adobe Stock
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Une éruption volcanique géante aurait détruit la couche d’ozone il y a 75.000 ans

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[EN VIDÉO] Interview : quel est le rôle des volcans ?  Comment les volcans contribuent-ils à l'écosystème terrestre et en quoi sont-ils bénéfiques pour la planète ? Réponse avec le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff. © Futura 

Il y a quelques dizaines de milliers d'années, un supervolcan entrait en éruption du côté de l'Indonésie. Au-delà des effets directs que l'événement a pu avoir sur le climat de notre Planète, les chercheurs pensent aujourd'hui qu'il a été à l'origine d'une destruction massive de l'ozone atmosphérique. Avec des incidences importantes sur la (sur)vie des humains.

Quelque part entre il y a 60.000 et 100.000 ans, la population humaine a connu une nette diminution. Et depuis longtemps, les chercheurs se demandent quelle a pu en être la cause. Aujourd'hui, une équipe de l’Université des sciences et des technologies du roi Abdallah (Kaust, Arabie saoudite) apporte une preuve supplémentaire qu'une éruption du supervolcan Toba situé sur l'île de Sumatra (Indonésie) pourrait bien en être à l'origine.

Les travaux menés jusqu'à présent n'avaient pas réussi à mettre en lumière des données climatiques de nature à affecter fortement l'humanité. Même si un hiver volcanique d'une dizaine d'années a suivi l'éruption et que des chutes de température - de quelque 3 °C en moyenne et jusqu'à 15 °C plus localement - ont été enregistrées sur environ un millénaire.

Une perte majeure d’ozone atmosphérique nocive pour l’humanité

Les chercheurs de la Kaust avancent désormais que la solution est à chercher du côté de la couche d’ozone. Rappelons que celle-ci empêche des niveaux trop élevés de rayonnement UV dangereux pour la vie d'atteindre la surface de notre Terre. Or lorsqu'un volcan entre en éruption, il libère des quantités de dioxyde de soufre (SO2) qui bloque la lumière du soleil. De quoi limiter la formation d'ozone. Car les photons de la lumière solaire sont indispensables à rompre la liaison O2 et à former de l'ozone (O3).

Le supervolcan Toba en Indonésie. © fabio lamanna, Adobe Stock

Le modèle des chercheurs de la Kaust suggère que l'éruption du supervolcan Toba a appauvri les niveaux d'ozone mondiaux de pas moins de... 50 % ! Laissant des quantités nocives de rayonnements UV arriver jusqu'au sol. Avec un impact considérable sur le taux de survie des humains du moment dû au développement de cancers de la peau et à des dommages généraux au niveau de l'ADN.

Pour en savoir plus

Les éruptions volcaniques peuvent impacter la couche d’ozone stratosphérique

Une étude pluridisciplinaire menée par des chercheurs franco-britanniques démontre que, contrairement à ce qu'avait laissé supposer l'éruption du Pinatubo de 1991, les halogènes (chlore, brome) gazeux d'origine volcanique sont capables de causer un appauvrissement conséquent de l'ozone stratosphérique, un gaz important dans l'équilibre radiatif de l'atmosphère, à l'échelle globale. Ce résultat suggère que les grandes éruptions volcaniques pourraient impacter le climat non seulement à travers les émissions de soufre mais aussi les émissions d'halogènes.

Article de l'Insu paru le 02/08/2015

Une vue de la caldera de Santorin, située en mer Égée. Elle provient d'une éruption de type plinien datant du IIe millénaire avant J.-C. qui projeta des pierres ponces et des cendres sur environ 60 m d'épaisseur autour du volcan, et jusqu'à 900 km au sud. Le volume de ponces qui fut éjecté lors de cette explosion est estimé à 30 km3. © Hartmut Inerle, Wikipédia, cc by sa 3.0

L'ozone est un gaz dont la présence dans la stratosphère (haute atmosphère où se situe la couche d'ozone) est indispensable à la vie sur Terre car l'ozone stratosphérique est capable de filtrer les rayons UV nocifs émis par le soleil. Un appauvrissement de cet ozone stratosphérique peut ainsi avoir un impact significatif sur la santé humaine et les écosystèmes ainsi que sur le climat.

Certains composés halogénés d'origine anthropique (de la famille des chlorofluorocarbures ou des halons par exemple) ont été identifiés comme étant responsables de la destruction de la couche d'ozone. Sous l'effet des rayons UV solaires, ces composés se fragmentent dans la stratosphère et libèrent des halogènes gazeux (chlore, brome) qui accélèrent fortement la destruction de l'ozone. Si le rôle de ces halogènes d'origine anthropique a été clairement établi, celui des halogènes naturels issus du dégazage volcanique a longtemps été considéré comme négligeable. On pensait en effet jusqu'à récemment que les halogènes volcaniques comme le chlore et le brome étaient capturés dans la troposphère (basse atmosphère) par les hydrométéores et ne pouvaient donc atteindre la stratosphère.

Les observations réalisées suite à la plus grande éruption volcanique observée par satellite, l'éruption plinienne du Mont Pinatubo (Philippines), en 1991, ont conforté cette idée. En effet, bien que la colonne éruptive ait atteint 25-30 km d'altitude (bien au-delà de la troposphère) et que les satellites aient permis d'observer un appauvrissement transitoire de l'ozone global de l'ordre de 5 %, les mesures atmosphériques réalisées après l'éruption ont montré que le niveau de chlore dans la stratosphère n'avait pas augmenté significativement. Il a donc été conclu que la grande majorité des halogènes gazeux issus de l'éruption n'avaient pas atteint la stratosphère et ne pouvaient donc être impliqués dans l'appauvrissement de l'ozone global.

Néanmoins, l'éruption du Pinatubo est un cas bien particulier :

  • les études pétrologiques des roches volcaniques produites ont montré que "seulement" 3 mégatonnes de chlore auraient été relâchées lors de l'éruption, ce qui est peu comparé à d'autres éruptions connues ;
  • le typhon Yunya, qui est passé assez près du mont Pinatubo au moment de l'éruption, a très bien pu lessiver efficacement le chlore du panache volcanique ;
  • les grandes quantités d'aérosols soufrés injectées dans la stratosphère lors de cette éruption ont favorisé la destruction d'ozone par les composés halogénés d'origine anthropique dont la stratosphère était encore, en 1991, particulièrement chargée.

Alors qu'en est-il au juste ?

Pourcentage d’appauvrissement de l’ozone stratosphérique calculé par le modèle, en fonction du temps (années depuis l’éruption) et de la latitude, dans le cas d’un scénario de dégazage minimal (a) et maximal (b), en considérant que 2 % seulement des halogènes volcaniques émis atteignent la stratosphère. La croix noire indique la localisation du volcan Santorin. © CNRS

L’éruption minoenne du volcan Santorin

Des études récentes ont montré que la fraction d'halogènes volcaniques pouvant atteindre la stratosphère pouvait aller jusqu'à 25 % d'après les modélisations et même au-delà d'après certaines observations, ce qui est bien supérieur à ce qui avait été suggéré jusque là. Ces résultats suggéraient que les halogènes d'origine volcanique pourraient jouer un rôle significatif dans la chimie de la stratosphère.

Des chercheurs d'une équipe pluridisciplinaire franco-britannique, de l'Institut des sciences de la Terre d'Orléans (ISTO, OSUC, CNRS, Université d'Orléans, BRGM), du Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales (LATMOS, OVSQ, CNRS, UVSQ, UPMC, Cnes), de l'Université de Cambridge et du Laboratoire magmas et volcans (LMV, OPGC, CNRS, Université Blaise Pascal, IRD, Université Jean Monnet) ont étudié le cas bien documenté de l'éruption minoenne du volcan Santorin (Grèce), une des éruptions majeures des derniers 5.000 ans. Elle a déchargé 40 à 60 km3 de magma et a éjecté cendres et gaz jusqu'à environ 36 km d'altitude.

À partir des données précédemment acquises sur les teneurs en volatils du magma minoen, les chercheurs ont déterminé les masses respectives des gaz climatiquement actifs (soufre, chlore, fluor, brome) relâchés lors de l'éruption. Ils ont ensuite simulé l'impact de ces gaz sur la composition chimique de la stratosphère à l'échelle globale à l'aide d'un modèle numérique de chimie-transport atmosphérique. De ces simulations, il ressort que même si seulement 2 % des halogènes émis par l'éruption atteignent la stratosphère, il en résulte un fort appauvrissement de l'ozone stratosphérique (de 20 à plus de 90 % dans l'hémisphère nord) qui met ensuite environ 10 ans pour revenir à sa concentration normale.

En modélisant l'impact d'halogènes volcaniques à une période préindustrielle, les chercheurs soulignent leur rôle important sur la chimie d'une stratosphère dépourvue d'halogènes organiques issus de l'activité humaine. Les halogènes volcaniques devraient donc être pris en compte dans la reconstitution des impacts des éruptions passées sur l'ozone, les écosystèmes et le climat, mais aussi dans la modélisation de l'évolution future de la couche d'ozone puisque des éruptions de plus faible ampleur que la minoenne mais plus fréquentes pourraient perturber la restauration en cours de la couche d'ozone.
Ce travail, publié dans Nature, a été réalisé dans le cadre du, et partiellement financé par, le projet du Laboratoire d'excellence Voltaire intitulé : « Le milieu stratosphérique ouvert : impact des feux de biomasse et du volcanisme sur l'ozone et le changement global ; bilan et tendance des halogènes ». La modélisation numérique a été partiellement financée par le projet européen StratoClim.

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