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Vers une mutation de la forêt méditerranéenne ?

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Pin d'Alep

Dès que les beaux jours approchent et que les pluies de printemps tardent à arriver, le spectre de la sécheresse resurgit. A Aix-en-Provence, dans le cadre d'un programme scientifique financé par la région PACA, l'équipe de Michel Vennetier étudie les impacts de la canicule 2003, et des sécheresses printanières qui ont suivi de 2004 à 2006, sur la forêt méditerranéenne. D'année en année, le bilan forestier s'alourdit, menaçant à court terme le devenir de certaines essences forestières dans la région méditerranéenne...

En 2004, un programme scientifique sur les impacts de la canicule de l'été 2003 sur la forêt méditerranéenne est lancé à la demande du conseil régional de la région PACA. Les travaux de recherche coordonnés par le Cemagref à Aix-en-Provence, sont menés en partenariat avec l'Institut Méditerranéen d'Ecologie et de Paléoécologie. Les conclusions de cette étude sont d'autant plus importantes que les sécheresses printanières qui se sont succédées de 2004 à 2006 n'ont fait qu'aggraver la situation. Vers quels types de forêts méditerranéennes nous orientons-nous ? Ne faut-il pas songer à régénérer rapidement certains peuplements ? Compte tenu des scénarios probables d'évolution du climat, quelles espèces le gestionnaire forestier doit-il favoriser ? Un ensemble de questions auquel le programme, qui arrivera à son terme en 2007, tente de répondre.

Une analyse fine de l'ensemble de l'arbre

Les mesures effectuées sur le terrain ont pour but d'étudier les effets de la sécheresse sur la croissance, l'état sanitaire et la mortalité d'un échantillon d'arbres représentatifs de la région. L'observation des cernes de croissance permet de retracer les épisodes de sécheresse au fil du temps. Ainsi chez le pin d'Alep et le pin sylvestre, qui au cours des mois les plus chauds de 2003 ont perdu de 30 à 80 % de leurs aiguilles, les cernes de croissance de 2003 ont une zone sombre (bois d'été) anormalement étroite. De plus, les deux cernes annuels suivants sont très étroits, signe d'une mauvaise reprise de la végétation au cours des printemps secs de 2004 et 2005. La perte d'aiguilles, accompagnée d'un dessèchement de racines, provoque un défi cit important et durable en termes d'alimentation. D'autres mesures anatomiques sont effectuées, comme la longueur de la pousse annuelle des branches, le taux de floraison et de fructification ou encore la taille et le nombre des feuilles et des aiguilles. Peu d'espèces sont restées indemnes.

Dans l'arrière pays varois, en 2004, les aiguilles des pins sylvestres sont de 30 à 40 % plus petites que les années précédentes. Dans la hêtraie de la Sainte Baume, les feuilles plus courtes et moins denses en 2006 laissent filtrer de façon anormalement élevée les rayons du soleil dans le sous-bois. Chênes blancs et chênes verts ont beaucoup de rameaux secs dans la cime. Quant aux chênes lièges du massif des Maures, qui avaient rejeté après les incendies de 2003, leur taux de mortalité depuis 2005 est anormalement élevé et en progression.

Une analyse sur l'ensemble de la région

Les analyses de la végétation sont en cours de réalisation sur des placettes disséminées dans toute la région. Les recherches montrent que les spécimens situés en altitude et sur les versants Nord, peu adaptés à la chaleur, ont souffert les premiers. L'arrière pays varois est par exemple l'une des zones les plus touchées par le dépérissement ligneux. Parmi les espèces menacées de disparition dans la zone méditerranéenne figure le pin sylvestre, victime d'une forte mortalité. Il est clair que dans un avenir proche les pinèdes les plus sévèrement touchées changeront de physionomie, le pin sylvestre cédant la place au profit des espèces de la strate arbustive ou d'autres essences d'arbres mieux adaptés à la sécheresse, comme le chêne vert ou le pin d'Alep.

Au cas où la sécheresse venait à perdurer, les résultats de cet état des lieux permettront d'anticiper le futur dans des régions situées à une altitude et une latitude plus élevées.

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