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Comment se protéger de la radioactivité chez soi ?

Dossier - La radioactivité dans la maison
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Depuis quelques années, la radioactivité dans l’habitat est au cœur de préoccupations nationales et internationales. D’où vient-elle ? Qu’est-ce qui la distingue ? Comment pénètre-t-elle dans les maisons ? Quels sont les risques sanitaires et les moyens de s’en protéger ? Enquête sur un sujet d’actualité solidement étayée et complétée d’interviews de spécialistes.

  
DossiersLa radioactivité dans la maison
 

En cas d'accident, la protection des populations est à la charge de l'Agence de sûreté nucléaire (ASN). Il existe différents scénarios élaborés par une cellule spéciale, le Codirpa. Dans les habitations, priorité est donnée au radon.

L'ASN participe à la réglementation et s'assure au nom de l'État de sa bonne application. Les contrôles sont en principe permanents et les moyens mis en œuvre adaptés à trois catégories de population : public, patients, travailleurs. Pour chacune, rappelons-le, des limites de doses individuelles admissibles sont fixées annuellement : de 1 mSv/an pour les particuliers à 20 mSv/an pour les travailleurs. Elles se situent, précise l'ASN, bien en dessous des niveaux de risques sanitaires « avérés », établis sur la base d'études épidémiologiques à l'échelon international. À noter, le principe de limitation ne s'applique pas aux utilisations médicales liées à l'établissement de diagnostics (radiographies, scanners, IRM) ou aux traitements thérapeutiques. Le contrôle des travailleurs confrontés à la radioactivité se fonde sur les dosimètres qu'ils ont l'obligation de porter. S'agissant de l'environnement, la surveillance s'appuie sur des stations de mesures réparties sur tout le territoire national. Air, eaux, sols, animaux, végétaux et denrées alimentaires sont concernées.

Contrôle de la radioactivité au niveau du sol à l’aide de dispositifs de prélèvement d’air sur filtre fixe (aérosols atmosphériques). Le réseau comprend 69 stations, dont 34 destinées à la surveillance du parc nucléaire. © IRSN

En cas d'accident nucléaire, des alertes sont émises par la radio ou la télévision. L'ASN entreprend d'évacuer les populations vivant dans un rayon de 3 km autour du lieu de l'accident, zone pouvant être étendue à 20 km. Les populations non évacuées doivent se mettre à l'abri (de préférence en sous-sol), calfeutrer les ouvertures et si possible couper la clim ou la ventilation afin d'éviter une contamination par inhalation. Si l'on est obligé de sortir, il est recommandé de se couvrir l'ensemble du corps avec des vêtements amples et longs pour se protéger des particules.

Sitôt de retour, on doit les déposer dans un sac plastique fermé hermétiquement et prendre une bonne douche. Il faut s'abstenir de boire l'eau du robinet et d'absorber les aliments frais susceptibles d'êtres contaminés : champignons, salades vertes, légumes feuilles à croissance rapide (épinards), lait et fromages récoltés ou fabriqués après l'alerte, etc. Ces précautions s'appliquent également si un nuage radioactif, comme celui de Tchernobyl, passe sur la France. Les aliments protecteurs, multivitamines ou antioxydants vantés par certains, c'est de la blague.

L’acronyme « Codirpa » signifie Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle d'un accident nucléaire ou d'une situation d'urgence radiologique. Cette cellule créée en 2005 émet des recommandations, en plus de réfléchir à des scénarios.

La concentration du radon se mesure aisément chez soi à l'aide d'un dosimètre adapté. Une liste de fournisseurs est disponible auprès de la DDASS de chaque département, service santé-environnement. Des documents datant de novembre et décembre 2013 définissent les bonnes pratiques : ISO/ASTM 51401, 52628 et 52701. Une première norme relative au mesurage du radon (NF ISO 16641) doit être publiée en décembre 2014. Une seconde (NF ISO 11665-9) est annoncée par l'Afnor pour août 2015. En 2009, les études du Circ ont incité l'OMS a divisé par dix le seuil de référence de radon présent dans l'air des locaux fermés. La limite recommandée est désormais de 100 Bq/m3 contre 1000 Bq/m3 auparavant. Dès lors, pourquoi L'Agence régionale de santé (Ars) indique-t-elle un seuil de précaution quatre fois plus élevé ? Cet organisme renvoie aux trois niveaux d'exposition définis par le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France.

- 3 : actions correctives facultatives.

- Entre 400 et 1000 Bq/m3 : aérer et ventiler les logements, ainsi que les vides sanitaires, assurer l'étanchéité des sous-sols, planchers, murs, passages de canalisations.

- > 1000 Bq/m3 : risque important, les particuliers sont invités à contacter des professionnels du bâtiment.

Le dosimètre doit rester en place pendant un minimum de deux mois dans les pièces occupées régulièrement (une heure par jour ou davantage). © puremaison.fr

Dans les 31 départements à risque, le décret du 4 avril 2002, relatif à la protection des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants, impose aux propriétaires des lieux ouverts au public (EPR) de mesurer la concentration de radon à l'intérieur des bâtiments. Ils sont tenus d'apporter des « remédiations » en cas de dépassement des seuils. Les détails sont consultables sur le site legifrance.gouv.fr. En construction neuve, les procédés de réduction du radon se prévoient dès l'étude de conception du bâtiment. Le CSTB a développé de nouveaux outils techniques à destination des professionnels de la construction dans le cadre du plan interministériel de lutte contre le radon lancé en 2005.

Si l'on veut intervenir soi-même, il est possible de colmater les fissures et les joints au moyen d'un mastic polyuréthane. Des produits spécifiques sont disponibles pour étanchéifier les parois : membranes d'étanchéité (aluminium-polyester, bitume-polymère, polyéthylène...), procédés de cuvelage, résines liquides, etc. À lire, « Le radon dans la construction », guide pour la remédiation dans les constructions existantes et la prévention dans les constructions neuves, publié en 2009 par le CSTB.