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Radioactivité : que penser des seuils d’exposition ?

Dossier - La radioactivité dans la maison
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Depuis quelques années, la radioactivité dans l’habitat est au cœur de préoccupations nationales et internationales. D’où vient-elle ? Qu’est-ce qui la distingue ? Comment pénètre-t-elle dans les maisons ? Quels sont les risques sanitaires et les moyens de s’en protéger ? Enquête sur un sujet d’actualité solidement étayée et complétée d’interviews de spécialistes.

  
DossiersLa radioactivité dans la maison
 

Que penser des seuils d'exposition, de la pertinence des limites légales admissibles ?

ASN

Au niveau international, un consensus existe concluant que l'exposition aux rayonnements ionisants à faible dose (inférieure à 100 mSv pour l'adulte et 50 mSv pour l'enfant) entraîne, s'il existe, un risque faible pour la santé. Néanmoins, en l'absence actuelle de consensus scientifique sur les effets potentiellement complexes de l'exposition à des faibles doses de rayonnements ionisants, sont appliqués les principes de la radioprotection (justification, optimisation et limitation des doses) dont le respect permet de réduire la probabilité d'apparition de cancers radio induits.

IRSN (Alain Rannou)

Le système de radioprotection élaboré par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), et admis aujourd'hui au niveau international, a pour but de gérer la protection des personnes contre les effets nocifs associés à l'exposition aux rayonnements ionisants. Il repose sur un état régulièrement actualisé des connaissances scientifiques et techniques mais, aussi, sur des jugements de valeur. Ceux-ci sont issus, par exemple, de la comparaison à l'exposition moyenne qui résulte de la radioactivité naturelle ou encore de la comparaison à d'autres facteurs de risque. Des limites de dose sont ainsi fixées de manière à assurer qu'aucun individu n'est exposé à un risque jugé inacceptable dans les circonstances normales. Ces limites ne sont pas la démarcation entre ce qui est sûr et ce qui est dangereux.

Il est à noter que la connaissance du radon reste relativement récente et a progressé au cours des dernières années, ce qui a conduit à une révision à la hausse des niveaux de risque et des seuils d'exposition. Les diverses études internationales donnent aujourd'hui des résultats robustes et cohérents entre eux, même s'il persiste quelques lacunes (leucémies, exposition chez l'enfant).

Les travailleurs pouvant être soumis à des rayonnements ionisants font l’objet de contrôles quotidiens. Cela permet de s’assurer qu’ils n’ont pas reçu une dose supérieure à la norme ou, dans le cas contraire, de localiser et de mesurer l’importance de l’irradiation. © CEA

CRIIRAD (Julien Syren)

Les seuils réglementaires, au-delà desquels les actions correctrices doivent être engagées, sont trop élevés. En matière d'exposition à des agents cancérigènes, un risque sur la vie de 10-4 constitue généralement une référence haute, la référence étant plutôt choisie autour de 10-5. Pourtant, dans le cas du radon, la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) a recommandé en 1990 de n'intervenir pour le public que lorsque le risque sur la vie dépasse 1,9.10-2, ce qui correspond à une exposition de 200 Bq/m3. Dans sa publication 65, la CIPR recommande de définir un niveau d'action dans une fourchette comprise entre 200 et 600 Bq/m3.


Depuis la parution de méta-études épidémiologiques* en 2004-2006, les risques liés au radon ont été revus à la hausse. L'OMS a tiré de ces publications les conclusions suivantes :

  • il y a des preuves écrasantes que le radon agit comme cause de cancer du poumon dans la population générale à des concentrations que l'on trouve dans les maisons ordinaires. La relation dose-effet semble être linéaire, sans preuve de seuil.
Il y a même des preuves substantielles d'une augmentation du risque à des niveaux inférieurs à 200 Bq/m3.
  • le radon serait responsable d'un pourcentage important des cancers du poumon enregistrés au niveau mondial (jusqu'à 15 %). Bien que le tabac reste de loin la première cause de cancer du poumon, l'impact du radon est tel qu'il constitue un véritable problème de santé publique. Sur la base de ces constats, l'OMS a renforcé en 2009 ses recommandations et recommandé aux États la fixation d'un seuil de référence de 100 Bq/m3. « Si toutefois ce niveau ne peut être atteint dans les conditions qui prévalent dans un pays donné, le niveau de référence choisi ne devrait pas dépasser 300 Bq/m3».

En France, le seuil d'action actuel pour les établissements recevant du public et les lieux de travail est à 400 Bq/m3. La directive Euratom de 2013 fixe un niveau de référence de 300 Bq/m3 comme valeur maximale de l'activité volumique annuelle moyenne du radon.
Dans le même temps, la CIPR a également revu à la hausse l'évaluation du risque lié au radon : dans sa publication 115 de 2011, l'ancien coefficient (datant de 1993) est multiplié par 1,75.

Dans une configuration de gestion globale, pour 95 % du temps passé en intérieur et 5 % à l'air libre, le seuil de référence européen de 300 Bq/m3 correspond à une dose efficace de 12 mSv. Ce qui est supérieur aux 10 mSv/an considérés par la CIPR comme une limite justifiant à coup sûr l'intervention.

* Chine : Lubin et al., 2004. Amérique du Nord : Krewski et al., 2005. Europe : Darby et al., 2005.