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Le radon, d'où vient-il ? Comment pénètre-t-il dans les maisons ?

Dossier - La radioactivité dans la maison
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Depuis quelques années, la radioactivité dans l’habitat est au cœur de préoccupations nationales et internationales. D’où vient-elle ? Qu’est-ce qui la distingue ? Comment pénètre-t-elle dans les maisons ? Quels sont les risques sanitaires et les moyens de s’en protéger ? Enquête sur un sujet d’actualité solidement étayée et complétée d’interviews de spécialistes.

  
DossiersLa radioactivité dans la maison
 

Inodore, incolore, ce gaz radioactif est présent partout sur la planète, principalement dans les sols granitiques, les schistes argileux et les terres riches en phosphates. Il constitue pour l'homme plus de 50 % de l'exposition à la radioactivité naturelle. 

Le radon 222 descend directement du radium 226. Il arrive en septième position dans les quatorze transformations successives entre l'uranium 238 et le dernier élément de la chaîne, le plomb 206, qui est stable. Les périodes de radioactivité (ou de demi-vie) conduisant à chaque nouvel élément varient de plusieurs centaines de milliers d'années à moins d'un millième de seconde. Celle du radon 222 est très courte (3,8 jours) mais suffisante pour lui permettre de remonter des profondeurs à l'air libre. Par ailleurs, cet isotope se régénère à mesure de sa disparition en quantité identique : c'est la loi de l'équilibre radioactif à laquelle obéit la filiation de l'uranium 238. Il existe deux autres formes de radon. Le Rn-219, appelé aussi « actinon », descend de l'uranium 235. Peu répandu dans la nature, il ne vit qu'une poignée de secondes et est trop éphémère pour se montrer dangereux. Son cousin, le Rn-220 ou « thoron », car dérivé du thorium 232, possède une période radioactive qui frôle la minute. En règle générale, c'est trop court pour remonter jusqu'aux maisons, hormis dans les zones où le thorium affleure la surface du sol.

Vent, soleil, pluie, froid… les conditions météorologiques modifient les émissions du radon dans l’air. © Ressources Santé Canada

Le radon peut cheminer depuis les profondeurs sur plusieurs centaines de mètres, par simple convection. Il passe par les fracturations, par les pores de la roche ou de certains sols comme les remontées capillaires dans les constructions. Justement, les émanations ne se contentent pas de se diluer dans l'air extérieur. Une partie de ce gaz inerte circule librement à travers les planchers des habitations, traverse les fissures, les jointures, emprunte les réseaux de canalisations, les escaliers... pour aboutir dans les pièces de vie. En cas de mauvaise aération, il s'accumule et est inhalé avec l'air que l'on respire. La concentration dans les espaces confinés (caves, sous-sols, vides sanitaires) peut être de 5 à 50 fois plus élevée qu'à l'air libre.

On y respire de surcroît les descendants solides et radioactifs de la désintégration du radon : plomb 214, bismuth 214, polonium 214, plomb 210. La géologie de la France métropolitaine crée de grandes disparités dans la répartition des niveaux. La moyenne « arithmétique » des activités mesurées dans les habitations est de 63 Bq/m3. Les derniers relevés effectués indiquent des taux inférieurs à 50 Bq/m3 pour la moitié des résultats obtenus ; 9 % dépassent 200 Bq/m3 et 2,3 % sont au-dessus de 400 Bq/m3.

Carte du radon. Nouvelle cartographie délimitant les zones à plus fort potentiel d’exhalation (de dégagement) du radon, publiée fin 2013 par l’IRSN. Une carte affinée commune par commune est également consultable sur le site internet de cet organisme. © IRSN

Le puits canadien, aussi écologique soit-il, peut participer à la propagation du radon. Sur onze habitations qui en sont équipées, la Criirad (Commission de recherche indépendante) a constaté une augmentation de la concentration de radon dans huit d'entre elles. Un seul de ces huit bâtiments est implanté dans un département prioritaire (l'Ardèche) de la nouvelle cartographie. Pour les sept autres, la carte géologique locale n'indique pas de risque potentiel.

A contrario, deux des trois cas ne présentant pas de problème se situent dans un département à risque... Ce constat appelle une approche différente, plus fine, de la question du radon en France. Par exemple, on pourrait assortir les diagnostics techniques immobiliers de mesures systématiques de radon.