Le radon est la principale cause du cancer du poumon après le tabagisme. Il représente un risque pour la santé dans nos maisons. © Francesco Scatena, Fotolia

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Le radon, principale cause du cancer du poumon après le tabagisme

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Méconnu du grand public, le radon est un gaz radioactif, inodore et incolore, qui favorise le cancer du poumon. Il serait responsable de 1.200 à 3.000 décès par an en France. Des campagnes d'information visent à sensibiliser la population vis-à-vis de ce risque dans leur habitation.

Une quarantaine de personnes sont réunies ce jeudi soir de janvier dans une petite salle éclairée au néon de Rezé, dans l'agglomération nantaise. À l'entrée, chacun s'est vu remettre un kit avec un dosimètre, à peine plus gros qu'une pièce de deux euros. Le petit appareil en plastique noir devra être installé pendant deux mois dans le logement avant d'être analysé en laboratoire. Objectif : connaître son exposition au radon, un gaz radioactif qui émane du sol par la décomposition de l'uranium présent dans les roches granitiques ou volcaniques. Inodore et incolore, le radon provoque jusqu'à 3.000 morts par an en France. Il est la deuxième cause de cancer du poumon mais reste pourtant méconnu du grand public, malgré plusieurs campagnes d'information locales.

« On se prémunit d'autant mieux d'un risque qu'on le connaît parfaitement », explique Jean-Pierre Sarrazin, de l'association UFC Que Choisir. « Vous pouvez manger vos radis sans soucis », ajoute-t-il à l'adresse d'une femme qui lui demande si le radon peut contaminer les légumes de son potager. Yves Judic, 64 ans, qui habite Saint-Herblain, est lui venu en espérant être rassuré, un peu moins de deux ans après la mort de son épouse d'un cancer du poumon« C'est un problème qui me trotte dans la tête depuis », raconte-t-il. « Ma femme fumait, mais pas tant que ça, et j'ai une grosse cheminée en granite chez moi ».

L'UFC Que Choisir organise ce genre de réunions d'information quatre fois par an environ en Loire-Atlantique. Dans ce département, 80 % des communes ont un « fort » potentiel radon, en raison du sous-sol granitique. À Rezé, l'adjoint au maire est venu prononcer quelques mots d'introduction. Mais, d'habitude, « les élus sont réticents : ça ne leur plaît pas forcément de dire que leur commune est en risque fort. Et ils croient qu'on va faire passer des messages anxiogènes », explique Gérard Allard, vice-président de l'UFC Que Choisir locale.

Françoise Mesle, membre de l'association UFC Que Choisir, présente un détecteur de gaz radon le 18 janvier 2018, à Rezé. © Jean-François Monier, AFP

Un gaz radioactif classé comme cancérogène certain

Le radon, classé « cancérogène certain » depuis 1987, s'immisce par les fissures de la chape de béton et atteint des niveaux de concentration très élevés si la maison n'est pas aérée, expliquent les intervenants. « Être dans une zone émissive ne signifie pas que votre maison aura du radon », précise Jean-Pierre Sarrazin. Parfois, une meilleure aération peut suffire à régler le problème. Encore faut-il en avoir conscience. Car la plupart des gens ignorent jusqu'à l'existence même du radon. Selon l'Observatoire régional de la santé (ORS), 58 % des habitants des Pays de la Loire n'en avaient jamais entendu parler en 2015, une région où une des (rares) campagnes de sensibilisation a été menée récemment.

Être dans une zone émissive ne signifie pas que votre maison aura du radon.

Le gaz est pourtant largement présent dans l'Hexagone : en Bretagne, Pays de la Loire et Normandie, dans le Massif central, les Pyrénées, une partie des Alpes, les Vosges, en Corse, en Guyane et en Nouvelle-Calédonie.

Parmi les collectivités en pointe sur le sujet, la ville de Nantes distribue gratuitement depuis 2007 des dosimètres à 70 habitants environ chaque hiver, une « démarche très volontaire » saluée par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). La mairie a aussi fait des relevés dans les écoles publiques et engagé des travaux lorsque les niveaux de radon étaient trop élevés, alors que la réglementation ne l'y obligeait pas. À Concarneau (Finistère), 5.000 dosimètres ont été distribués à la population en 2013. Des actions similaires sont menées en Franche-Comté et en Haute-Vienne en collaboration avec l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire).

Mais la plupart du temps, le radon ne fait parler de lui que lorsqu'une école est évacuée en raison d'un taux anormalement élevé, comme en Haute-Vienne en 2015 ou l'an dernier dans les Hautes-Alpes. « Tout le monde a déjà vu des campagnes pour la prévention routière, alors que la prévention pour le radon... », relevait ainsi Sophie Eglizaud, ingénieure d'étude à l'Agence régionale de santé (ARS), lors de la réunion de Rezé. Selon la dernière étude publiée, le radon causerait entre 1.200 et 3.000 morts par an en France. En comparaison, en 2016, 3.477 personnes sont mortes dans un accident de la route.

  • Le radon est un gaz radioactif qui peut être présent dans certaines habitations.
  • Il représente la deuxième cause de cancer du poumon en France.
  • Un dosimètre peut tester la présence de radon dans un logement.
Pour en savoir plus

Le radon, un gaz radioactif responsable du cancer du poumon

Article de Jean Etienne paru le 17 mai 2007

La lutte contre le tabagisme, qui ne cesse actuellement de s'amplifier avec les résultats positifs que l'on connaît, ne doit pas nous faire oublier le deuxième vecteur du cancer du poumon, qui est le radon, comme le rappelle le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) dans sa dernière publication.

Le radon est un gaz radioactif d'origine naturelle, produit par la désintégration de l'uranium présent dans la croûte terrestre. Il est reconnu comme étant un agent cancérigène certain chez l'Homme, et sa présence est favorisée par la mauvaise ventilation des locaux, où il se concentre.

Mais tous ne sont pas égaux devant le risque, et les concentrations de radon varient fortement selon les régions. Ainsi en France, elle est particulièrement élevée en Bretagne, dans le Massif Central, les Vosges et la Corse, où on estime que 20 % environ des décès par cancer du poumon ont le radon pour origine.

Si 76 % des Français sont exposés à un rayonnement inférieur à 100 becquerels par mètre cube (un becquerel représente une désintégration par seconde), 15 % subissent de 100 à 199 Bq et 9 % plus de 200 Bq. Selon Olivier Catelinois, de l'Institut de veille sanitaire, de 5 à 12 % des décès par cancer du poumon en France seraient provoqués par l'exposition à ce gaz incolore et inodore, mais ce taux grimperait à 27% pour les 9% de personnes les plus exposées.

Sonde à radon (l'ordinateur est un HP200LX). © Observatoire Volcanologique du Piton de La Fournaise

Interaction tabac-radon

Mais il faut aussi tenir compte de l'interaction entre le tabac et le radon. Selon une récente étude statistique effectuée récemment dans neuf pays européens sur un échantillonnage total de 21.356 personnes, en l'absence d'autres causes de décès, les risques absolus de cancer du poumon à l'âge de 75 ans sont de 0,4 % pour 0 Bq, 0,5 % pour 100 Bq et 0,7 % pour 400 Bq pour une personne n'ayant jamais fumé. Par contre, ces chiffres évoluent à 10 %, 12 % et 16 % pour un fumeur de cigarettes. On peut donc considérer que le tabac multiplie par 25 au minimum le risque de contracter un cancer du poumon par exposition au radon.

L'étude démontre que le nombre de décès par cancer du poumon attribuables au radon en France métropolitaine varie de 1.234 à 2.913 selon le degré d'incertitude. Même s'ils sont peu précis, ces chiffres suffisent toutefois à démontrer que l'exposition domestique au radon constitue un enjeu majeur de santé publique.

L'exposition au gaz radon venant en complément direct du tabac dans l'origine de la grande majorité des cas de cancer du poumon à travers le monde, il est souhaitable que les mesures préventives et les actions correctives contre le radon soient menées de front avec la lutte contre le tabagisme, déclarent Zhanat Carr (Organisation mondiale de la santé) et Hajo Zeeb (université de Mayence, Allemagne).

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