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Comment s’informer sur la radioactivité ?

Dossier - La radioactivité dans la maison
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Depuis quelques années, la radioactivité dans l’habitat est au cœur de préoccupations nationales et internationales. D’où vient-elle ? Qu’est-ce qui la distingue ? Comment pénètre-t-elle dans les maisons ? Quels sont les risques sanitaires et les moyens de s’en protéger ? Enquête sur un sujet d’actualité solidement étayée et complétée d’interviews de spécialistes.

  
DossiersLa radioactivité dans la maison
 

En France, comme dans de nombreux pays industrialisés, la communication sur la radioactivité est abondante et variée. Que ce soit du côté institutionnel, de la presse, des réseaux associatifs, mutualistes, de sites spécialisés... Mais, aux prises avec des informations contradictoires, il n'est pas toujours simple de faire la part des choses.

Retour en arrière. Nous sommes le 29 avril 1986 et le réacteur n° 4 de la centrale ukrainienne vient d'exploser. De mai à juillet, le SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) fait des points réguliers et établit plusieurs cartes des retombées.

Pas de quoi paniquer, la contamination est trop faible, partout inférieure à 1000 Bq/m2, pour poser un « véritable problème de santé publique ». Tout au plus, faut-il se méfier des aliments importés de l'est de l'Europe. Pourtant, en confrontant les données officielles avec celles des pays voisins, le scepticisme s'installe. Un groupe de citoyens de la Drôme décide de vérifier par lui-même le niveau de contamination environnementale. Les analyses sont réalisées avec l'aide bénévole du professeur Béraud de l'Institut de physique nucléaire de Lyon, assisté par d'autres scientifiques. Les premiers résultats dévoilent la réalité de la contamination de la chaîne alimentaire : ils font l'objet d'une conférence de presse le 10 mai, à Lyon. La polémique enfle rapidement et le directeur du SCPRI, forcé de s'expliquer, admet sur TF1 le 12 mai une contamination de l'air plus importante qu'annoncé. En réaction, une centaine de personnes se réunit trois jours plus tard au Teil, près de Montélimar, et fonde la Criirad. De cette mobilisation citoyenne nait un laboratoire indépendant spécialisé dans les mesures de radioactivité. De 1987 à 1993, en puisant dans ses fonds propres et avec le soutien d'élus locaux, l'association évalue 165 communes du nord au sud de la France. À l'Ouest d'une ligne Lille/Perpignan, les contrôles sont inférieurs à 2 500 Bq/m2. À l'est, de l'Alsace-Lorraine à la Corse, les dépôts mesurés dépassent par endroits 5000, 10 000 ou même 30 000 Bq/m2 pour le seul césium 137. Au cours des années 1990, un établissement public, l'IPSN (Institut de protection et de sûreté nucléaire), reprend et affine de son côté les mesures de radioactivité du SCPRI. Les résultats sont du même ordre que ceux de la Criirad.

Représentation de la contamination en césium 137 établie par l’IPSN à partir des données du SCPRI de mai 1986.

Les évaluations contradictoires donnent lieu à une vive controverse entre tenants et contradicteurs de la ligne officielle. En mars 2001, l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT, créée en 1999) et la Criirad déposent une plainte contre X pour coups et blessures involontaires. Suite à cette affaire, des missions ministérielles sont menées de février à août 2002 par un groupe de travail composé d'institutionnels, de médecins, de représentants d'associations et de journalistes. Le 18 avril 2006 un rapport rédigé par le professeur André Aurengo, sommité de la médecine nucléaire, est remis aux Ministres de la Santé et des Solidarités et à celui de l'Écologie et du Développement Durable. Ce texte conclut en substance à une faiblesse des données de 1986, tout en émettant des doutes sur la pertinence des modélisations utilisées a posteriori pour les corriger. Dans la foulée, plusieurs membres du groupe de travail rendent public un communiqué désavouant ledit rapport, écrit sans leur assentiment. On y dénonce la « trahison d'une démarche participative », les méthodes autocratiques de l'auteur, sa tendance à minorer les effets des radiations en général et les conséquences de Tchernobyl en particulier. De débats houleux en péripéties judiciaires, un rapport d'expertises cosigné par les professeurs Pierre-Marie Bras et Gilbert Mouthon est publié en août 2011. Ce document qui s'appuie sur les centaines de dossiers du Dr Jean-Charles Vellutini, endocrinologue installé en Corse, confirme une augmentation de 44 à plus de 100 % des troubles thyroïdiens dans l'Ile de beauté après 1986. Le 7 septembre 2011, la Cour d'appel de Paris décide un non-lieu dans le procès intenté par l'AFMT et la Criirad. En novembre 2012 les pourvois en cassation des plaignants sont rejetés. Tchernobyl suscite toujours beaucoup d'interrogations et de doutes.

Reconstitution par l’IRSN en 2005 des dépôts de césium 137 d’après une modélisation prenant en compte la pluviosité de mai 1986.

De 1987 aux années 2010, des incidents plus ou moins graves ont eu lieu dans plusieurs pays européens (Allemagne, Belgique, France, Slovénie...), en Chine, aux États-Unis, au Japon...  Si l'on excepte Fukushima, catastrophe de niveau 7 suivie en direct sur toutes les télévisions du monde, on ne peut pas dire que la communication ait été d'une grande transparence. Néanmoins, on a libre accès en France aux sites Internet des collectivités (villes, régions) et des organismes publics tels que l'ANDRA, l'ANS, le CEA, le CNRS, l'Institut Curie, l'IRSN... On peut faire le point des connaissances sur la radioactivité, s'enquérir des évolutions réglementaires nationales et internationales, consulter des Faq et poser des questions. On peut aussi puiser dans les ressources universitaires ou associatives (Acro, Amis de la Terre, Criirad, Greenpeace, Sfrp...), naviguer dans les pages de sites dédiés à la santé (prioritesantemutualiste.fr) ou à vocation purement pédagogique comme l'excellent laradioactivite.com. À l'international, il y a l'OMS (Organisation mondiale de la santé), le Circ (Centre international de recherche sur le cancer) ou encore, pour les sites de langue française, l'Agence fédérale de contrôle nucléaire en Belgique (AFCN), l'Office fédéral de la santé publique ou Santé romande en Suisse, Santé Canada, etc. Pour autant, Fukushima a démontré que les populations restaient assujetties aux vieux réflexes dilatoires et au déni. À chacun de prendre la mesure des informations données. De faire le tri entre l'intention louable d'éviter un effet de panique et celle, moins avouable, de minimiser les choses par dépendance à une autorité de tutelle ou à seule fin de préserver des intérêts économiques.