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Cette radioactivité artificielle qui nous entoure

Dossier - La radioactivité dans la maison
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Depuis quelques années, la radioactivité dans l’habitat est au cœur de préoccupations nationales et internationales. D’où vient-elle ? Qu’est-ce qui la distingue ? Comment pénètre-t-elle dans les maisons ? Quels sont les risques sanitaires et les moyens de s’en protéger ? Enquête sur un sujet d’actualité solidement étayée et complétée d’interviews de spécialistes.

  
DossiersLa radioactivité dans la maison
 

En plus de l'électricité nucléaire, les applications agroalimentaires, industrielles, médicales, génèrent des centaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs. Certains rebuts se retrouvent dans nos assiettes ou s'invitent dans notre cadre de vie.

On estime à 1,1 mSV la dose moyenne d'origine artificielle qui s'ajoute à celle imputable à l'irradiation naturelle. Ce surplus équivaut à trois radiographies pulmonaires annuelles ou, encore, à un séjour de neuf mois dans une région granitique. L'Andra* avance le chiffre de 2 kg de déchets radioactifs produits en France par an et par habitant. Cela représentait fin 2010 un total de 1 320 000 m3 provenant pour l'essentiel de l'électronucléaire, des usines de traitement des combustibles usés et d'autres installations dédiées au nucléaire civil ou militaire*. Le reste se partage entre l'industrie non nucléaire, les laboratoires de recherche et le secteur médical. Ces « petits » contributeurs sont plus d'un millier. On distingue une grande diversité de déchets en fonction de leur composition physique et chimique, de leur durée de vie, de leur volume... Chaque catégorie est traitée dans une filière particulière, du tri jusqu'au stockage. La majorité des déchets (90 %) est de très faible activité (TFA) ou de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC). Stockés dans des centres dits « de surface », ils émettront encore pendant quelques siècles avant de devenir totalement inoffensifs.

Estimation de la production de déchets radioactifs par secteurs pour l’année 2010. Source Andra © M.B

Sujet crucial s'il en est, le démantèlement des centrales nucléaires en fin de vie suscite moult interrogations. Il s'agit d'opérations de longue haleine, onéreuses et pour le moins délicates. Une fois mis définitivement à l'arrêt, les réacteurs doivent être démontés et leurs déchets hautement radioactifs (HA) ou de moyenne activité à vie longue (MA-VL) transportés vers des lieux de stockage provisoires. Les installations de grande profondeur qui leur sont destinées ne seront théoriquement opérationnelles qu'à partir de 2025. Ces sites devraient aussi abriter une catégorie au nom étrange de « déchets sans filière » ou DSF, pour lesquels il n'existe pas encore de structure de stockage adaptée. Tout juste apprend-on que des études relatives à leur gestion sont en cours. Parmi ces déchets, la commission ad hoc de l'Assemblée Nationale cite dans son rapport déposé le 3 juillet 2013 des composés des barres de commande de Phénix et Superphénix.

Étude de funiculaire destiné au futur site de stockage de déchets radioactifs à vie longue du projet CIGÉO : centre industriel de stockage géologique à grande profondeur prévu entre Meuse et haute Marne. Le contrat a été signé par l’Andra et l’entreprise iséroise Poma chargée de la réalisation, de l’assistance d’exploitation et de maintenance du dispositif. © Poma

À partir des années 1950, une partie des déchets provenant de centrales nucléaires américaines et européennes a fini au fond des océans (Atlantique, Indien...), en Méditerranée et en mer Baltique. Déversés par dizaines de milliers de tonnes, leurs conteneurs en béton (qui devaient rester étanches cinq siècles) ont commencé à se fissurer ou s'ouvrir au bout de 30 ans. Ces pratiques ont « officiellement » cessé après l'interdiction définitive votée lors de la Convention internationale de Londres en mai 1993. Reste à savoir si ses modalités ont été pleinement respectées. De leur côté, les lacunes entourant la gestion des 210 sites miniers français (dont le dernier a fermé en 2001) ont laissé une situation préoccupante. En juillet 2008, les journalistes Olivia Recasens et Christophe Labbé signaient dans le site Le Point.fr un article dénonçant l'utilisation en remblais de déchets radioactifs pudiquement appelés « stériles ».

S'appuyant sur des travaux de la Criirard, ils révélaient que ces rebuts de l'extraction d'uranium étaient dispersés en grandes quantités sur 25 départements : camping et terrain de football à Saint-Pierre dans le Cantal, cour d'école à Lachaux dans le Puy-de-Dôme, stade de football de Gueugnon, etc. En février 2009, le  binôme Romain Icard (journaliste) et Emmanuel Amara (auteur, réalisateur) enfonçaient le clou dans le documentaire « Le scandale de la France contaminée » sur France 3. Lors de l'émission « Pièces à conviction » présentant le documentaire, Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, s'engageait à « traiter en moins d'un an le problème des résidus radioactifs ». Dans une circulaire datée du 22 juillet 2009, il demandait aux préfets des régions concernées « de prendre des mesures concrètes pour protéger les populations. »

À la même époque, Jérôme Goeliner, responsable du service des Risques technologiques au ministère de la Santé, déclarait qu'un « groupe d'experts pluraliste travaillait sur le sujet depuis plusieurs années. » Les travaux de décontamination imposés à Areva, entreprise en charge du dossier, sont toujours en cours.