Église et bouddhisme sont au moins d’accord sur un point : il faut fuir le sentiment de colère. Les scientifiques, eux, ne sont pas aussi catégoriques. © Gabriel Matula, Unsplash

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Péchés capitaux : la colère, une émotion à contrôler ?

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La colère. Ce mécontentement violent qui s'accompagne d'agressivité. Vous connaissez ? Pour l'Église, c'est toujours péché et même, péché capital ! Or les scientifiques semblent plutôt voir la colère comme une émotion essentielle. Une émotion qui gagne toutefois à être contrôlée.

Dans la tradition catholique, les péchés capitaux ne correspondent pas nécessairement aux péchés les plus graves qui puissent être commis. En revanche, ils sont à l'origine de tous les autres péchés. Et ils sont des péchés que l'on commet pour eux-mêmes. Le catéchisme en liste sept : l'orgueil, l'avarice, l'envie, la colère, la luxure, la gourmandise et la paresse.

Nous vous proposons aujourd'hui de porter sur l'un d'entre eux, la colère, un péché qui a ceci de particulier de correspondre à une émotion primaire, un regard décalé. Un regard éclairé de quelques considérations scientifiques qui encourageront peut-être certains à apprendre à maîtriser leur colère. Et d'autres à la mettre au service de leur bien-être.

Les animaux sont aussi capables d’exprimer de la colère. © Skitterphoto, Pixabay, CC0 Creative Commons

La colère : ce que nous apprend la science

La colère fait partie de la palette des émotions que nous ressentons au cours de notre vie. Inutile de le nier. Au même titre que la peur, c'est une émotion primaire. Une émotion liée à notre survie. Et elle aurait des racines génétiques. Des études sont en effet parvenues à isoler quelques-uns des gènes qui seraient responsables de la façon dont nous nous mettons en colère. Des gènes qui codent pour la production de noradrénaline ou de dopamine, entre autres. Ainsi les individus porteurs de la mutation TT ou TC du gène DARPP-32 — les versions de ce gène les plus répandues en Occident — sont significativement plus enclins à la colère que ceux portant la mutation CC.

D'autres études concluent aussi que réprimer sa colère n'est pas très bon pour notre santé. Physique et mentale. Cela influerait sur notre risque de développer de l'hypertension, par exemple. Et cela nous rendrait également physiologiquement plus sensibles à la douleur. Pour réussir à s'affirmer, professionnellement autant que personnellement, il est aussi conseillé d'exprimer sa colère. Dans la limite, bien sûr, de ce qui est socialement acceptable.

D'autant que certains chercheurs nous mettent en garde : les coups de colère répétés exposent quant à eux à des risques accrus de problèmes cardiaques. Ainsi dans les deux heures qui suivent un accès de colère de la part d'une personne présentant une tendance à laisser libre cours à ses émotions, les infarctus sont cinq fois plus nombreux et les AVC, trois fois plus fréquents.

Lorsque nous nous mettons en colère, les muscles de notre visage se contractent automatiquement. Le reflet de l’effort que nous consentons à résoudre le conflit. © Andre Hunter, Unsplash

Alors la science nous propose quelques solutions pour garder notre calme et mieux maîtriser nos émotions. Parmi lesquelles : écouter de la musique. Et de la musique type heavy métal, punk ou hardcore, de préférence. Car aussi surprenant que cela puisse paraître, ce type de mélodie peut aider à traiter la colère en engendrant des émotions positives.

Caprices d’enfants ou véritable colère ?

Un jouet qu'on ne peut pas avoir. Un bonbon qu'on n'est pas autorisé à manger. Un copain qui nous traite de bébé. Quand on est petit, tout semble prétexte à colère. À caprice disent certains parents. On n'est pas content et on n'hésite pas à le faire savoir. On crie. On pleure. On se roule par terre.

Face à de tels comportements, les parents sont parfois désemparés. Ou se mettent eux-mêmes en colère parce qu'ils pensent que leurs enfants agissent ainsi dans le but de les manipuler. Pourtant, les scientifiques l'affirment, ce n'est absolument pas le cas. Jusqu'à l'âge de 5 ou 6 ans, l'enfant est le jouet de véritables tempêtes émotionnelles qu'il est physiologiquement incapable de maîtriser. Car son cortex préfrontal, notamment, celui qui contrôle nos impulsions et nos émotions, manque tout simplement cruellement de maturité. Il est incapable de prendre du recul pour se calmer.

Le cerveau des jeunes enfants n’est pas suffisamment mature pour parvenir à canaliser leur colère. © olly, Fotolia

Pire, selon une pédiatre, Catherine Gueguen, l'organisme d'un enfant laissé seul face à sa colère sécrète des substances toxiques pour son jeune cerveau. Des substances qui inhibent son développement. Ainsi le cortisol, par exemple, présent à des taux trop importants, détruit les neurones du cortex préfrontal et de l'hippocampe. En revanche, lorsque les adultes se montrent empathiques et bienveillants, les enfants sécrètent de l'ocytocine — une substance anxiolytique et qui donne confiance en soi —, des endorphines — une molécule du bien-être —, de la sérotonine — un stabilisant de l'humeur — et de la dopamine — une substance associée au plaisir de vivre.

La colère, péché capital ?

Au regard de toutes ces considérations, la question de maintenir la colère dans la liste des péchés capitaux semble pouvoir légitimement se poser. D'un point de vue scientifique en tout cas — et par conséquent, de celui de Futura —, la colère ne doit pas être réfrénée. Elle ne doit pas pour autant non plus exploser à tout va.

Car, comme Bouddha semblait le penser : « S'accrocher à la rage, c'est comme attraper un charbon ardent dans l'intention de le jeter sur quelqu'un : c'est vous qui vous brûlez. » Pas étonnant de fait, qu'au-delà de la liste des péchés capitaux, l'on retrouve la colère parmi les « trois poisons » du bouddhisme qu'il faut éviter au maximum au cours de sa vie !

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