Comme certaines personnes pourraient être génétiquement programmées pour manquer d’appétit sexuel, d’autres pourraient être prédisposées à la luxure. © llhedgehogll, fotolia

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Péchés capitaux : la luxure, une inclination primale ?

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La luxure. Cette attirance sans retenue pour les plaisirs sexuels. Vous connaissez ? Pour l'Église, c'est toujours péché et même, péché capital ! Mais selon les scientifiques, le désir sexuel n'est autre que le résultat de la nécessité impérieuse pour l'être humain de se reproduire pour perpétuer l'espèce. Difficile d'aller contre une nature aussi profondément ancrée...

Dans la tradition catholique, les péchés capitaux ne correspondent pas nécessairement aux péchés les plus graves qui puissent être commis. En revanche, ils sont à l'origine de tous les autres péchés. Et ils sont des péchés que l'on commet pour eux-mêmes. Le catéchisme en liste sept : l'orgueil, l'avarice, l'envie, la colère, la luxure, la gourmandise et la paresse.

Nous vous proposons aujourd'hui de porter sur l'un d'entre eux, la luxure, un regard décalé. Un regard éclairé de quelques considérations scientifiques qui aideront peut-être certains d'entre vous à mieux comprendre ces pulsions aussi bien encouragées que parfois facilement condamnées par notre société.

Au XVIIe siècle, la syphilis fait rage en Europe. Et elle est étroitement associée au péché de luxure. © sakkmesterke, Fotolia

Luxure : ce que nous apprend la science

À en croire certains experts en psychologie en effet, le désir sexuel gouvernerait bien plus nos vies que nous en avons conscience. Bien plus peut-être que nous n'osons l'avouer aussi. Des expériences montrent ainsi que des personnes exposées à des images érotiques peuvent affirmer ne pas ressentir de pulsions sexuelles alors que des indicateurs biologiques — comme le flux sanguin mesuré dans leurs organes génitaux — prouvent le contraire. C'est le plus souvent le cas des femmes. Pourtant, même si pour elles, l'excitation sexuelle est plus longue à se déclencher, les résultats sont sans équivoque.

En matière de luxure, il y aurait donc une différence entre hommes et femmes ? Une différence qui serait à attribuer à l'évolution. Car pour une femme, choisir le mauvais partenaire sexuel, c'est risquer de porter et d'avoir ensuite à élever un enfant non désiré. La même évolution semble en revanche avoir encouragé les hommes à multiplier les expériences sexuelles afin de multiplier du même coup, leurs chances de reproduction.

Faut-il en conclure que les hommes sont pour ainsi dire programmés pour la luxure, avec des cerveaux et des corps qui réagissent de concert aux stimulus ? Rien n'est moins sûr. Il s'avère en effet que les hommes peuvent aussi prétendre ne pas être attirés par une femme alors qu'une analyse de leur niveau de testostérone montre que leur corps se prépare bel et bien à l'accouplement.

La plupart des espèces à reproduction sexuée ressentiraient ce qui ressemble à du plaisir lors de l'acte sexuel. © michelle, Fotolia

D'un point de vue scientifique, le désir sexuel ne constituerait en fait ni plus ni moins que la première étape de l'amour. Tout se jouerait dans une aire du cerveau apparue très tôt dans l'évolution, le cortex orbitofrontal postérieur. Ce qui expliquerait pourquoi, lorsqu'il est question de sexe, les êtres humains ont toujours tendance à agir comme des primates. L'hypothalamus jouerait également un rôle majeur. Car c'est lui qui stimule la production des hormones sexuelles aussi bien testostérone qu'œstrogène. Il est par ailleurs à noter que l'excitation sexuelle semble avoir tendance à désactiver les régions de notre cerveau qui régulent la pensée critique, la conscience de soi et le comportement rationnel.

Des généticiens pensent même aujourd'hui que certains sont tout bonnement nés pour la luxure ! Les personnes étudiées présentant une attirance marquée pour des expériences sexuelles nouvelles et différentes se sont en effet révélées présenter également une mutation génétique liée à la production de dopamine. Car plus nous produisons de dopamine, plus nous sommes tentés par le frisson « des conduites à risque ». Et plus étonnant, ceux qui ressentent le plus de désir sexuel présentaient aussi une mutation du gène codant pour la production de sérotonine, la même mutation qui provoque des montées d'angoisse chez ceux qui en sont porteurs.

Le sexe, bon pour la santé

Si les scientifiques peinent encore à déterminer précisément les mécanismes du désir sexuel et de ses dérèglements, ils s'accordent en tout cas sur un point : le plaisir sexuel est extrêmement bénéfique pour notre santé. Notre santé cardiovasculaire, notamment. Des études montrent ainsi que les risques cardiovasculaires diminuent alors que la fréquence des relations sexuelles augmente. Probablement parce que faire l'amour constitue un exercice physique de choix pour notre muscle cardiaque. Un muscle qui ne se porte jamais aussi bien que lorsqu'il est sollicité.

D'autres études affirment que le sexe permet de réduire le risque de développer certains cancers : le cancer de la prostate chez les hommes notamment. Ceux qui ont éjaculé — avec ou sans pénétration — au moins 5 fois par semaine dans leurs jeunes années — entre 20 et 30 ans — présenteraient même un risque 3 fois moins élevé de déclarer plus tard un cancer de la prostate. Du côté des femmes, c'est l'occurrence du cancer du sein qui serait moindre chez celles dont l'activité sexuelle est plus importante. Le résultat d'une libération régulière et bénéfique d'ocytocine, semble-t-il.

Les femmes qui ont des orgasmes réguliers auraient des règles plus courtes et moins douloureuses. © Piotr Marcinski, Fotolia

De manière plus générale, avoir des relations sexuelles régulières nous aide à rester en bonne santé. Déjà parce que cela permet de maintenir une certaine harmonie hormonale dans notre corps. Ensuite parce qu'à partir de deux rapports sexuels par semaine, c'est notre système immunitaire qui est renforcé.

Le sexe constitue par ailleurs une manière pour le moins agréable de s'adonner à une activité physique. Jusqu'à 5 kilocalories brûlées par minute, c'est toujours ça de pris ! Les rapports sexuels nous aident également à mieux dormir puisqu'après l'orgasme, notre corps libère de la prolactine, une hormone à l'effet relaxant. Et pendant l'acte, ce sont des endorphines qui sont produites, les hormones du bonheur qui aident à soulager nos douleurs et à diminuer notre stress.

La luxure, péché capital ?

Au regard de toutes ces considérations, la question de maintenir la luxure dans la liste des péchés capitaux semble pouvoir légitimement se poser. D'un point de vue scientifique en tout cas — et par conséquent, de celui de Futura —, il semblerait que notre attirance pour les plaisirs de la chair soit plutôt salvatrice.

Il est d'ailleurs à souligner que la luxure n'a pas toujours été aussi durement condamnée par la religion. Ainsi dans l'Antiquité, les fêtes religieuses sont régulièrement le prétexte de quelques actes luxurieux. Le Kâma-Sûtra quant à lui, donne même ouvertement des conseils pour maximiser le plaisir sexuel.

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