Pour l’avare, l’argent est une fin. L’avarice doit-elle pour autant être considérée comme un péché et un péché capital qui plus est ? © Feodora, Fotolia

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Péchés capitaux : l’avarice, ce que nous en dit la science

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L'avarice. Cette compulsion à accumuler des richesses ou des biens matériels. Vous connaissez ? Pour l'Église, c'est toujours péché et même, péché capital ! Or les scientifiques l'assurent aujourd'hui : le cerveau d'un avare réagit différemment de celui de monsieur tout le monde. De quoi déculpabiliser ?

Dans la tradition catholique, les péchés capitaux ne correspondent pas nécessairement aux péchés les plus graves qui puissent être commis. En revanche, ils sont à l'origine de tous les autres péchés. Et ils sont des péchés que l'on commet pour eux-mêmes. Le catéchisme en liste sept : l'orgueil, l'avarice, l'envie, la colère, la luxure, la gourmandise et la paresse.

Nous vous proposons aujourd'hui de porter sur l'un d'entre eux, l'avarice, un péché dont on rit parfois, mais qui est le plus souvent mal accepté, un regard décalé. Un regard éclairé de quelques considérations scientifiques qui pourraient nous aider à porter sur les avares un regard un peu plus compatissant.

Ils se déplacent en vélo, consomment des produits périmés, récupèrent les sacs congélation et ne tirent la chasse d'eau que tous les trois pipis. Certains écolos sont-ils en réalité des avares qui s’ignorent ? © exclusive-design, Fotolia

L’avarice : ce que nous apprend la science

La douleur ressentie lorsqu'il perd son bien et une obsession démesurée pour l'argent qui corrompt son âme tout entière. En son temps déjà, Molière avait parfaitement compris ce qui se joue dans la tête d'un avare. Les psychanalystes, quant à eux, associent l'avarice à l'apprentissage de la propreté. Le fait de devenir propre et de retenir son caca est un signe de civilisation. Ainsi les avares seraient généralement aussi... constipés. Mais certains estiment aussi que l'avarice traduit un besoin de contrôle allant jusqu'à une volonté de conjurer la mort.

Plus récemment, ce sont les neurosciences qui sont venues nous apporter quelques éclairages concernant certains concepts clés de l'avarice. Et le premier d'entre eux : l'aversion de la perte. Pour un avare en effet, le simple fait d'avoir à envisager une perte d’argent est au-dessus de l'entendement. Et des études semblent montrer que dans notre cerveau, l'anticipation d'une perte d'argent active tout un réseau de façon plus ou moins marquée. Au cœur de ce réseau, deux zones clés : 

  • l'insula postérieure qui crée un climat d'appréhension et de douleur nous encourageant à minimiser les risques de perte,
  • et l'amygdale qui joue sur nos comportements d'évitement et notre peur.

Aversion de la perte et amygdale développée seraient donc intimement liées. Mais il reste à établir laquelle est la conséquence de l'autre.

L'incapacité à jouir d'autre chose que de l'argent est également un point clé de l'avarice. Pour l'avare, l'argent constitue une fin et non un moyen comme c'est le cas pour la plupart d'entre nous. Au-delà d'un certain stade, le cerveau lui-même perdrait sa sensibilité aux plaisirs autres que celui de posséder de l'argent. Les centres du plaisir associés au sexe, par exemple, ne seraient alors plus capables de s'activer, laissant la voie libre à ceux associés à l'argent.

Henrietta Green figure au livre Guiness des records comme la femme la plus avare au monde. Outre son argent, rien ne semblait avoir d’importance à ses yeux. Sauf peut-être son chien qui la regardait racontait-elle, de ses yeux fidèles non pas parce qu’elle avait des millions, mais simplement parce qu’il aimait sa maîtresse. © Marko Blazevic, Unsplash

Il a également été observé que les avares souffrent depuis leur enfance, de difficultés à faire preuve de curiosité. Au fil du temps, leur activité mentale ne ferait que se réduire, tant les avares redoutent de perdre leur argent. Un cercle vicieux qui provoque une véritable atrophie de l’imagination. Et stimule l'activité du cortex préfrontal bloquant notre capacité à ressentir des émotions pour les autres, nous rendant plus avares encore.

Sommes-nous tous des avares cognitifs ?

L'expression « avarice cognitive » apparaît pour la première fois dans une étude réalisée en 1991 par Susan Fiske et Shelley Taylor, deux psychologues américaines. Selon elles, la nature de l'être humain ne le pousserait pas à agir et à penser rationnellement, à tester les hypothèses et à actualiser ses croyances en fonction de l'expérience, comme le font les scientifiques. En général, l'être humain se montrerait avare de ses ressources mentales et préfèrerait fait appel à des raccourcis pour arriver à ses conclusions.

Pour mieux comprendre, examinons un petit problème. Si l'on sait que Jacques regarde Anne et que l'on sait également qu'Anne regarde Georges, posant que Jacques est marié et que Georges ne l'est pas, est-il possible de savoir si, dans cette histoire étrange, une personne mariée regarde une personne non mariée ? Non, il manque une information répondrons sans doute la plupart d'entre vous. Mais prenons le temps de décortiquer le problème. Anne en effet, est soit mariée, soit non mariée. Si elle est mariée, elle regarde Georges qui ne l'est pas. Et si elle n'est pas mariée, elle est regardée par Jacques qui l'est. Il est donc bien possible de conclure. Mais pour y arriver, nous avons dû faire appel à un raisonnement qui ne se focalisait pas sur les informations directement disponibles. Un véritable effort pour des avares cognitifs qui privilégient les modes de traitement de l'information les moins coûteux.

Inondés d’informations, nous avons tendance à jouer les avares cognitifs pour nous concentrer sur celles qui nous coûtent le moins. © Markus Spiske, Unsplash

Certains jugent aujourd'hui que si la relation de confiance qui pourrait exister entre le public et les scientifiques est mise à mal, c'est du fait de cette avarice cognitive. Celle-ci en effet nous encourage à préférer une information qui confirme nos préjugés. D'autant que plus la science progresse, plus il devient difficile à chacun de trouver son chemin dans ce dédale intellectuel. Et facile aux arguments faibles — voire faux — de s'imposer face à des rapports d'expertise.

L'avarice, péché capital ?

Au regard de toutes ces considérations, la question de maintenir l'avarice dans la liste des péchés capitaux semble pouvoir légitimement se poser. D'un point de vue scientifique — et par conséquent, de celui de Futura —, il n'a aujourd'hui pas encore été établi lequel de l'avarice ou du fonctionnement cérébral particulier qui lui est associé apparaît en premier. Difficile donc de conclure.

Une chose pourtant est certaine. Pour l'avare, l'argent perd son statut de moyen pour devenir une fin. Or l'expression populaire employée pour désigner quelqu'un qui possède de l'argent reste : « Il a les moyens ». Personne n'a jamais entendu dire : « Il a la fin ».

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