Bancs de silicesilice perdus dans l'océan du calcairecalcaire blanc de la Provence, les ocresocres sont composée de 90 % silice et de 10 % d'argileargile et de goethite (oxyde de ferfer - pigmentpigment qui donne sa couleurcouleur à l'ensemble).

Ocres en Roussillon. © Vincent Brassinne, CC by-nc 2.0

Ocres en Roussillon. © Vincent Brassinne, CC by-nc 2.0

Les ocres de Roussillon

À Roussillon (dans le Vaucluse), le Conservatoire des ocres et des pigments appliqués perpétue la mémoire des ocres. Là, les bâtiments de l'ancienne usine Mathieu ont été restaurés et le visiteur peut revivre les différentes étapes du traitement de la matièrematière brute :

  • élimination des sablessables dans des canalisationscanalisations en pierre (batardeaux puis reposoirs) ;
  • séchage de l'ocre purifiée dans des bassinsbassins de décantation ;
  • découpage en briquettes cuites plus tard (selon la cuisson l'ocre donne des couleurs différentes) ;
  • et enfin concassage, filtrage et conditionnement de l'ocre pure.
Conservatoire des ocres. © DR

Conservatoire des ocres. © DR

La Société des ocres de France, à Apt (Vaucluse), doit sa survie et son épanouissement actuel à la fabrication de produits dérivés comme les badigeons chargés en ocres. Créées il y a cent dix ans, les entreprises Chauvin ont extrait et commercialisé les ocres pendant un siècle. Dans les années 1970, elles élargissent leur champ de compétence à la fabrication de peintures et d'enduits de façade. Aujourd'hui, l'activité d'extraction a été abandonnée, mais la commercialisation des pigments colorés reste l'activité principale de cette affaire.

Roussillon, carrières, terre rouge. © DR

Roussillon, carrières, terre rouge. © DR

Ocre : histoire, géologie et minéralogie

Je vous cite ici un article de Monsieur Jean-Marie Triat, de l'université d'Aix-Marseille (légèrement modifié).

Le facièsfaciès si particulier des sables ocreux est apparu, il y a environ 100 millions d'années, à la faveur d'une suite exceptionnelle d'évènements géologiques. L'histoire de l'ocre est complexe. Elle comporte deux phases.

Au CrétacéCrétacé inférieur, la région était recouverte par une mer épicontinentale peu profonde. Sur le fond de cette mer, s'accumulaient des matériaux venus du continent voisin, essentiellement des grains de quartzquartz. Ces sédimentssédiments étaient riches en traces de vie animale sous-marine : débris de coquillescoquilles, d'oursinsoursins et surtout de foraminifèresforaminifères. Après la phase de sédimentationsédimentation, s'est formé sur le fond, au contact avec l'eau de mer, un minéralminéral vert : la glauconie. Ce minéral (argile) a pour particularité de renfermer des atomesatomes de fer. Cette caractéristique cristallochimique a joué un rôle très important dans la suite de l'histoire de l'ocre.

Jaune d’ocre. © DR

Jaune d’ocre. © DR

Au crétacé supérieur apparaît la deuxième phase, qui aboutit à la création des ocres. À la faveur de mouvementsmouvements tectoniques, les dépôts précédents ont été soulevés à l'émersion. Un nouveau continent était né qui a aussitôt subi de sévères conditions climatiques. À l'époque, la Provence se trouvait dans un contexte climatique de type tropical équatorial. Ce climatclimat a provoqué d'intenses altérations latéritiques, qui ont abouti à la dissolution des minérauxminéraux des roches marines originelles, dont la glauconie. Celle-ci, par hydrolysehydrolyse a libéré dans le milieu ses atomes de fer. Ainsi est apparue la goethite. Les ocres venaient de naître. En même temps, les altérations avaient formé des cristaux de kaolinite, car ce silicatesilicate d'aluminealumine pur demeure le seul minéral argileux stable sous de telles conditions d'altérations tropicales.

Les divers faciès créés par les paléoaltérations ne sont pas distribués au hasard : ils suivent une disposition verticale précise, qui constitue un « profil d'altération latéritique ». À la base, on trouve les roches vertes, qui sont les roches « mères » marines, glauconieuses. Au-dessus, les divers faciès colorés des sables ocreux, eux-mêmes surmontés par les faciès de sols tropicaux : les sables blancs kaoliniques (qui sont d'anciens sables ocreux blanchis par lessivagelessivage des oxydes de fer) et, au sommet, les cuirasses : lentilleslentilles quartzitiques blanches (cuirasses siliceuses) surmontées par la classique cuirasse ferrugineuse (ici essentiellement goethitique) marron.

Par la suite, le climat ayant changé, les roches du Crétacé ont été recouvertes par d'autres dépôts, d'âge tertiaire, d'abord continentaux (Éocène) puis à nouveau marins (MiocèneMiocène). Et ce n'est qu'à la faveur des grands décapages quaternairesquaternaires que les roches du Crétacé sont parvenues à l'affleurementaffleurement tel que l'on peut les observer de nos jours. Observations amplifiées au niveau des falaises d'ocres, créées artificiellement lors des exploitations des siècles derniers.

Roussillon, terres jaunes. © DR

Roussillon, terres jaunes. © DR

Minéralogie des ocres. Même si le mot grec OKHRA signifie seulement terreterre jaune, les ocres de Vaucluse présentent une infinie palette de nuances, passant du jaune pâle au rouge vif, par de multiples orangés. Ces teintes sont dues à un pigment minéral : la goethite. Dans les ocres rouges, obtenues par cuisson dans un four, le pigment rutilant est un autre oxyde de fer : l'hématite.

Dans les ocres naturelles, les cristaux de goethite sont associés à une argile : la kaolinite. Et c'est l'association intime de ces deux minéraux qui constitue véritablement le pigment « ocre ». La roche elle-même est une formation sableuse, faite de grains de quartz cimentés par un enduit d'ocre. Les cristaux sont de très petite taille, environ un micronmicron.

Composition minéralogique de l'ocre

Le matériaumatériau ocre est extrait par le lavage des sables. Voici sa composition chimique :

  • kaolinite, qui est le support argileux essentiel ;
  • goethite, qui est le pigment coloré ;
  • quartz, jamais absent (même dans les fractions lavées et triées les plus fines).

Du point de vue de sa composition chimique, l'ocre est donc un silicate d'alumine (kaolinite) ferrugineux (goethite) et siliceux (quartz).

TRIAT J.-M. (1982).- Pierres utiles de Provence. Cahier Doc. Ch. Comm. et Indust.Marseille,

TRIAT J.-M (1985).- Étude géologique et minéralogique des gisementsgisements d'ocres du Pays d'Apt