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Louis XIV ou l'absolutisme rayonnant

Dossier - De François Ier à Louis XVI, le fonctionnement de la monarchie absolue en France
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De l’émergence du monarque absolu au XVIe siècle, jusqu’à la crise de l’État monarchique à la fin du XVIIIe siècle, voici un voyage de trois siècles dans les rouages de la monarchie française, à la rencontre des rois qui ont gouverné la France.

  
DossiersDe François Ier à Louis XVI, le fonctionnement de la monarchie absolue en France
 

Louis XIV est âgé de quatre ans lorsque son père Louis XIII décède en mai 1643 : nouvelle période de minorité du roi et de régence pour la monarchie française ! Louis XIII a fait du cardinal Mazarin le parrain de son fils et le successeur de Richelieu : il devient le principal conseiller de la régente Anne d'Autriche. De 1648 à 1652, le royaume traverse la Fronde, ensemble de mouvements contestataires d'abord parlementaires puis princiers, qui ne parviennent pas à entamer le prestige de la monarchie absolue. Louis XIV va incarner l'absolutisme de droit divin : il crée un mythe autour de sa personne, centralise la puissance de la monarchie en un lieu unique, monumental et symbolique, le château de Versailles.

Louis XIV jeune, par Jean Nocret vers 1655. Musée du Prado, collection royale, Madrid. © Musée du Prado, Wikimedia Commons, domaine public

En mars 1661, à la mort de Mazarin, Louis XIV entame une mutation décisive qui ressemble fort à une « prise de pouvoir absolu » : le roi élimine de son Conseil, les membres de la famille royale, le haut-clergé et la haute noblesse. Les personnes qui intègrent le Conseil du roi sont choisies pour leurs compétences parmi la noblesse de robe. La fonction de chancelier est marginalisée : celui qui était le « secrétaire général de la monarchie », à la tête des officiers de justice, s'efface derrière le poste capital de contrôleur général des Finances, détenu par Colbert à partir de décembre 1665 (jusqu'en septembre 1683) ; aujourd'hui on dirait qu'il cumule les fonctions de ministre des Finances et de l'Intérieur. Cependant le roi prend seul les décisions : il entend les avis de ses conseillers mais il n'est pas tenu de les écouter.

Cardinal Jules Mazarin par Pierre Mignard, avant 1660. Musée Condé, Chantilly. © RMN (Domaine de Chantilly), Harry Bréjat

La noblesse est fixée à Versailles depuis 1682 (comme le gouvernement) : elle est contrôlée par le souverain qui la valorise en restaurant les privilèges attachés à la naissance (importance de la notion de rang pour pouvoir approcher le roi). Elle retrouve sa fonction première qui est le service armé dans les nombreuses guerres entreprises par le roi.

Les années 1690 marquent l'achèvement de la construction de l'État absolu : Louis XIV décide, à la mort de son ministre principal Louvois (en septembre 1691), de gérer seul le gouvernement et le fonctionnement de l'administration ; les conseillers-ministres sont désormais réduits au rôle de commis. Concrètement le roi prend l'habitude de régler les affaires en dehors du Conseil, directement avec le ministre concerné. L'État royal se confond avec la personne du roi : on peut qualifier Louis XIV de « roi-État » !

Le roi de guerre

La guerre est un outil majeur de l'absolutisme : elle est identifiée à la souveraineté, elle joue un rôle déterminant au XVIIe siècle, dans la vie politique et sociale du royaume de France. Louis XIV parle de « nécessités de l'État » lorsqu'il évoque en 1715, les nombreuses guerres européennes qu'il a menées. Durant son très long règne de soixante-douze ans (de 1643 à 1715), le monarque a consacré quarante années à la guerre.

Les rois de France considèrent l'affrontement armé comme la forme nécessaire des relations entre souverains, un équivalent du duel qui est l'affaire des nobles par excellence. Décider de la guerre relève uniquement de la volonté royale : l'ensemble des sujets en prend connaissance lorsqu'il y a levée de soldats et d'impôts pour financer la guerre. C'est la mise à l'épreuve du pouvoir royal et l'expression de sa magnificence : la ligne générale de la politique monarchique est tournée vers l'agrandissement du royaume et la conception de la guerre entre dans le cadre fixé par la pensée chrétienne, qui l'assigne à une fonction de justice. Seul le souverain en décide car il est représentant de Dieu, muni par lui de l'épée lors du sacre.

Louis XIV en armure, par Charles Le Brun vers 1661. Château de Versailles, salle Louis XIV. © RMN (Château de Versailles), Franck Raux

Pour justifier la guerre, le roi de France (comme les autres souverains) cherche une « juste cause », les deux principales étant les droits de la parenté (utilisation des alliances matrimoniales avec échanges de filles de souverains) et les alliances politiques (la rivalité avec les Habsbourg domine l'activité diplomatique depuis François Ier jusqu'à Louis XV). La « juste cause » coïncide de plus en plus avec la grandeur du royaume, à ne pas confondre avec le sentiment national qui n'existe pas encore. Il s'agit plutôt de la notion de « bien commun » qui se définit pour la majorité des Français, par la sécurité et la stabilité de la fiscalité, ce que les guerres du roi contredisent complètement.

Les difficultés de fin de règne

Les années 1690-1715 voit la multiplication des difficultés économiques : le gouffre financier des guerres impose la création de nombreux offices (qui s'achètent et sont taxés), d'impôts nouveaux (la capitation en 1695, le dixième en 1710), de taxes, d'emprunts (rôle primordial du financier protestant Samuel Bernard, « banquier » de la monarchie française entre 1701 et 1709) et de dévaluations successives du louis d'or et de l'écu d'argent.

La société française doit faire face à des années terribles entre 1692 et 1694 : une crise de subsistance de grande ampleur (liée à des récoltes catastrophiques, au prix du blé qui grimpe en flèche, aux famines et aux épidémies) entraîne la disparition de près de deux millions de personnes sur une population estimée à vingt millions. On peut parler de catastrophe démographique. Une deuxième crise frappe le royaume durant l'hiver 1708-1709 ; le schéma reste identique : hiver polaire, printemps pourri, récoltes insuffisantes, envolée des prix du blé, famines, épidémies, décès. Les effets sont désastreux dans le nord et l'est du pays, avec plus de 600.000 décès mais cette fois, le nombre de baptêmes repart largement à la hausse dès 1711.

Louis XIV en habits de sacre, par Hyacinthe Rigaud, vers 1702. Musée du Louvre. © RMN (Musée du Louvre), Gérard Blot

Dans une conjoncture de fin de règne difficile, Louis XIV n'est pas épargné : une véritable hécatombe (liée à la variole puis à la rougeole) frappe la famille royale, le Dauphin et son fils aîné. Le seul héritier potentiel adulte est le roi d'Espagne, Philippe V petit-fils de Louis XIV, mais il a renoncé à ses droits au trône de France pour monter sur celui d'Espagne. Lorsque Louis XIV meurt le Ier septembre 1715, le très jeune roi Louis XV (il a cinq ans) est son arrière-petit-fils : l'avènement d'un roi mineur peut annoncer une période de fragilité pour la monarchie. Louis XIV a tenté de conjurer ces difficultés en rédigeant un testament en août 1714 et l'a remis au président du Parlement de Paris. Cet acte prévoit que le pouvoir appartiendra à un conseil de régence, présidé par le duc Philippe d'Orléans, neveu de Louis XIV.